Katainen soutient le plan d’investissement Juncker en Allemagne

Jyrki Katainen lors de sa visite de l'entreprise de technologie Getemed dans le Brandenbourg, Allemagne. [Nicole Sagener]

Jyrki Katainen, vice-président de la Commission a tenté de promovoir le plan d’investissement de 315 milliards d’euros lancé par Jean-Claude Juncker. En Allemagne, celui-ci ne convainc pas encore tout le monde. Un article d’EURACTIV Allemagne.

Friedrich Köhler, cardiologue à l’hôpital Charité de Berlin, a félicité Jyrki Katainen de son rythme cardiaque calme et régulier. C’est lors d’une visite à une entreprise du Brandebourg le 29 janvier que l’ancien premier ministre finlandais et actuel commissaire à l’emploi, la croissance, l’investissement et la compétitivité a pu essayer un appareil innovant permettant d’effectuer des tests sur le cœur.

Friedrich Köhler a en effet ausculté le commissaire depuis Berlin. Jyrki Katainen n’a eu qu’à placer un petit appareil à hauteur de son cœur une seconde pour que le spécialiste puisse déterminer sa santé cardiaque. Cet appareil a été développé par l’entreprise de technologie médicale Getemed, basée à Brandebourg, visitée par le commissaire, accompagné du premier ministre de l’État, Deitmar Woidke.

Deux millions d’euros de financement pour la télémédecine

Pour Jyrki Katainen, Getemed est un exemple parfait de ce que les incitations européennes sont censées promouvoir : le développement d’innovations et la création d’emplois.

Getemed a reçu deux millions d’euros sur trois ans du Fonds européen de développement régional (FEDER) via la banque  de développement du Brandebourg.

>> Lire : La Commission dévoile son plan d’investissement de 315 milliards d’euros

Le résultat de cet investissement est un petit appareil permettant aux médecins de surveiller le rythme cardiaque de leurs patients à distance et d’intervenir en cas d’urgence. Dans le Brandebourg, la distance qui sépare patients et docteurs est souvent considérable et ce nouvel appareil pourrait avoir des conséquences importantes sur la qualité de vie des habitants de la région.

« Nous voulons que ce type d’entreprises soit aidé par l’offensive d’investissement de l’UE dans sa phase de mise sur pied », a déclaré Jyrki Katainen à EURACTIV . C’est la deuxième fois que le Finlandais se rendait dans la région. Une seconde visite extrêmement importante selon le commissaire, qui défend d’arrache pied le projet de la Commission Juncker pour les entreprises.

Mieux informer les entreprises

Le vice-président de la Commission a effectué plusieurs déplacements de promotion similaires en Allemagne, en Croatie, en Espagne et en France, notamment. Lors de ces visites, Jyrki Katainen a appelé à plus d’investissements et expliqué pourquoi l’UE avait besoin de cette offensive de l’investissement, d’où provient l’argent, ce qui devrait faire l’objet d’investissements et comment les investisseurs privés peuvent participer au nouveau Fonds européen pour l’investissement stratégique.

Ce projet, annoncé peu après la prise de fonctions du président de la Commission, Jean-Claude Juncker, devrait lever 315 milliards d’euros d’investissements tant publics que privés dans les trois années à venir.

À l’origine, la Commission avait promis que le fonds serait fonctionnel dès le mois de juin 2015. « Toutes les décisions devraient être prises d’ici la fin du mois de juin », a expliqué Jyrki Katainen à EURACTIV Allemagne. Il faut cependant encore mobiliser du personnel pour le fonds lui-même et il ne devrait donc pas fonctionner avant le mois de septembre.

>> Lire : Le financement du plan Juncker pose question

Soutenir les petites et moyennes entreprises

Le but du projet est de soutenir particulièrement les petites et moyennes entreprises (PME) travaillant sur des idées innovantes et des procédures de développement convaincantes, a souligné le commissaire lors de la visite en Allemagne.

« Si une entreprise privée a besoin de financement de risques, elle devra présenter sa valeur ajoutée aux experts du Fonds », précise-t-il. Si cet examen est positif, l’entreprise recevra un soutien financier généré par des banques de développement régional, comme la Brandenburg Landesbank, la banque du Brandebourg, ou par des banques commerciales normales.

Si cela peut sembler simple en théorie, la mise en place de ce projet s’avère complexe. Le gouvernement allemand a envoyé une liste d’environ 60 projets éligibles à Bruxelles. Avec l’aide du Fonds européen pour l’investissement stratégique, l’Allemagne espère générer 90 milliards d’euros d’investissements. Tout cela n’est toutefois pas encore très clair pour les hommes politiques aux niveaux régionaux.

>> Lire : « Le plan Juncker doit sortir des logiques partisanes et bénéficier aux projets les plus rentables »

Le processus de sélection des projets est nébuleux

« Nous ne comprenons pas entièrement la façon dont la liste des projets à soutenir a été élaborée par la Commission », confirme Hendrik Fischer, secrétaire de l’État du Brandebourg, à EURACTIV Allemagne.

>> Lire : 2 000 projets en lice pour profiter du plan Juncker

La liste allemande, qui a été établie par le ministre des Finances, ne comporte qu’un seul projet dans la région : le laboratoire régional Berlin-Brandebourg, et une section de l’autoroute. « Pourquoi ce projet en particulier ? Nous ne savons pas », commente Hendrik Fischer.

Et ce n’est pas le seul point d’ombre. « Selon les projets dans les tuyaux, plus de 50 millions d’euros devaient être alloués au développement du réseau à large bande en Rhénanie-du-Nord-Westphalie », souligne le secrétaire d’État. Pourquoi n’a-t-on pas offert la même possibilité au Brandebourg, où une demande similaire existe.

« Nous devons nous concentrer sur le développement de projets, avec l’aide de la banque de développement régionale, pour que nos correspondants à Bruxelles puissent les promouvoir et en faire entrer un ou deux sur la liste », explique Hendrik Fischer, qui ajoute que cela devrait être fait dans le courant de l’année.

5 000 nouveaux emplois

Le premier ministre de l’État du Brandebourg, Dietmar Woidke, insiste quant à lui sur les aspects positifs du plan Juncker. « Depuis plusieurs années, le Brandebourg dépend largement des aides européennes », explique-t-il à EURACTIV Allemagne. « Mais je suis certain que nous sommes sur le bon chemin. »

Concrètement, l’État allemand espère continuer sur la voir de l’innovation et promouvoir la coopération entre les entreprises et la communauté scientifique. Les ressources initiales ont déjà été approuvées par le gouvernement régional et sont distribuées à l’université technologique du Brandebourg, par exemple, pour un projet sur le transfert technologique. « Les ressources de l’offensive européenne sur l’investissement s’ajouteraient à ça », explique Dietmar Woidke.

Tillman Stenger, président du conseil de la banque de développement du Brandebourg ILB est optimiste. « Grâce aux ressources de l’Union européenne, la compétitivité de l’État du Brandebourg a été renforcée », estime-t-il. Selon lui, les 5 000 emplois créés dans le secteur de la promotion économique depuis le prouvent.

« C’est la seule façon dont nous pouvons garantir la compétitivité sur le long terme » assure-t-il.

Contexte

Le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a annoncé un plan de mobilisation de 315 milliards d'euros pour relancer l'économie européenne.

L'augmentation du capital de la Banque européenne d'investissement (BEI) est le volet central de ce plan, qui implique la création d'un Fonds européen pour les investissements stratégiques, ainsi que d'autres outils permettant à la BEI de faire des investissements plus risqués.

Signe de la solidarité européenne, l'argent de ce plan sera principalement utilisé dans le sud de l'Europe, dans les pays les plus durement touchés par la crise.

>> Lire : La Commission dévoile son plan d'investissement de 315 milliards d'euros

Les détails du plan ont été dévoilés le 25 novembre et seront présentés lors de la réunion du Conseil européen en décembre.

Il est rapidement devenu clair que les avis étaient partagés, notamment en ce qui concerne la promesse de Jean-Claude Juncker de « neutraliser » les contributions nationales au Fonds européen pour les investissements stratégiques par rapport aux règles budgétaires très strictes de l'UE, qui limite le déficit public à 3 % du PIB.

>> Lire notre édition spéciale sur le plan Juncker et les régions

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