Arnaud Montebourg dénonce un euro trop fort et trop cher

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Le ministre du Redressement productif a lancé le club des « Amis de l'industrie » mercredi 23 octobre. Il plaide pour une politique monétaire accommodante qui permettrait à l'industrie d'exporter grâce à un euro plus faible. Retrouvez ici l'intégralité de l'interview.

La ministre du Redressement productif fustigeait il y a un an la Commission européenne, accusée de mettre des bâtons dans les roues des entreprises européennes.

Il a réuni mercredi 23 octobre les ministres européens de l'Industrie, avec le commissaire européen à l'Industrie Antonio Tajani pour étudier les solutions envisageables.

Des pratiques européennes stupides et contre-productives

Ce qui ne l'empêche pas de rester très critique à l'égard de l'Europe.

« Les règles de l’Europe sont des règles du monde d’avant. Nous devons dépasser ces règles obsolètes qui ne correspondent pas à une économie globalisée» assure-t-il.

Selon lui, ces règles ont contribué à ce qu'il appelle « la balkanisation des entreprises européennes » : les entreprises européennes sont de taille modeste en Europe par rapport à leurs concurrentes américaines notamment, en raison des règles de concurrence qui freinent la concentration et les rapprochements.

Ces règles limitent également les subventions nationales, alors que dans les autres blocs économiques comme la Chine et les États-Unis, les gouvernements ne s'interdisent jamais d'en prodiguer.

Les pratiques de l'Europe en matière de politique de concurrence et de politique commerciale sont ainsi jugées par l'élu de Saône-et-Loire « aussi stupides que contre-productives ».

Le ministre rappelle que l'industrie « a eu zéro » quand les banques se voyaient doter de 500 milliards d'euros. Il s'agit du montant total de l'aide qui a dû être apportée par les États européens durant la crise de l'euro pour renflouer l'industrie bancaire.

L'euro trop fort et trop cher

Vu les niveaux de dettes des pays européens, il est désormais impossible de mobiliser des fonds pour l'industrie comme cela avait été possible pour les banques.

D'où la proposition du ministre d'avoir recours à la politique monétaire, une idée qui est de moins en moins un tabou en Europe, puisque même certaines études internes en Europe reconnaissent les limites de la politique actuelle.

Pas de croissance en Europe

« Les politiques budgétaires et monétaires menées par la Commission européenne sont catastrophiques. Augmenter les impôts et attendre que la crise passe, ça n’a jamais marché. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est un grand économiste, Joseph Stiglitz : aucune économie n’est jamais sortie de la crise sans utiliser la politique monétaire. Aujourd’hui nous voyons le Japon, les États-Unis sortir de la crise petit à petit, et en Europe il n’y a pas de croissance ! »

Pour le ministre, l'euro est « un peu trop fort, et un peu trop cher » pour permettre à l'industrie européenne d'exporter. Une politique monétaire plus accommodante permettrait aussi aux entreprises d'emprunter, et donc d'investir plus facilement qu'elles ne peuvent le faire aujourd'hui.

Attention à la colère des citoyens dans les urnes pour les européennes

Confiant dans le bien-fondé d'un accord commercial que l'Europe est en train de négocier avec les États-Unis, qui sera selon lui plus protecteur que les règles de l'Organisation mondiale du commerce, il rappelle toutefois à la Commission qu'il vaut mieux prendre le temps de négocier longuement.

« Si un accord précipité était signé, la colère des citoyens se manifesterait sûrement dans les urnes lors des élections européennes en mai prochain », assure Arnaud Montebourg.

Une nouvelle équipe à la Commission

Pour ces élections, il conseille d'ailleurs de privilégier une approche très politique. Plutôt que de soutenir un Français, comme les socialistes espagnols qui avaient soutenu un homme de droite, Barroso, pour obtenir la tête de la Commission, le ministre insiste sur l'importance des choix politiques qui seront adoptés par la Commission choisie après les élections du Parlement européen.

« Il faut élire une nouvelle équipe qui soit politiquement engagée pour redresser l’Europe en utilisant les outils monétaires et budgétaires ».

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