Migration : von der Leyen misera sur les accords avec des pays tiers lors d’un éventuel second mandat

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« Parallèlement [à la mise en œuvre du Pacte sur la migration et l’asile], nous ferons également avancer nos partenariats professionnels avec les pays d’origine et de transit afin de nous attaquer ensemble aux causes profondes de la migration », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. [EPA/OLIVIER HOSLET]

Après la ratification d’une réforme majeure des règles européennes de gestion des migrations par le Parlement européen, les dirigeants de l’UE envisagent désormais le déploiement de partenariats avec les pays d’origine et de transit des migrants — une approche controversée — pour réduire les flux migratoires.

Alors que le Parlement a ratifié le Pacte sur la migration et l’asile mercredi (10 avril) dans un climat de division et de crainte, le plan de l’UE pour lutter contre la migration est loin d’être achevé.

Outre une période de mise en œuvre délicate de deux ans pour les nouvelles règles, les dirigeants de l’UE souhaitent redoubler d’efforts pour conclure des accords avec les États voisins d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient afin d’endiguer l’afflux de migrants.

Si l’actuelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, devait être reconduite à la tête de l’institution, il s’agirait même de l’une de ses priorités, et ce en dépit des critiques émises à l’encontre de cette approche par différents groupes du Parlement européen et de la société civile.

« Parallèlement [à la mise en œuvre du Pacte sur la migration et l’asile], nous ferons également avancer nos partenariats professionnels avec les pays d’origine et de transit afin de nous attaquer ensemble aux causes profondes de la migration », a déclaré Ursula von der Leyen juste après l’adoption du pacte par le Parlement. Elle était accompagnée du Premier ministre belge Alexander de Croo et de la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, qui ont appuyé ses propos.

« Cet engagement est devenu un pilier essentiel de notre travail, et il est délibéré », a-t-elle ajouté.

Jusqu’à présent, l’UE a conclu des accords de ce type avec la Tunisie, la Mauritanie et l’Égypte, qui prévoient d’importantes sommes d’argent versées à ces pays pour les aider à contrôler les flux migratoires.

La future aide hongroise

À partir de juillet, la présidence hongroise du Conseil de l’UE sera chargée de négocier des accords entre les États membres et de définir l’agenda politique. Budapest souhaite également continuer à s’attaquer au problème aux frontières extérieures et dans les pays tiers par le biais de tels accords.

Deux diplomates ont expliqué que cela pourrait prendre la forme d’un plus grand nombre d’accords dans les mois qui suivront les élections européennes de juin, en commençant par le Maroc ou la Turquie, mais en envisageant également le voisinage méridional dans son ensemble.

Certains fonctionnaires ont également mentionné l’inclusion des pays du Sahel dans les accords, si la situation dans la région se stabilise.

Toutefois, ces accords ont été critiqués par les partis de gauche, ainsi que par certains libéraux et une partie du Parti populaire européen (PPE) de centre droit, qui ne considèrent pas l’Égypte et la Tunisie comme des pays garantissant le respect des droits humains des migrants.

Le Pacte sur l'asile et la migration adopté sur fond de divisions et de crainte de l’extrême droite

Malgré les tensions qui ont précédé le vote de mercredi et un accord final qui n’a plu à personne, le Pacte Asile et Migrations a finalement été adopté à une courte majorité sur certaines parties du paquet.

Des accords à la rwandaise ?

Pendant ce temps, le Parti populaire européen, auquel appartiennent Roberta Metsola et Ursula von der Leyen, s’est engagé dans son manifeste électoral à aller plus loin et à adopter le très controversé modèle rwandais, en vigueur au Royaume-Uni, qui prévoit le transfert des demandeurs d’asile dans des pays tiers pendant le traitement de leur demande.

L’Italie et l’Albanie ont conclu un accord à la fin de 2023, en vertu duquel les migrants seront traités dans le pays des Balkans occidentaux avant d’être transférés en Italie ou renvoyés dans leur pays d’origine une fois la décision prise quant à leur demande. Bien que cet accord diffère du « modèle rwandais », il a conduit d’autres pays, dont l’Autriche, à envisager des idées similaires.

Dans le même temps, le PPE s’engage également à augmenter les effectifs de Frontex, l’autorité frontalière de l’UE, de 2 000 à 10 000 personnes, afin de renforcer les contrôles aux frontières.

« Nous continuerons à apporter [aux États membres] des solutions sur mesure en matière de gestion des frontières », a affirmé Mme von der Leyen. « C’est nous qui devons décider qui entre dans l’Union européenne et dans quelles circonstances, et non les passeurs ou les trafiquants », a-t-elle ajouté.

Réaction des groupes du Parlement européen

Lors d’une conférence de presse avant que le Parlement ne vote le Pacte sur la migration, les principaux négociateurs de la loi ont critiqué les accords de la Commission avec les pays tiers.

« Balancer de l’argent aux dictateurs n’est pas une politique migratoire », a lancé l’eurodéputée libérale Sophie in’t Veld, ajoutant que cela ne ferait que maintenir les dictateurs en place plus longtemps et aggraverait le problème.

« Les accords avec les pays d’origine sont indispensables, nous devons dialoguer […], mais les accords avec l’Égypte et la Tunisie ne sont pas le bon modèle », selon Fabienne Keller, eurodéputée de Renassaince.

« Honnêtement, [ces accords] vont à l’encontre des valeurs européennes. Est-ce que nous aidons le peuple ou est-ce que nous aidons le régime ? Sont-ils pleinement alignés sur les valeurs des droits humains ? Je ne pense pas », a affirmé l’eurodéputé socialiste Matjaz Nemec, faisant écho aux inquiétudes des députés verts et de gauche.

« Ce sera donc très compliqué pour nous, Parlement européen, de rouvrir ce type de débat au cours de la prochaine législature », a-t-il ajouté.

Droit d'asile dans l'UE : la tentation de l'externalisation

Si le projet controversé du Royaume-Uni de renvoyer des demandeurs d’asile vers le Rwanda ne semble pas envisageable dans l’UE, une volonté de délocaliser ces procédures, sous diverses formes, se dessine dans le bloc.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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