La liberté d’expression sur Internet menacée à Malte

La vue de La Valette, capitale de Malte [Derbeth/Flickr]

Plusieurs milliers de personnes sont descendues dans les rues à Malte le 19 février pour protester contre un projet de loi visant à obliger les sites Internet nouvellement créés à s’enregistrer auprès du gouvernement.

La manifestation, organisée par le Parti nationaliste (PN) d’opposition, dénonce une nouvelle proposition de loi vue comme une répression à la liberté d’expression.

Le projet de loi, proposé la semaine dernière, vise à réformer les lois maltaises actuellement en vigueur sur la diffamation. D’aucuns affirment cependant qu’elle obligera les citoyens à s’inscrire sur un registre avant de pouvoir exprimer une opinion sur Internet.

« Il s’agit d’une restriction à la liberté sur Internet. Si cette mesure venait à être approuvée et qu’un gouvernement nationaliste était élu, il abrogerait cette loi », a déclaré le dirigeant du PN, Simon Busuttil, au cours du rassemblement à la Valette.

Le soulèvement a pris forme suite aux menaces proférées par le gouvernement maltais à l’encontre de la journaliste Daphne Caruana Galizia, un comportement largement critiqué par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Le 8 février, un tribunal a soutenu la demande du ministre de l’Économie, Christian Cardona, de geler 47 000 euros sur le compte bancaire de Daphne Caruna Galizia à la suite de la publication d’un article le 30 janvier dernier, dans lequel la journaliste révélait des informations compromettantes concernant le ministre et le responsable politique de la présidence européenne, Joseph Gerada, tous deux en voyage d’affaire en Allemagne.

Daphne Caruana Galizia a signalé que les deux hommes auraient visité une maison close à Velbert, alors qu’ils étaient en voyage officiel. Ils ont en effet été aperçus par une autre personnalité maltaise. Christian Cardona a démenti ces accusations.

« Le travail des journalistes consiste à relater des questions d’importance publique. Les autorités ont le devoir de garantir aux journalistes la possibilité d’exercer leur profession sans être intimidés ou menacés », a déclaré la représentante de l’OSCE pour la liberté des médias, Dunja Mijatović, la semaine dernière. Elle a assuré suivre de près le cas de Daphne Caruana Galizia.

« Engager des poursuites judiciaires pour diffamation contre des journalistes peut très rapidement entraver la liberté d’expression dans toute société », a regretté Dunja Mijatović, rappelant que les personnalités de notoriété publique devaient accepter un niveau de critique et de surveillance plus élevé en raison de leur position.

>> Lire : Malte promet une présidence forte sur les libertés civiles

L’institut des journalistes maltais a enjoint au ministre de revenir sur son action afin de faire comprendre aux journalistes qu’ils étaient réellement libres dans leur travail. « Il est exagéré de geler les actifs d’un journaliste. Cette mesure va à l’encontre des libertés d’expression et de la presse », peut-on lire dans un communiqué de presse publié par l’institut.

Le 20 février, Daphne Caruana Galizia a remporté un procès dans lequel elle était accusée de diffamation contre Mark Gaffarena.

La nouvelle loi a été annoncée par le gouvernement la semaine dernière et doit encore être approuvée par le parlement. Le projet de loi imposerait que tous les sites Internet d’information basés à Malte soient inscrits sur les registres du gouvernement, sous peine d’amendes pour ceux qui ne se conformeraient pas à la nouvelle règle.

Le gouvernement indique qu’il s’agit de la même procédure que celle déjà en vigueur pour les journaux et les sociétés de diffusion, qui doivent se faire connaître auprès des services gouvernementaux depuis 1975.

D’après Simon Busuttil, la loi marquerait « le début de la fin de la liberté d’expression sur Internet ».

Dans ses déclarations, Dunja Mijatović remarque avec effroi que le ministre de l’Économie a également lancé des poursuites en justice le 4 février contre un autre journaliste, Mario Frendo, de l’organe de presse In-Nazzjon, pour la même affaire.

« J’invite les autorités à protéger le journalisme critique et la liberté de parole », a-t-elle déclaré. « J’espère qu’ils remédieront à cette situation en garantissant la liberté de Daphne Caruana Galizia et de tous les journalistes afin qu’ils puissent accomplir leur devoir crucial. »

En vertu du projet de loi, « quiconque publie une information, des idées ou des images sur un site Internet » est défini comme éditeur. Sont en revanche considérés comme site Internet « tout service d’information en ligne ou tout autre service en ligne faisant référence à des informations ou affaires en cours concernant Malte de près ou de loin ».

>> Lire : La liberté de la presse se dégrade dans l’UE

 

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