La Commission rejoint le concert d’appels à la hausse des salaires allemands

Lazlo Andor est commissaire à l'Emploi pour la Commission Barroso

Après le président de la Bundesbank et le président français, le commissaire à l’Emploi estime que l’évolution des salaires en Allemagne est trop faible.

La rengaine vient d’ordinaire de France. A gauche comme à droite, on répète à l’envie que les salaires allemands sont trop faibles, notamment dans certains secteurs agricoles et manufacturiers face auxquels la France n’est pas compétitive. Dimanche 17 août, le commissaire à l’Emploi Lazlo Andor a rejoint cette position, en estimant que les salaires en Allemagne n’augmentent pas assez rapidement et que le gouvernement doit assurer que leur progression en fonction de la productivité, selon un entretien publié par le Welt am Sonntag.

« Depuis environ 10 ans maintenant, les hausses de salaires en Allemagne n’ont pas suivi l’évolution de la productivité, et de loin », a dit Laszlo Andor, qui est par ailleurs docteur en économie.

« L’économie allemande a enregistré d’importantes hausses de productivité mais en comparaison, l’évolution des salaires a été relativement faible. »

Le commissaire hongrois est de sensibilité socialiste au sein d’une Commission de droite, ce qui peut également expliquer ces propos, ainsi que ses tentatives pour intégrer plus de social dans la construction européenne. Mais de plus en plus d’économistes, de syndicats et de responsables politiques européens plaident  pour une hausse des salaires allemands, qui réduirait l’avantage compétitif dont bénéficie Berlin face aux autres pays de la zone euro et donc les déséquilibres au sein du bloc.

La Bundesbank et le président Hollande d’accord sur le sujet

Ainsi, le patron de la Bundesbank, la banque centrale allemande, Jens Weidmann, a plaidé le 30 juillet dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung pour une hausse de 3 % des salaires en Allemagne.

«Le marché du travail en Allemagne est dans une meilleure situation qu’il y a quelques années » avait- il expliqué. «Dans toute une série de secteurs et de régions, nous sommes quasiment au plein emploi et les besoins de main d’œuvre se multiplient. Il est dans la nature des choses, et c’est à saluer, que le salaire réel progresse plus fortement qu’à l’époque où l’économie allemande était dans une situation plus mauvaise».

Une hausse des salaires en Allemagne pourrait aussi doper la demande intérieure de la première économie d’Europe et donc favoriser la reprise dans l’ensemble de la zone euro, plaident ses partisans.

Début août, le président français François Hollande était sorti de sa réserve en déclarant dans un entretien au Monde, que la BCE devait injecter plus de liquidités dans l’économie, et avait estimé que la Bundesbank était consciente du problème des salaires.

« …si une faible croissance pèse sur les rentrées fiscales, une faible inflation a également des conséquences budgétaires négatives sur les recettes comme sur la dette. Beaucoup va dépendre du niveau de l’euro qui a baissé ces derniers jours mais encore trop peu. La Bundesbank est consciente du problème, comme le montre son souhait de voir les salaires augmenter en Allemagne de 3 %. Quant à la Banque centrale européenne, elle doit prendre toutes les mesures nécessaires pour injecter des liquidités dans l’économie. Je sais qu’elle y réfléchit» avait indiqué le président français.

L’excédent commercial reste dans la ligne de mire

Les salaires en Allemagne ont diminué en données réelles en 2013, leur première baisse en quatre ans, en partie à cause d’une diminution des primes et autres rémunérations exceptionnelles. Mais ils ont augmenté de 1,3% sur le trimestre janvier-mars par rapport à la même période de l’an dernier, leur plus forte hausse depuis près de trois ans.

La Banque centrale européenne (BCE) passe pour soutenir l’appui de la Bundesbank à une accélération des salaires.

Laszlo Andor a estimé que l’Allemagne avait une responsabilité particulière à assumer en raison du poids de son économie, ajoutant qu’elle devrait augmenter nettement ses investissements publics et réduire ses « excédents commerciaux excessifs, qui pénalisent d’autres pays européens ».

 

>>Lire aussi : Bruxelles reproche à Berlin son excédent commercial

 

Le déséquilibre entre l'économie allemande et le reste de l'économie de la zone euro pose question aux économistes. L'Allemagne continue d'exporter largement malgré un euro fort, et n'est donc pas favorable à une relance économique par le biais de l'assouplissement monétaire, qui favoriserait les autres économies. Le rigorisme budgétaire quasiment culturel du pays freine la hausse des salaires, susceptible d'accélérer l'inflation, ce que l'Allemagne souhaite éviter à tout prix. Dans le reste de la zone euro, une situation de déflation semble s'installler, qui inquiète surtout la France et les pays du Sud de la zone. Les pratiques salariales plus souples pourraient selon certains participer à relancer la croissance, non seulement en Allemagne mais dans le reste de l'Europe.

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