« Le TTIP pourrait donner un meilleur accès au marché aux pays les moins développés »

Daniel Caspary (PPE) [European]

Les négociations sur le TTIP s’articulent autour de la sauvegarde des intérêts américains ou européens. Mais à quel point un éventuel accord affecterait les pays en développement et leur accès au marché mondial ? Un article d’EURACTIV Allemagne.

Daniel Caspary (CDU) est un eurodéputé du groupe PPE et membre de la commission commerce international du Parlement européen et de la délégation pour les relations avec les pays d’Asie du Sud.

Une récente étude de l’Institut Ifo pour la recherche économique a révélé que le TTIP pouvait avoir des effets économiques néfastes sur les pays en développement. À quel point cette question a-t-elle déjà été traitée dans les négociations actuelles ?

À la fois au Parlement européen et à la Commission, nous pensons qu’il est important que le TTIP soit un accord durable dans lequel nous abordons la coopération au développement et l’aide au pays les moins développés.

Une étude révèle pourtant que ce genre d’accords n’est pas vraiment en accord avec tout cela.

J’ai également lu très attentivement ces études. Disent-elles que le TTIP pourrait avoir un impact négatif sur les pays en développement ? Oui, mais elles montrent aussi que des pays et des régions pourraient bénéficier de l’accord. On ne peut donc pas généraliser et dire que le TTIP aura un effet négatif, alors qu’il offrira aussi des avantages.

Des avantages comme… ?

Prenez un pays comme le Bangladesh, par exemple. À première vue, selon ces études, les fabricants de textile pourraient souffrir de l’élimination de certains avantages découlant du marché. Si nous abolissons les droits de douane entre les États-Unis et l’Europe, ou du moins si nous les réduisons fortement, ces avantages pourraient disparaitre. D’un autre côté, le textile fait partie de ces produits dont la demande va augmenter grâce à la demande matérielle en Europe et aux États-Unis. Ces pays pourraient donc à nouveau se tailler la part du lion.

>> Lire : La Grèce menace de bloquer le TTIP sur les indications géographiques

Quand vous parlez des avantages du marché, parlez-vous de l’initiative de l’UE « Tout sauf les armes » pour les pays les moins développés ?

Oui, car l’UE fournit déjà à de nombreux pays du monde un accès gratuit au marché européen grâce à cette initiative. La question des droits de douane s’accompagne d’une véritable incompréhension. Comme je l’ai dit, les pays tiers pourraient subir les conséquences d’un accès des Américains sans droits de douane ou avec des droits réduits.

Cette initiative ne semble toutefois pas suffisante pour contrecarrer l’impact mondial du TTIP, surtout au niveau de la protection des normes.

Il est évident que « Tout sauf les armes » n’est pas la panacée, mais la discussion sur les normes et la même que celle sur les droits de douane. Supposons que nous parvenons à un accord dans un certain secteur, disons par exemple, celui des produits industriels. Est-ce vraiment un inconvénient pour les pays tiers ? Où la coopération réglementaire entre les États-Unis et l’Europe pourrait être un avantage ? Les pays en développement n’auront plus à répondre à des normes différentes sur deux marchés différents. Cela pourrait déboucher sur un accès au marché plus productif.

Pas nécessairement, pas dans le secteur alimentaire, par exemple.

Oui, je vois également un dilemme dans ce secteur. Nos normes élevées empêchent souvent les producteurs des pays les plus pauvres d’accéder aux marchés européens. Les petits exploitants de ces pays ont en effet du mal à atteindre des normes élevées pour la production de viande ou de produits sains. Les gens ont raison de dire que nous devons améliorer les conditions de vie de ces producteurs afin d’éliminer les causes de la crise des réfugiés. Ces mêmes personnes ne veulent pourtant pas que les normes soient abaissées. C’est incompatible. En plus, le TTIP pourrait nous permettre d’harmoniser nos normes à long terme. Cela signifie que dans 15 ou 20 ans, les standards transatlantiques pourraient être plus élevés que ceux de certaines régions européennes ou américaines aujourd’hui.

>> Lire : L’UE pourrait rétablir les visas pour les Américains

L’accès aux marchés serait alors plus difficile pour les pays en développement.

Honnêtement, nous cherchons encore une bonne solution, constituée de coopération au développement, ainsi que de formations et d’orientations sur l’accès aux marchés et sur la stratégie générale de l’UE sur les marchés. Tous les objectifs que nous voulons atteindre ne peuvent pas se réaliser facilement et immédiatement.

Ne s’agit-il pas donc d’un gâteau qui grandit alors que ses parts restent les mêmes ?

C’est une question que nous nous posons tous : comment devenir plus prospère sans que quelqu’un d’autre en paie le prix. Les Européens sont responsables de certains problèmes, des restes de l’époque coloniale, surtout en Afrique. Une grande partie de la responsabilité future revient cependant aux gouvernements de ces pays, qui doivent réellement s’intéresser à leur pays et au développement de leur population.

Il a été démontré que les pays en développement qui ont une gouvernance stable et un œil sur les marchés mondiaux se développent également positivement. L’UE a un rôle à jouer ici aussi.

Comment, exactement ?

Nous négocions actuellement des partenariats économiques avec de nombreux pays africains, par exemple. Nous tenons compte des intérêts des pays pauvres, dans le cadre de l’OMC et grâce à l’application des accords de Bali, qui ont pour objectif d’abaisser les barrières commerciales.

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