Hamon veut sortir l’Europe du « blabla » avec un « arc politique européen »

Benoît Hamon, le 10 mars à Paris

Benoit Hamon fait peu de cas des institutions européennes, et associe l’Europe à plusieurs vitesses à du blabla. Il réclame en revanche un new deal de 1000 milliards d’euros pour la transition écologique porté par un « arc politique européen ».

Le candidat du Parti socialiste a détaillé, le 10 mars, son programme européen, assorti d’un projet de nouveau traité démocratique préparé avec Thomas Piketty. Ce nouveau texte, qui prendrait la forme d’un accord intergouvernemental, n’aurait pas besoin d’être soumis à referendum en raison de la situation de crise dans laquelle se trouve la zone euro.

« Mon engagement européen est dénué de toute forme de fétichisme, il est fait à partir d’une conviction, c’est que si nous ne transformons pas urgemment l’Europe nous laisserons l’extrême droite prospérer » a déclaré le candidat, lançant un appel aux défenseurs de l’Europe. « Le statu quo risque d’accentuer la dislocation de l’Europe démarrée avec le Brexit » souligne-t-il avant de présenter des propositions qu’il dit « amendables et discutables ».

De fait, le projet initial, qu’Euractiv avait pu consulter le 9 mars, a déjà été amendé.

>>Lire : Benoît Hamon veut gérer la zone euro sans le Parlement européen

Le candidat Hamon excluait au départ toute participation du Parlement européen dans la nouvelle assemblée. L’article 4 du traité portant sur la composition de la chambre précisait :

«  L’Assemblée est formée de parlementaires que les Parlements nationaux désignent en leur sein au prorata des groupes qui les composent et dans le respect du pluralisme politique, selon une procédure fixée par chaque État membre de la zone euro . »

Dans le projet présenté vendredi 10 mars, l’assemblée comporte 4/5ièeme de membres de Parlements nationaux, et 1/5ième de membres du Parlement européen.

Des assemblées nationales que Hamon jugées plus légitimes

Interrogé par Euractiv sur le motif de cette préférence nationale pour la gouvernance de la zone euro, qui reste marquée puisque le Parlement européen n’hériterait que de 20 % des sièges, Benoit Hamon campe sur ses positions.

« Le Parlement européen est une institution démocratique, mais si on veut que le Bundestag se sente lié par les décisions de l’assemblée démocratique de la zone euro, je pense qu’il est préférable que ce soit des représentants des assemblées nationales qui constituent la matrice de cette assemblée démocratique » a assuré le candidat, le 10 mars, lors d’une conférence de presse.

Même pour ses soutiens, la pilule passe mal « Évidemment moi je préfèrerais un parlement à 50/50 »,  reconnait l’ex-candidat Vert Yannick Jadot, « mais c’est vrai que ça ne passera pas partout. C’est une première étape » souligne-t-il.

En plus de cette assemblée parlementaire, Benoit Hamon souhaite bien sûr réorienter la politique économique.

Un New deal de la transition énergétique de 1000 milliards d’euros

« Les politiques d’austérité ont été un fiasco, elles précipitent les citoyens dans le rejet de l’Europe. La course à la croissance du PIB, et les accords de libre-échange sont caractéristiques de l’échec de l’Europe » assure-t-il.

S’il se dit persuadé de pouvoir convaincre «  l’Allemagne qui est une grande démocratie parlementaire » de ce projet, la seconde partie sera sans doute moins digeste.

Derrière l’aspect juridique de ce nouveau traité intergouvernemental, Hamon veut lancer un « new deal européen » de 1000 milliards d’euros pour investir principalement dans la transition écologique. Un projet ambitieux qui supposerait de revoir le design de la PAC, mais aussi des fonds structurels

Un arc politique européen

Le candidat, qui constate l’échec de Tsipras à vouloir réorienter l’Europe seul, a aussi l’ambition de construire « un arc européen politique ». Pour l’heure, il n’a le soutien que d’un chef de gouvernement, le Premier ministre portugais Antonio Costa. Et il doit rencontrer fin mars Martin Schulz. « Je note la nouvelle disponibilité de la gauche allemande pour échanger sur la refondation de la gauche » souligne le candidat, qui est aussi proche de l’ex ministre des finances grec Yanis Varoufakis.

Hamon veut enfin se rapprocher des pays de l’Est. « L’Europe doit respirer avec ses deux poumons, celui de l’Est et celui de l’Ouest, et les salons feutrés du couple franco-allemand nous l’ont souvent fait oublier » assure Benoit Hamon, dans une déclaration qui ne laisse guère de doute sur le faible cas que le candidat semble faire d’une intégration européenne plus poussée, que certains appellent aujourd’hui de leurs vœux.

« L’Europe à deux vitesses, c’est comme la règle des 3 %, c’est du blabla, ça ne fait pas changer les choses » juge-t-il.

En plus de faire peu de cas du Parlement européen, le projet de Benoit Hamon en fait encore moins de la Commission européenne, qui s’apprête à réagir vivement par la voix de Pierre Moscovici.