Le Brexit retarde la course aux étoiles de l’Europe

Space X est un pionnier des fusées réutilisables. [Steve Jurvetson/Flickr]

Le divorce Royaume-Uni – UE pousse la Commission à repousser le financement de projets spatiaux après 2020, malgré leur importance pour la politique spatiale européenne.

Le monde se lance dans une nouvelle course aux étoiles. Sauf que cette fois-ci, les participants ne sont pas les deux grandes puissances mondiales du siècle dernier, mais des entrepreneurs.

Elon Musk, fondateur des sociétés Tesla et Space X, et Jeff Bezos, qui a lancé Amazon et Blue Origin, sont au coude-à-coude pour atteindre le Graal des politiques spatiales : les fusées réutilisables.

De peur de se laisser distancer, l’Europe a finalement décidé de se lancer dans la course. Philippe Brunet, directeur de la DG Growth, qui s’occupe du marché intérieur, de l’industrie et de l’entrepreneuriat, a annoncé que la Commission cherchait des fonds pour financer cette technologie révolutionnaire.

Ce financement ne verra cependant pas le jour avant le prochain budget, pour la période 2021-2027, a-t-il indiqué lors d’une conférence de presse sur la politique spatiale européenne, le 25 janvier.

Trop peu, trop tard ?

Ce déblocage de fonds tardif pourrait s’avérer à la fois modeste et tardif. Après des décennies d’essais et des milliers de milliards de dollars dépensés dans l’exploration spatiale et le lancement de satellites, Elon Musk et Jeff Bezos ont en effet réussi à lancer une fusée capable de revenir sur Terre dans un état récupérable.

Les fusées de lancement sont l’élément le plus coûteux des missions spatiales. Les rendre réutilisables permettrait donc de réduire drastiquement les coûts des missions, ouvrant ainsi une nouvelle ère d’exploration spatiale et de voyages interplanétaires. Space X déploie déjà des satellites grâce à cette technologie. Blue Origin a pour sa part dévoilé une nouvelle génération de fusées réutilisables capables d’envoyer des missions au-delà de l’orbite terrestre basse. La Chine a aussi lancé des essais de ce type au printemps dernier.

À ce jour, l’Europe est loin de suivre le dynamisme étatsunien. Peu de start-ups travaillent sur la question des fusées réutilisables, et leurs budgets sont modestes comparé à ceux des entreprises américaines.

La firme espagnole PLD est la première à avoir développé une fusée réutilisable en Europe. Celle-ci permettra de déployer de petits satellites et son premier usage commercial devrait avoir lieu en 2018. Son premier tour d’investissement, en 2013, lui a permis de récolter tout juste 1,2 million d’euros. Au début de l’année, l’entreprise est parvenue à s’assurer 6,7 millions supplémentaires. En comparaison, la dernière injection de Space X s’élevait à un milliard de dollars, principalement issus d’Alphabet, une entreprise liée à Google.

Les institutions européennes entendent entrer dans la course afin d’encourager les innovations européennes dans des domaines comme la récolte de données pour les services de géolocalisation, l’agriculture de précision ou même l’extraction minière sur astéroïdes.

>> Lire : La Commission veut faciliter l’accès aux données satellites

La Commission proposera de soutenir cette technologie dans le cadre d’un partenariat public-privé (initiative technologique conjointe) pour les projets spatiaux de pointe, grâce au prochain cadre financier pluriannuel pour 2021-2027.

Philippe Brunet a également indiqué que les négociations de Brexit rendaient difficile la réorientation de fonds existants vers des projets spatiaux au moment de la révision du cadre financier pluriannuel en cours. La Commission compte faire une proposition pour le prochain cadre d’ici la fin de l’année.

Une technologie perturbatrice

Le directeur de la DG Growth a également expliqué que l’initiative technologique conjointe soutiendrait des technologies novatrices importantes, comme les fusées réutilisables, qui ont le potentiel de bouleverser tout le secteur. Les initiatives conjointes sont des partenariats privé-public dans lesquels l’investissement public est accompagné d’un investissement privé égal. Ce mécanisme est considéré comme une solution à l’aversion du risque en Europe en ce qui concerne des projets souvent coûteux, comme les technologies spatiales.

À ce jour, les initiatives spatiales des entreprises européennes restent en effet complètement dépendantes des financements publics. Le marché du capital-risque est significativement plus restreint en Europe qu’aux États-Unis.

Rainer Horn, associé principal de SpaceTech, a ainsi souligné le contraste entre les écosystèmes européen et américain lors d’une conférence à Bruxelles. Aux États-Unis, les investisseurs « sont prêts à écouter » les histoires de réussites, alors qu’en Europe, il est plus difficile d’attirer des investissements pour des projets spatiaux, a-t-il assuré.

« Nous souhaitons davantage de capital intelligent afin de lubrifier le système » et de financer les entrepreneurs et idées commerciales du secteur, a-t-il continué.

Eric Morel, directeur des services juridique, industrie et appels d’offre à l’Agence spatiale européenne a pour sa part affirmé que les acteurs européens « pourraient apprendre beaucoup » de nouveaux venus dans le secteur, comme Amazon. Il a appelé décideurs politiques et entreprises privées à en faire davantage, rappelant que dans le monde de la technologie, comme au poker, le gagnant emporte tout.

>> Lire aussi : Plaidoyer pour un accès à l’espace indépendant

Le budget européen à long terme (2014-2020) prévoit un total de 12 milliards d’euros pour les trois programmes spatiaux de l’UE :

  • Navigation satellite - Les programmes Galileo et EGNOS transmettent des informations de positionnement, de navigation et d’horaires partout dans le monde.
  • Observation de la Terre - Le programme Copernicus fournit des données et informations d’observation terrestre.
  • Recherche spatiale - Dans le cadre du programme de recherche Horizon 2020, le programme de recherche spatiale touche notamment aux technologies spatiales et à leurs applications (GNSS et observation de la Terre), à la météo, aux sciences et à l’exploration spatiales.

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