Une société russe menace de fermer ses sites européens

Steel foundry. Italy, 2010. [Augusto Mia Battaglia/Flickr]

Le groupe sidérurgique russe NLMK menace de fermer ces centres de production et de transformation en Europe, si les dirigeants européens adoptent de nouvelles sanctions contre Moscou.

Le quotidien La Libre Belgique a révélé le 23 avril une lettre du groupe sidérurgique russe NLMK, envoyée aux gouvernements européens. La société russe, qui possède des centres de production situés en Belgique, en France, au Danemark et en Italie, a prévenu que les sanctions européennes contre la Russie auraient des « effets dévastateurs » sur l’emploi en Europe.

La lettre, datée du 25 mars 2014, fait office d’ultime avertissement lancé par la Russie : Moscou souhaite répondre aux sanctions que pourrait prendre l’UE à son encontre en raison de son éventuelle implication dans les derniers troubles en Ukraine.

L’oligarque russe Vladimir Lisin possède 86 % de la NLMK. Sa succursale européenne emploie directement 2 530 personnes en Europe, dont près de la moitié en Belgique, explique le journal national.

Le gouvernement de la région wallonne de Belgique, lieu d’implantation de la NLMK dans le pays, a confirmé avoir reçu une lettre, mais n’a pas fait de plus amples commentaires.

Le pays subit ces dernières années une série de fermetures de très grosses entreprises historiques, parmi lesquelles Arcelor Mittal à Liège et Ford à Gand. Or, le pays va tenir ses élections législatives en mai prochain.

L’Europe en perte de vitesse

La lettre de NLMK précise que « les usines européennes […] sont régulièrement déficitaires », soit 208 millions d’euros de pertes opérationnelles en 2013.

« L’aide financière apportée par la société mère pour soutenir les activités européennes a dépassé les 271 millions d’euros uniquement pour l’année 2013 », peut-on lire. Les auteurs ajoutent que, si la société mère arrêtait son financement, les usines européennes devraient alors être fermées, ce qui « serait inévitablement suivi du licenciement de milliers de travailleurs dont la masse salariale représentait, en 2013, 161 millions d’euros ».

« Cela aurait un effet dévastateur pour les régions d’Ittre et La Louvière en Belgique, Vérone en Italie et Frederiksværk au Danemark », met en garde NLMK.

La lettre a été envoyée quatre jours après que les dirigeants européens ont décidé de geler les avoirs et d’interdire la délivrance de visas à certaines personnalités et représentants russes. Les auteurs ajoutent que « la Commission européenne et les gouvernements nationaux devraient étudier attentivement les effets négatifs possibles de telles mesures sur les entreprises européennes de NLMK, sur ses consommateurs, sur les autres interlocuteurs en Europe, ainsi que sur l’économie européenne dans son ensemble.Si ces mesures devaient être mises en application, cela entraînerait des répercussions négatives importantes ».

 Une porte-parole de NLMK Europe a assuré que la lettre ne devait pas être considérée comme une menace, mais plutôt comme un conseil « préventif ».Elle a aussi souligné que la lettre ne provenait pas de la direction russe, mais de la direction de la succursale européenne.

Phase trois

L’Union européenne examine actuellement la possibilité d’entamer la phase trois des sanctions contre le Kremlin. Ces mesures comprennent des sanctions économiques contre des secteurs vitaux de l’économie russe, tels que la finance ou l’énergie.

Les dirigeants européens ont par ailleurs souligné à plusieurs reprises l’importance de réduire la dépendance de l’UE vis-à-vis du pétrole et du gaz russes. Mais ce dernier avertissement de Moscou quant à la destruction d’emplois en Europe pourrait aussi avoir des conséquences négatives sur les pays qui sont moins dépendants de l’énergie russe, tels que la Belgique.

Un porte-parole du Service européen pour l’action extérieure, qui supervise la politique étrangère de l’UE, a déclaré que les représentants de l’Union n’ont pas eu l’occasion de consulter la lettre et donc ne pouvait faire de commentaires.Il a ajouté que les services européens continueraient leur travail selon les modalités du mandat qui leur a été confié par les États membres.

Les usines de NLMK Europe transforment des produits bruts en provenance des centres de production russes en acier de haute qualité. Un modèle qui pourrait faire l’objet d’une révision si des sanctions étaient adoptées contre l’acier russe :« Une interruption des activités européennes de NLMK pourrait conduire à […] la cessation de l’approvisionnement d’acier à d’importants utilisateurs finaux en Europe, tels que les engins de construction, l’automobile et le secteur de l’énergie ainsi que la fermeture temporaire ou permanente des installations de production de NLMK en Europe ».

 

Les chefs d'État se sont réunis lors d'un sommet extraordinaire le 6 mars dernier. Ils ont condamné l'intervention russe en Crimée et ont menacé Moscou de sanctions si Vladimir Poutine ne faisait pas en sorte de désamorcer la crise.

Les chefs d'États européens ont fermement condamné la violation par la Fédération de Russie de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine, sans qu'il y ait eu provocation. Ils appellent la Russie à « rapatrier immédiatement ses forces armées », ainsi qu'un « accès immédiat [au territoire de la Crimée] à des observateurs internationaux ».

Si Vladimir Poutine ne se met pas en conformité avec les demandes européennes, les chefs d'État de l'Union menacent le Kremlin de sanctions, dont l'interdiction de visa et le gel des avoirs, ce qui pourrait également toucher le président russe.

  • 25 mai : élections législatives en Belgique

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