« Les États membres qui investissement dans la R&D ont mieux résisté à la crise »

Carlos Moedas [European Commission]

L’innovation était l’une des priorités du G20 de septembre, à Hangzhou. L’Europe a pourtant encore de mauvaises habitudes en ce qui concerne la recherche et le développement, selon le commissaire Carlos Moedas.

La Commission européenne se targue d’être le chantre d’un écosystème ouvert pour les chercheurs. Sa proposition pour une circulation libre des données devrait jouer un rôle important dans l’adaptation de l’UE à la numérisation de l’économie.

Carlos Moedas est le commissaire en charge de la recherche, de la science et de l’innovation.

L’OCDE a averti en février que l’investissement européen dans la recherche et le développement (R&D) stagnait. Tous les grands acteurs mondiaux, dont la Chine, ont à présent dépassé l’Europe. Pourquoi sommes-nous à la traine ?

Nous faisons des progrès. En 2014, l’intensité du R&D européen n’atteignait que 2,03 % du PIB, une progression modeste depuis 2004, quand elle était de 1,76 %. L’UE reste cependant loin de son objectif de 3 %.

Les actions à court terme qu’a rendu nécessaire la crise économique et financière, comme la correction des faiblesses du secteur financier ou la réduction des dettes publiques, a repoussé vers le bas la R&D sur la liste des priorités politiques.

Je pense que l’argument le plus convainquant est que les États membres qui ont maintenu ou augmenté leur investissement dans la R&D ces dernières années ont mieux résisté face à la crise. Partout en Europe, les gouvernements doivent soutenir activement les investissements générateurs de croissance, mais aussi introduire des réformes structurelles dans les secteurs de la science et de l’innovation, afin d’améliorer l’efficacité des investissements. C’est pourquoi la recherche et l’innovation sont passées au premier plan dans le processus du semestre européen.

Où en est l’innovation en Europe ?

Avec seulement 7 % de la population mondiale, l’UE produit un tiers des connaissances du monde. Toutefois, si l’Europe est très douée pour transformer des euros en connaissances, elle n’est pas aussi experte pour faire l’inverse. Nous devons donc nous améliorer dans la transformation d’une excellente recherche en nouveaux produits, processus et services qui dynamiseront la croissance et l’emploi.

L’UE a toujours une avance considérable sur d’autres pays en termes de performance, comme l’illustre le tableau de l’innovation 2016, et est en train de rattraper le Japon et les États-Unis.

Le tableau indique des tendances positives dans les domaines des ressources, de l’ouverture et de la qualité des systèmes de recherche. En ce qui concerne l’investissement dans la recherche et les conditions cadre pour l’engagement des entreprises dans le capital-risque et l’innovation des PME, les tendances sont par contre négatives.

Pour remédier à cela, la Commission a mis en place plusieurs initiatives, dont le plan Juncker. Plus récemment, j’ai aussi lancé un appel pour la création d’un fonds pour capital-risque paneuropéen et guidé par le marché, afin de contribuer à l’augmentation des fonds de capital-risque en Europe et l’empreinte de l’industrie dans tous les États membres, ainsi qu’à attirer des investisseurs privés.

Sommes-nous bien préparés aux défis entraînés par la fameuse quatrième révolution industrielle ?

La quatrième révolution industrielle est menée par la technologie, tant numérique que physique. Le programme Horizon 2020 y contribue dans les deux cas. Dans ces domaines, nous promouvons des pôles d’innovation qui permettent aux PME de tester de nouvelles technologies avant d’investir. Et avec le projet pilote du futur Conseil européen pour l’innovation, nous soutenons des innovations radicales.

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Néanmoins, la R&D n’est qu’une face de la médaille. Nous avons besoin d’un bon cadre pour accompagner tout financement et investissement dans la R&D durant la quatrième révolution industrielle. Cela passera par la réponse aux nouveaux défis réglementaires et par la mise en place de lois relatives à des sujets comme la confidentialité des données, l’accès aux systèmes et la protection contre les cyberattaques. Le reste des réglementations doit rester léger et simple pour attirer les investissements des sociétés de capital-risque.

Une des questions les plus controversées par rapport au nouvel écosystème numérique est de savoir comment équilibrer une libre circulation des informations et la propriété de données demandée par l’industrie européenne. Quelle pourrait être la solution ?

Les objets connectés et autres secteurs émergents en pleine croissance comme l’informatique en nuage sont axés sur les données. Les données sont la base de notre avenir numérique et de notre prospérité. Pourtant, si elles ne circulent pas librement à travers l’UE, alors le potentiel de croissance de l’économie numérique en Europe pourrait être limité. Au sein du marché unique, les données doivent pouvoir bouger à travers les frontières et au sein d’un espace unique. Ce n’est pas le cas en Europe aujourd’hui. Au lieu de cela, nous avons une batterie d’obstacles techniques et juridiques qui entravent la circulation transfrontalière des données. La grande majorité de ces obstacles n’ont rien à voir avec la protection de la propriété, de la vie privée ou avec la lutte contre les menaces sécuritaires.

>> Lire : Marché unique numérique contre secrets d’affaires, le match est ouvert

En termes de données, nous avons besoin d’accès et non pas de stockage. La libre-circulation des données permettra aux autorités de sécurité nationale d’améliorer l’échange de données au sein d’un environnement sécuritaire. Voilà pourquoi nous préparons des mesures pour améliorer l’interopérabilité des systèmes d’information des États membres.

Au début de l’année prochaine, nous présenterons une initiative nous permettant de nous attaquer aux restrictions inutiles sur la localisation des données. Nous nous pencherons aussi sur les questions juridiques entourant la possession des données, leur gestion, leur utilisation, leur accès – et ce, afin d’éviter qu’elles freinent l’innovation.

Pour faire fonctionner l’économie des données, il faut que les entreprises investissent dans la production de données et des entreprises qui réutilisent les données. En effet, si nous voulons maximiser la valeur des données, il faut aussi maximiser leur utilisation. Les données peuvent être réutilisées de plusieurs manières, et souvent sans aucun impact concurrentiel par rapport à la société qui a généré les données. Cette réutilisation n’est pas forcément gratuite. Les données peuvent être échangées contre rémunération. Reste à examiner de près comment ces considérations peuvent s’appliquer à différents secteurs économiques, et à différentes étapes des chaines de valeur des données.

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