Bruxelles mise sur la titrisation et le crowdfunding

La plateforme SeaOrbiter est partiellement financée par crowdfunding © SeaOrbiter® / Jacques Rougerie

La plateforme SeaOrbiter est partiellement financée par crowdfunding © SeaOrbiter® / Jacques Rougerie

La nouvelle régulation bancaire accentue la frilosité des banques notamment pour prêter à long terme. La Commission veut rétablir le crédit en facilitant la titrisation des créances, mais aussi le financement participatif, ou crowdfunding, qui représente déjà 1 milliard d’euros de financement par an.

L’Union européenne va s’employer à développer des alternatives au crédit bancaire pour favoriser les investissements dans les infrastructures et les jeunes entreprises, montre la « feuille de route » présentée jeudi par la Commission.

Ces projets visent à favoriser le développement des marchés d’actions et d’obligations et à mobiliser les fonds de pension pour assurer les milliers de milliards d’euros de financements jugés nécessaires d’ici 2020 pour bâtir de nouveaux réseaux de télécommunications, de transport et d’énergie.

De tels projets de grande ampleur à l’échelle européenne sont censés doper la croissance et l’emploi.

« Nous avons été ambitieux dans notre programme de la régulation financière et les résultats que nous avons obtenus en matière de stabilité financière et de confiance ont été positifs », a déclaré Michel Barnier, le commissaire au Marché intérieur, cité dans un communiqué.

« Alors qu’une reprise de l’économie se profile, nous devons continuer d’être tout aussi ambitieux dans le soutien que nous apportons à la croissance. »

Le durcissement de la réglementation bancaire entrepris ces dernières années dans l’Union comme aux Etats-Unis pour tenter de prévenir une nouvelle crise financière a eu pour effet indésirable de rendre plus coûteuse la participation des banques et des compagnies d’assurance aux financements à long terme.

La Commission souhaite donc aujourd’hui assouplir certaines de ces nouvelles contraintes, notamment pour permettre aux fonds de pension, qui représentent un total de 2.500 milliards d’euros dans l’UE, d’investir davantage dans ce type de projets.

 

Titrisation et crowdfunding sous les projecteurs

Le plan dévoilé jeudi, à deux mois des élections européennes, vise aussi à favoriser le développement du « crowdfunding », le financement participatif, ou encore le crédit interpersonnel (« peer to peer ») en ligne.

Le crowfunding a concerné 500.000 projets de financement en 2012 pour un total de 735 millions d’euros. En 2013, le montant total devrait atteindre 1 milliard d’euros selon Massolution.

La CE veut aussi relancer le marché de la titrisation, le regroupement de prêts sous forme de titres portant intérêt. Ce marché, accusé d’avoir été à l’origine de la crise financière en 2007-2008, s’est fortement réduit depuis, or il est considéré comme une alternative majeure au crédit bancaire.

La mise en oeuvre de certaines des mesures annoncées jeudi nécessitera plusieurs années. D’autant qu’elle implique un changement fondamental de certains comportements en matière de financement: en Allemagne, par exemple, les collectivités locales et les petites et moyennes entreprises ont noué des liens de longue date avec les banques régionales.

« Nous devons nous concentrer sur ce qui fera la différence, et de mon point de vue, c’est la titrisation, ce qui passe par un assouplissement des exigences de fonds propres pour les assureurs qui veulent investir dans la titrisation », explique Simon Hills, directeur exécutif de la British Bankers Association.

« Il faut réduire de manière assez urgente la forte dépendance de l’Europe envers le financement bancaire », ajoute-t-il. « Sinon, quand la prochaine crise surviendra, nous aurons les mêmes problèmes de réduction de l’exposition des banques au risque. »

Pour les banques, ce mouvement de « deleveraging » est passé par une réduction des nouveaux prêts et la cession d’une partie de leurs portefeuilles de créances, afin de réduire les risques qu’elles doivent assumer, donc de minimiser les capitaux qu’elles doivent mobiliser en regard de ces risques.

La Commission estime que d’importants investissements à long terme seront nécessaires dans le cadre de la stratégie «Europe 2020» et du paquet de mesures dans le domaine de l'énergie et du climat de 2030 dans les infrastructures, les nouvelles technologies, l’innovation, la recherche et le développement et le capital humain. Les besoins d'investissement dans les réseaux d'infrastructures de transport, d'énergie et de télécommunications d'importance européenne sont estimés à eux seuls à 1000 milliards d'euros pour la période allant jusqu'à 2020, comme l'indique le règlement établissant le Mécanisme pour l’interconnexion en Europe.

Elle propose de faire évoluer les possibilités d'investissements pour répondre à ces besoins et soutenir les entreprises mises en difficulté par la crise financière et un taux de croissance économique encore faible

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