«Les négociations commerciales UE-Mexique seront moins controversées que le TTIP»

Le Mexique veut faire converger tous les accords commerciaux impliquant l’UE et l’Amérique du Nord, a déclaré le ministre de l’Économie, Ildefonso Guajardo.

Le ministre mexicain de l’Économie, Ildefonso Guajardo, s’est rendu à Bruxelles le 30 mai pour lancer un processus d’actualisation de l’accord commercial UE-Mexique, qui a déjà 16 ans. Dans une interview avec EURACTIV, il envisage de conclure un accord ambitieux d’ici à 2018.

Ildefonso Guajardo est ministre mexicain de l’Économie depuis 2012. Il a également enseigné à l’Université d’Arizona et à l’Université de Pennsylvanie.  

Vous semblez optimiste quant à la capacité du Mexique à conclure des négociations commerciales avec l’UE, alors que les récentes expériences de l’UE avec le Canada et les États-Unis ne vont pas dans ce sens. D’où vient cet optimisme ?

J’ai de très bonnes raisons d’être optimiste. D’abord, nous ne partons pas de zéro. L’UE et le Mexique ont signé un accord commercial il y a 16 ans, le premier conclu avec un pays américain. Or, ce n’est pas le cas avec le Canada et les États-Unis.

Nous avons toutefois besoin de moderniser cet accord. Des domaines tels que la coopération règlementaire, l’aide au commerce, la participation des PME, ou les produits électroniques sont devenus plus importants. Par ailleurs, l’accès à notre marché était assez limité dans des secteurs d’intérêt pour l’UE, comme l’énergie. J’ai des raisons de croire que l’accord pourrait aller de l’avant très rapidement, contrairement aux négociations fastidieuses que l’UE est en train de mener avec les États-Unis, et le long processus nécessaire pour conclure l’accord avec le Canada.

Y aura-t-il un chapitre sur l’énergie ?

Je ne sais pas si nous dédierons un chapitre entier à ce secteur, mais il sera clairement abordé et sera une de nos grandes ambitions pour cet accord.

Quel délai avez-vous en tête ?

C’est toujours très difficile de respecter un délai. Il faut toujours donner la priorité au contenu plutôt qu’aux dates butoirs. En même temps, nous reconnaissons que nous sommes en très bonne position pour avancer rapidement. Mais je ne peux pas encore dire si ce sera un an et demi ou deux ans et demi.

Personnellement, qu’en pensez-vous ?

C’est très difficile. Les deux parties ont un intérêt à conclure cet accord dans les délais impartis par nos mandats respectifs. Cela signifie obtenir des résultats avant les élections européennes de 2019 et avant la dissolution du sénat mexicain en septembre 2018. Nous ferons de notre mieux pour atteindre un accord dans ces délais.

Quelles sont les lignes rouges du Mexique ?

Nous ne devrions pas commencer les négociations en fixant des limites. Nous nous sommes accordés avec la Commission européenne sur le fait que cet accord serait très ambitieux. Bien entendu, certains secteurs sont plus complexes et vulnérables, comme le secteur laitier pour le Mexique. Nous savons aussi que l’industrie culturelle est très sensible en France.

Quelles seront les autres difficultés selon vous ?

Elles apparaitront lorsque nous entrerons dans les négociations. Elles commenceront les 13 et 14 juin, et puis nous définirons les groupes de travail dans chaque domaine. Au fur et à mesure de notre progression, nous découvrirons les secteurs qui posent problème.

Une fois que cet accord et le partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (TTIP) avec les États-Unis seront conclus, comment interagiront-ils avec les autres accords tels que l’accord de libre-échange nord-américain et le CETA ?

Une fois la modernisation de l’accord UE-Mexique accomplie et le TTIP conclu, nous devrions travailler vers une convergence, car ce serait dans l’intérêt de toutes les parties prenantes : tant en Europe qu’en Amérique du Nord.

L’Europe a déjà de nombreux intérêts dans la région nord-américaine. La convergence devrait cependant être assurée sur les règles d’origine [utilisées pour déterminer le pays d’origine d’un produit]. Cela nous permettra de faciliter la production dans toute la chaine de valeur, en améliorant l’efficacité et l’intégration de nos économies.

Cela ne remplacera toutefois pas un système commercial multilatéral efficace. Nous devons continuer à promouvoir les engagements de Doha et faire vraiment fonctionner l’Organisation mondiale du commerce.

En 2014, vous fêtiez le vingtième anniversaire de l’ALENA. Quelles leçons pouvez-vous tirer de cet accord pour les appliquer dans l’accord avec l’UE ?

L’ALENA et les onze autres accords commerciaux que nous avons signés après ont transformé de manière radicale notre économie. Avant l’ALENA, 65 % de nos exportations étaient des minéraux et 34 % des produits manufacturés. Aujourd’hui les minéraux représentent 7 % de nos exportations et les produits manufacturés 89 %.

Du point de vue géographique, le pays a changé en créant des pôles d’activité économique. Des secteurs très dynamiques sont nés, comme l’aéronautique, les appareils médicaux, l’électronique et les technologies d’information ou l’industrie automobile.

Mais le pays avait une limite : il n’exploitait pas pleinement les bénéfices puisqu’il y a 20 ans nous n’étions pas capables de réformer l’économie pour améliorer notre compétitivité. Nous avions un secteur énergétique fermé, inefficace et très couteux, nos lois antitrust étaient extrêmement faibles et nos lois sur le travail très rigides. Les réformes économiques mises en place par le président Enrique Peña Nieto portent déjà leurs fruits, par exemple en terme de prix de l’énergie payés par les PME. Une meilleure inclusion des PME dans les nouveaux accords commerciaux pourrait permettre d’accroitre la valeur créée.

Un rapport du European Council on Foreign Relations publié en 2014 montre que l’impact de l’ALENA sur le commerce USA-Mexique était « relativement limité », et que l’économie mexicaine s’était développée à un rythme plus lent que le Brésil, le Chili ou le Pérou…

C’est vrai, la stabilité financière, les fondations macroéconomiques et le libre échange n’ont pas été suffisants pour garantir un rythme de croissance élevé et soutenu. Mais cela ne veut pas dire que l’ALENA a un impact limité.

Quand les partis de gauche disent que le dénommé « consensus de Washington » et que ce modèle de libre-échange sont mauvais, je leur réponds qu’ils ne sont pas mauvais, mais que nous les avons mal appliqués.

Est-ce un avertissement pour l’UE, étant donné la pression croissante pour mettre en place des réformes structurelles dans certains états membres et un marché européen dans certains secteurs tels que le numérique ou l’énergie ?

L’Europe a un avantage, c’est la bonne intégration des PME dans l’économie nationale, notamment en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Italie ou en Espagne.

Craignez-vous que l’indignation publique à l’égard du TTIP n’affecte aussi les négociations UE-Mexique ?

Le fait que notre accord ait déjà 16 ans est d’une grande aide. Les négociations ne seront pas aussi controversées et complexes.

L’UE veut inclure une clause anticorruption. Dans la pratique, quelles seraient les conséquences d’une telle clause ?

Ce n’est pas nouveau pour nous. Il y en avait une dans le partenariat transpacifique (TTP) pour garantir la véritable ouverture des marchés publics. Les engagements anticorruption sont très importants pour garantir un vrai accès au marché. Dans le cas du Mexique, les législateurs discutent déjà de règles anticorruption.

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