L’UE devrait conclure dimanche (17 mars) un accord controversé d’une valeur de près de 8 milliards d’euros avec l’Égypte, poursuivant ainsi sa stratégie d’investissement dans les pays d’origine ou de transit pour endiguer les flux migratoires.
Cet accord vient s’ajouter à un document similaire signé par l’UE avec la Tunisie — qui avait été présenté par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, comme un modèle pour les partenariats futurs —, alors que la question de la gestion de l’immigration sera au premier plan de la campagne pour les élections européennes de juin.
Même si l’approche est comparable à celle de l’accord avec la Tunisie, l’Égypte est considérée par l’UE comme un « partenaire stratégique » plus sensible, compte tenu de ses 107 millions d’habitants et de sa proximité avec des zones instables telles que la bande de Gaza, le canal de Suez et le Soudan voisin, actuellement en proie à la guerre civile.
Cet accord bénéficiera du soutien de prêteurs multimilliardaires, d’institutions financières internationales, de la Banque européenne d’investissement (BEI) et de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), a confié à Euractiv une source au fait des négociations.
L’objectif de l’UE est d’étendre ses secteurs d’investissement, notamment dans la gestion de la migration, la transition écologique et l’insécurité alimentaire, en continuité avec des projets antérieurs que la Commission met déjà en œuvre dans ce pays d’Afrique du Nord.
L’UE avait précédemment alloué 110 millions d’euros à la gestion des flux migratoires sur sept ans, a expliqué à Euractiv une source proche du dossier.
Preuve du caractère hautement politique de la question, Ursula von der Leyen fera le déplacement jusqu’au Caire en compagnie des chefs de gouvernements belge Alexander De Croo (Renew), grec Kyriákos Mitsotákis (Parti populaire européen) et italien Giorgia Meloni (Conservateurs et Réformistes européens) pour conclure l’accord.
L’UE n’est pas le seul partenaire à s’être mis d’accord sur d’importantes subventions et prêts à l’Égypte ces dernières semaines. Début mars, le Fonds monétaire international (FMI) a accordé 3 milliards de dollars supplémentaires au pays et les Émirats arabes unis ont promis un investissement de 35 milliards de dollars dans la péninsule de Ras El Hekma.
Préoccupations en matière de droits humains
Claudio Francavilla, directeur adjoint du plaidoyer auprès de l’UE de l’association Human Rights Watch, a critiqué l’accord.
« Le “modèle” de Mme von der Leyen a encore frappé : alors que les gens tentent de fuir l’oppression, l’Europe récompense les oppresseurs pour les piéger », a-t-il expliqué à Euractiv.
« Sans réformes des droits humains [dans le pays] pour instaurer des mécanismes contrôles et des contrepoids face au pouvoir absolu de l’armée, l’UE et d’autres […] alimentent simplement les dirigeants corrompus et abusifs de l’Égypte jusqu’à ce que la prochaine crise économique survienne », a-t-il regretté.
Timothy E. Kaldas, directeur adjoint du Tahrir Institute for Middle East Policy, a indiqué à Euractiv que les décisions et les pratiques politiques du régime égyptien sont en partie responsables de la situation économique du pays. Il a notamment cité le fait que le gouvernement contrôle le secteur privé par le biais d’entreprises d’État.
Dans son rapport 2023, l’Agence de l’UE pour l’asile (EUAA) révèle que de nombreux Égyptiens quittent le pays en raison de la détérioration de la situation économique et politique. Nombre d’entre eux se rendent en Libye, où ils poursuivent ensuite leur route vers l’Europe en empruntant des voies parallèles.
Migration
La migration fait partie de l’accord, qui s’inscrit dans le prolongement des projets de gestion des frontières dans lesquels l’UE investit déjà aux côtés des autorités égyptiennes.
Ces fonds sont destinés à accroître la capacité opérationnelle de la marine égyptienne et des gardes-frontières pour la surveillance des frontières et les opérations de recherche et de sauvetage en mer.
L’opérateur de coopération technique du ministère français de l’Intérieur, Civipol, livrera trois bateaux de recherche et de sauvetage à l’Égypte en 2024, bien qu’il n’y ait pas eu de flux de départs importants du pays depuis 2016, selon un rapport de l’Agence européenne pour l’asile.
L’Agence des Nations unies pour les migrations (OIM) fait elle aussi partie des partenaires de développement déjà engagés et travaille à la formation et au renforcement des capacités des autorités égyptiennes.
« Avec ces fonds de l’UE, l’OIM soutient les autorités égyptiennes par le biais d’activités de renforcement des capacités qui promeuvent une gestion des frontières basée sur les droits et le respect du droit international et des normes, également en ce qui concerne les opérations de recherche et de sauvetage », a indiqué une source officielle de l’agence onusienne à Euractiv.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]


