Erasmus pour jeunes entrepreneurs

Erasmus pour les jeunes entrepreneurs est un programme pilote de l'Union européenne qui paye les nouveaux entrepreneurs afin qu'ils tirent parti de l'expérience d'hommes et de femmes d'affaires expérimentés dans d'autres Etats membres. La Commission européenne souhaite rendre ce programme permanent avec beaucoup plus de financements pour stimuler le commerce transfrontalier.

Contexte

L'Europe est souvent considérée comme ayant un esprit d'entreprise moins développé que les Etats-Unis où des études montrent constamment que les gens prennent plus volontiers des risques. 

Les entrepreneurs ont accès à des fonds nationaux et européens pour les aider à se lancer, mais alors que certains plaident pour que l'intervention de l'Etat promeuve les petites entreprises et les start-ups, d'autres préfèreraient simplement que les gouvernements restent en retrait.

99 % des sociétés dans l'UE sont de petites et moyennes entreprises (PME) qui représentent environ deux tiers des emplois et du PIB. Toutefois, moins de 10 % d'entre elles exportent des biens et des services à travers l'Union.

En février 2009, la Commission européenne a lancé l'Erasmus pour jeunes entrepreneurs (EYE), un programme pilote permettant aux jeunes hommes et femmes d'affaires de passer entre un et six mois au sein d'une entreprise dans un autre pays de l'UE.

Dans le cadre de ce projet, similaire au programme Erasmus pour les étudiants, les futurs entrepreneurs sont payés jusqu'à 1100 euros par mois pour seconder un patron d'entreprise expérimenté afin d'améliorer leurs compétences et le transfert de compétence à travers les frontières.

Ce programme fait partie du Small Business Act de juillet 2008, une politique cadre visant à encourager l'entrepreneuriat et à aider les PME à exploiter le marché intérieur.

Le projet EYE a été renouvelé pour une seconde année, puis pour une troisième et le quatrième cycle est prévu pour février 2012. En février 2011, 332 personnes avaient terminé leur formation et 200 étaient encore à l'étranger, mais les organisateurs ont rencontré des difficultés pour trouver des entreprises souhaitant accueillir les jeunes.

En outre, avec 23 millions de PME dans l'UE, les fonctionnaires de la Commission affirment que l'EYE devrait être étendu si l’on se fixait pour objectif de produire un effet plus durable et plus large sur l'entrepreneuriat transfrontalier.

La Commission prévoit de proposer un financement permanent pour l'EYE afin d'élargir sa portée et son impact. Il faudrait pour cela l'approbation du Parlement européen et des Etats membres.

La proposition devrait être adoptée d'ici la fin 2011, mais dans la mesure où les gouvernements à court d'argent font pression pour réduire le budget de l'UE, il est difficile de déterminer le montant qui sera rendu disponible.

Problèmes

Qui et quand ?

Le programme est ouvert aux nouveaux et aux futurs entrepreneurs : ceux qui ont lancé une entreprise au cours des trois dernières années et ceux qui en ont fermement l'intention. Les entreprises d'accueil potentielles doivent également s'inscrire.

Les candidats à l'Erasmus pour jeunes entrepreneurs (EYE) postulent auprès d'organisations intermédiaires (chambres locales du commerce ou groupes d'entreprises) qui tente de les mettre en contact. Les coûts de la vie et du voyage sont couverts par l'UE avec des versements qui peuvent aller de 1100 euros par mois au Danemark à 560 euros mensuels en Bulgarie.

Plus tôt cette année, des organisations intermédiaires ont été établies à Chypre, en Estonie et en Irlande, ce qui a étendu le programme à tous les membres de l'UE. L'Italie et l'Espagne ont comptabilisé environ 47 % des demandes jusqu'en février de cette année, les autres pays restant loin derrière.

Les secteurs qui attirent le plus de postulants sont la publicité, les médias, les technologies de l'information et l'éducation. La plupart des jeunes restent deux ou trois mois et le Royaume-Uni est de loin la destination la plus demandée.

Problème de marketing

Même si les réactions ont été très positives et si les participants ont généralement lancé leur propre entreprise, les détracteurs affirment que l'EYE souffre d'un « problème de marketing », surtout pour trouver des entreprises souhaitant accorder du temps et des ressources à la mise en œuvre du programme.

Sur les 2446 inscriptions reçues jusqu'à présent, 62 % étaient de nouveaux entrepreneurs et 38 % des entreprises d'accueil potentielles, ce qui signifie que de nombreux postulants seront déçus.

Cette situation dépend également fortement des intermédiaires, dont certains se plaignent d'avoir trop peu de soutien financier. De plus, près de la moitié des candidatures viennent d'Espagne et d'Italie, ce qui laisse penser que la plupart des Etats membres n'en font pas assez pour promouvoir le projet.

Lors d'une conférence en avril dernier, plusieurs parties prenantes ont demandé à ce que le nom du programme soit modifié, ou du moins qu'on enlève le mot « jeune » du titre car ils craignent que cette dénomination fasse fuir de nouveaux entrepreneurs plus âgés disposant d’une réelle expérience professionnelle.

D'autres inquiétudes concernent l'empiètement de cet Erasmus sur d'autres programmes d'encadrement de l'UE ou non et la question de savoir si la plupart des entreprises fondées par les participants auraient pu être de toute façon lancées sans cet Erasmus.

Bientôt 10 000 participants ?

Un sondage parmi les participants de l'EYE a révélé une grande satisfaction chez les nouveaux entrepreneurs et un rapport indépendant a précisé que l'EYE permettait de créer de nouvelles entreprises durables mais qu'il nécessitait davantage de ressources pour avoir un impact sur le long terme.

En revanche, le programme Erasmus pour les étudiants compte 180 000 participants chaque année, et il ne serait donc pas déraisonnable d'avoir des dizaines de milliers de nouveaux entrepreneurs dans le programme, ont expliqué des fonctionnaires de la Commission.

Cela pourrait stimuler la compétitivité et la croissance de manière significative, a déclaré Jack Malan du Centre for Strategy & Evaluation Services qui a rédigé un rapport sur l'EYE l'année dernière.

A cette fin, la Commission fera pression sur le Parlement européen et les Etats membres pour qu'ils augmentent de manière substantielle les financements si cet Erasmus devient un programme permanent. Toutefois, dans la mesure où certains gouvernements souhaitent un gel du budget de l'UE, un point d'interrogation plane encore sur l'avenir du projet.

En outre, la Commission devrait publier une révision très attendue du Small Business Act fin février. Dans une ébauche mise à jour aperçue par EURACTIV, la recommandation visant à faire de l'EYE un programme permanent avait été retirée.

Réactions

Marko Curavi?, chef d’unité de la DG Entreprises et industrie à la Commission européenne, a déclaré que la phase pilote avait donné « une bonne base pour commencer et [qu'ils voulaient] rendre son impact plus fort et permanent ».

Il reste encore du temps pour améliorer le programme avant qu’il n’évolue vers une base nouvelle, permanente, juridique, a-t-il dit, en ajoutant que ce nouveau statut apporterait un budget accru.

M. Curavi? affirme que 180 000 étudiants prennent part au programme d’échange Erasmus chaque année et qu’il n’est donc pas déraisonnable d’inscrire « des dizaines de milliers » d’entrepreneurs.

Joanna Drake, directrice de la promotion pour la compétitivité des PME à la DG Entreprises et industrie, a déclaré qu’elle s’attelait à rendre l’EYE permanent.

Selon elle, il s’agit d’une partie intégrante de la « loi sur les petites entreprises » qui fait partie du nombre de programmes phares établis dans la stratégie « Europe 2020 », en particulier « Youth on the move » et « Innovation Union » et qui correspond à l’accent mis sur la création durable d’emplois.

« En analysant « Youth on the Move », on voit que le programme comble un vide puisqu’il n’y pas d’opportunité pour les gens en début de carrière », a-t-elle fait remarquer.

Mme Drake a affirmé qu’il était important de relayer l’information sur ce programme mais elle a ajouté que des ressources supplémentaires pour le marketing ne seraient pas forcément la seule réponse. « Nous avons besoin d’entrepreneurs qui soient ambassadeurs du programme mais il est également important que les eurodéputés et les autorités régionales jouent un rôle clef dans la communication des réussites », a-t-elle déclaré.

La coordinatrice du programme EYE, Typhaine Beaupérin des Eurochambres, qui servent de bureau de soutien pour les organisations intermédiaires, a déclaré que le nombre des bénéficiaires et des personnes connaissant le programme augmentait.

Avec la structure du programme en place, le défi consiste désormais à « combattre les obstacles qui freinent son plein développement avant toute extension majeure, notamment élargir sa couverture géographique et trouver plus d’entreprises d’accueil », a-t-elle dit.

Avec l’Italie et l’Espagne qui remportent le plus de candidatures, une plus grande promotion est nécessaire dans l’UE, surtout pour attirer plus d’entrepreneurs expérimentés, a-t-elle confié à EURACTIV. Si ces défis étaient relevés, elle pense que le budget pourrait atteindre les 450 millions dédiés à son équivalent Erasmus pour les étudiants.

Arnaldo Abbruzzini, secrétaire général des Eurochambres, a déclaré que le programme satisfaisait aux besoins de mobilité accrue en Europe mais a prévenu qu'un certain nombre d’imperfections devaient être réglées.

M. Abbruzzini, qui gère sa propre entreprise, a dit ne pas vouloir signer comme entreprise d’accueil parce qu’il n’y avait aucun encouragement. « Il faut lancer une campagne d’information massive et identifier la raison pour laquelle les entreprises d’accueil désireraient s’engager. L’avantage pour les nouveaux entrepreneurs est clair, mais il est limité pour quelqu’un comme moi, qui devrait accorder du temps et de l’espace dans les bureaux à ce programme », a-t-il commenté.

Il a soutenu l’idée de modifier le nom pour ne garder que « Erasmus pour entrepreneurs » de manière à encourager les gens du monde des affaires à s’engager comme parrains.

Fátima Mínguez, directrice générale adjointe pour la politique en faveur des PME au ministère de l’industrie, du tourisme et du commerce en Espagne, a déclaré que le concept à l’origine de l’EYE était solide mais que les résultats de la phase pilote étaient « en effet très modestes ».

En avril 2010, elle a déclaré qu’il y avait une grande marge d’amélioration, en ajoutant qu’il était bien trop tôt pour suggérer que le programme ait pu avoir un impact tangible.

« Il faut professionnaliser le travail effectué par les organisations intermédiaires », a-t-elle dit, ajoutant que les Etats membres se saisiraient de l’initiative si les difficultés étaient gérées.

Luca Poli, un chirurgien italien qui a participé au programme, a affirmé que la chance d’apprendre d’un professionnel espagnol était inestimable car les entrepreneurs locaux étaient souvent réticents à l’idée de partager des informations commerciales sensibles.

Il a dit qu’il connaissait très peu de choses du fonctionnement d’une entreprise avant de participer au programme et qu’il possédait désormais sa propre clinique cosmétique privée à Milan.

Dans un entretien accordé à EURACTIV en février 2010, M. Poli a déclaré que ce poste lui avait permis de tester ses idées avec un entrepreneur expérimenté et d’apprendre à mieux faire les choses. Il affirme avoir acquis des compétences inestimables en termes de communication.

Annie King, qui a participé au programme en tant qu'entreprise d'accueil, a expliqué que la stratégie Europe 2020 faisait référence aux entreprises durables et qu'il s'agissait d'un thème sur lequel la Commission devrait mettre davantage l'accent.

Elle a déclaré que les nouveaux entrepreneurs devraient eux-mêmes trouver des sociétés d'accueil plutôt que de compter sur un système complexe d'organisations qui agissent en tant qu'intermédiaires.

Katia Marchesin, une autre responsable d'entreprise d'accueil, a expliqué que ce programme donnait l'opportunité aux hommes et aux femmes d'affaires de développer de nouveaux modèles d'entreprise et pouvait servir de « pont virtuel vers d'autres marchés ». C'est une chance pour les sociétés de s'internationaliser, a-t-elle ajouté.

Jack Malan, du Centre for Strategy & Evaluation Services qui a rédigé un rapport sur le programme pilote, a déclaré que les entrepreneurs avaient tendance à se montrer plus positifs que les entreprises d'accueil vis-à-vis du programme.

Lorsqu'il s'est exprimé en avril 2010, il a expliqué qu'il était trop tôt pour mesurer de manière précise l'impact du projet mais que des indications claires laissaient penser que le programme améliorait la qualité des start-ups, même s'il ne semblait pas faire augmenter le nombre de nouvelles entreprises.

« Si 10 000 nouveaux entrepreneurs participaient chaque année, ce qui demanderait dix fois plus de ressources, ce programme pourrait significativement améliorer la compétitivité et la croissance », a-t-il déclaré.

Toutefois, M. Malan a souligné le besoin d'une plus grande sensibilisation pour générer davantage de candidatures au programme et pour combler certains « vides géographiques » qui sont apparus au cours de la phase pilote.

En juillet 2009, l'ancien commissaire chargé de l'industrie et de l'entreprise, Günter Verheugen, a déclaré qu'il était heureux de voir le programme EYE décoller.

« Ses objectifs visant à aider à débloquer le potentiel des entreprises, à révéler de nouvelles opportunités et à mieux utiliser le marché intérieur sont plus pertinents que jamais dans le contexte de la crise économique actuelle », a-t-il commenté.

 

Prochaines étapes

  • Nov. 2006 : Le Parlement européen approuve le projet d'un programme pilote d'« Erasmus pour jeunes entrepreneurs » (Erasmus for Young Entrepreneurs (EYE)).
  • 25 juillet 2008 : La Commission européenne dévoile le Small Business Act qui comprend des préparatifs pour l'EYE.
  • 19 fév. 2009 : L'EYE est lancé avec un budget de 3 millions d'euros.
  • Juin 2009 : Le premier participant part à l'étranger via ce programme.
  • Fév. 2010 : Le second cycle de l'EYE est lancé est le budget passe à 5 millions d'euros.
  • Fév. 2010 : Antonio Tajani est nommé commissaire pour l'Industrie et l'entrepreneuriat.
  • Fév. 2011 : Le troisième cycle de l'EYE est lancé avec un autre budget de 5 millions d'euros.
  • Mi-2011 : La Commission devrait proposer de faire de l'EYE un programme permanent de l'UE avec une base juridique.
  • D'ici la fin 2011 : Le Parlement européen et les Etats membres devraient approuver la proposition.
  • Fév. 2012 : Le quatrième cycle de l'EYE débutera.

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