Mise en garde de l’OIT contre le risque grandissant d’agitation sociale en Europe

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Le potentiel de troubles sociaux dans les États membres de l’Union européenne est plus élevé que partout ailleurs dans le monde. Les écarts déjà béants entre les riches et les pauvres, un élément déclencheur principal, se creuseront probablement à l’échelle mondiale, a déclaré l’Organisation internationale du travail (OIT) lundi (3 juin).

Dans son rapport annuel sur le travail dans le monde, l'OIT note que les troubles sociaux (les grèves, les arrêts de travail et les manifestations) se sont multipliés dans le plupart des pays depuis le début de la crise financière et économique en 2008.

Mais, selon l'organisation, le risque « est le plus élevé parmi les 27 États membres de l'UE avec un taux qui est passé de 34 % en 2006-2007 à 46 % en 2011-2012 ». Ce risque n'est pas uniformément réparti dans l'Union européenne puisqu'il n'a pas augmenté dans au moins sept États membres.

En revanche, ce risque a décru en Allemagne, en Belgique, en Finlande, en Slovaquie et en Suède depuis 2010.

L'OIT, une institution des Nations unies, estime qu’en règle générale le risque de troubles sociaux dans l'UE est « probablement dû aux réponses politiques à l'actuelle crise de la dette souveraine, à leur impact sur la vie des gens et à leurs perceptions du bien-être ».

« Cette perspective économique morose a créé un environnement social fragile, de moins en moins de gens se voyant offrir l'occasion d'obtenir un bon emploi et d'améliorer leur niveau de vie. »

Le risque s'est également accru en Russie et dans les anciens pays du bloc communiste, ainsi qu'en Asie du Sud et dans les économies développées hors UE.

Il a en revanche reculé en Amérique latine et dans les Caraïbes, où les gouvernements ont mené des politiques de soutien à l'emploi, dans les pays subsahariens, en Asie orientale et du Sud-Est ainsi que dans la zone Pacifique.

Santé : un écart grandissant

Selon l'OIT, ses conclusions reposent sur les liens entre la croissance économique et les niveaux de revenus et l'inflation, le chômage, la dette comme part de la production économique ou du PIB et les inégalités de revenus. Tous ces facteurs influencent les niveaux de tension sociale.

Depuis 2010, les politiques d'austérité des gouvernements ont été accompagnées par une hausse de l'inégalité des salaires. Les revenus de la classe moyenne ont diminué et ceux des travailleurs à hauts salaires ont recommencé à augmenter, selon l’OIT.

Dans les pays plus riches, les marges de bénéfice des plus grandes entreprises augmentent, comme le montre l’expansion du marché boursier. Elles atteignent à présent des niveaux semblables à ceux juste avant la crise, indique l'OIT.

« Au lieu de placer ces bénéfices dans le travail grâce à un investissement productif dans l'économie réelle, la hausse des revenus est plus souvent dirigée vers des encaisses plus élevées », affirme l'organisation.

Besoin de 5,2 millions d’emplois en Europe

Les taux mondiaux du chômage devraient également croître, selon le rapport. Dans l'UE et d'autres pays développés, le taux réel d'emploi, prenant en compte la croissance au sein de la population active, ne retrouverait probablement pas son niveau d'avant-crise avant 2018.

En Europe, la détérioration de la situation du chômage inquiète particulièrement l'OIT. Selon Eurostat, le taux de chômage a atteint un nouveau record dans la zone euro : 12,2 % en avril 2013.

Seuls sept États membres de l'UE (Allemagne, Autriche, Hongrie, Luxembourg, Malte, Pologne et Roumanie) ont dépassé les taux d'emploi précédant la crise, indique l’OIT.  Chypre, l'Espagne, la Grèce, l'Italie, le Portugal, la République tchèque et la Slovénie sont les pays les plus vulnérables. Leur taux d'emploi est inférieur aux niveaux de 2007.

« En d'autres mots, 5,2 millions d'emplois sont nécessaires afin de rétablir les niveaux d'avant-crise », a expliqué l'OIT dans une note d'information à l'Union européenne.

En outre, le chômage de longue durée progresse et les demandeurs d'emploi commencent à se décourager, selon les analyses de l'OIT.  « Au cours du dernier trimestre de 2012, il y avait 11,7 millions de chômeurs de longue durée dans l'UE. Il s'agit d'une augmentation de 1,4 million par rapport à l'année précédente et de 5,7 millions par rapport à 2008. »

Une approche favorable à l'emploi

Le rapport de l'OIT recommande une approche favorable à l'emploi en Europe en vue de relancer la croissance économique qui contribue à des objectifs en termes de macroéconomie et d'emploi.

« Cela signifie lutter contre les vulnérabilités structurelles à l’origine de la crise, comme les problèmes systémiques dans le secteur financier » et « débloquer des flux de crédit vers des entreprises productives afin qu'elles puissent stimuler la croissance ».

Dans son rapport, l'OIT salue des « programmes du marché du travail bien conçus » comme les rémunérations subventionnées et l'allègement fiscal en Allemagne et en Belgique afin de contribuer à une reprise favorable aux emplois. Elle a également mis en évidence des mesures visant à prévenir le décrochage scolaire et des offres de formation, comme des programmes de garantie pour la jeunesse qui donnent aux jeunes la possibilité de reprendre des études après une recherche de travail infructueuse.

Contexte

Selon Eurostat, le taux de chômage a atteint un nouveau record dans la zone euro : 12,2 % en avril 2013.

L'aggravation de la crise du chômage menace le tissu social de la zone euro.  Près de deux tiers des jeunes Grecs ne sont pas en mesure de trouver du travail, un exemple de la « génération perdue » d'Europe du Sud.

Des économistes et des décideurs politiques, dont le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, ont indiqué que la plus grande menace envers l'unité de la zone euro est à présent la fracture sociale provoquée par la crise et non des facteurs déterminés par le marché.

En France, la deuxième économie d'Europe, le nombre de chômeurs a atteint un record en avril alors que le taux de chômage en Italie n'a jamais été aussi élevé depuis 36 ans : 40 % des jeunes sont sans emploi.

Plus d'information

Organisation internationale du travail (OIT)

Presse

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