Les eurodéputés pressent Bruxelles de préparer l’arrivée des robots

Il est urgent de préparer l'arrivée des robots, selon Mady Delvaux. [Generation Grundeinkommen/ Flickr]

La destruction probable de milliers d’emplois dans le sillon de la robotique a décuplé les inquiétudes sur la viabilité des système sociaux. En prévention, le Parlement européen appelle à l’instauration d’un revenu universel.

Le progrès technique n’est plus considéré comme un tremplin sûr vers la prospérité. Une nouvelle génération de robots et le développement de l’intelligence artificielle pourraient améliorer la manière dont nous fabriquons des objets ou passons notre temps libre.

Pourtant, cette nouvelle vague de gadgets intelligents et de robots autonomes pourrait aussi détruire des milliers d’emplois sans en créer d’autres, prévient un rapport adopté par la commission parlementaire des Affaires juridiques (JURI).

Les avancements dans les domaines de la robotique et de l’intelligence artificielle soulèvent « des inquiétudes quant à l’avenir de l’emploi et à la viabilité des systèmes de sécurité sociale » et, finalement, pourraient exacerber les inégalités dans la distribution des richesses et de l’influence. Au vu de ces inquiétudes, les eurodéputés de la commission JURI demandent aux États membres d’étudier « sérieusement » l’option du revenu universel.

En Europe, et dans le monde entier, l’idée d’un revenu de base universel ne cesse de gagner du terrain. Le 1er janvier, la Finlande est devenue le premier pays à tester cette option sur une partie de la population.

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Mady Delvaux (S&D, Luxembourg), rapporteuse du Parlement sur le sujet, s’est félicitée de cette proposition, étant donné le risque que pose l’élimination de nombreux emploi par les robots. Elle doute toutefois que la demande soit maintenue après le vote en séance plénière, qui devrait avoir lieu en février ou mars, a-t-elle expliqué à EURACTIV.

L’eurodéputée a déjà été « surprise » par le soutien de ses collègues de la commission JURI à l’amendement invitant les États à réfléchir sur une taxe imposée au travail effectué par les robots ou sur l’utilisation et l’entretien de ceux-ci. L’argent ainsi récolté permettrait de soutenir et de garder les travailleurs dont les emplois ont été affectés ou supprimés par la main d’œuvre électronique.

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La Commission devrait réagir au rapport des parlementaires dans les semaines à venir. Le 11 janvier, un porte-parole de l’institution avait déclaré que l’exécutif envisagerait toute demande de nouvelle législation.

Madu Delvaux insiste pour que la Commission formule des propositions permettant de contrer les effets secondaires dangereux de l’automatisation du travail. « La responsabilité civile des robots est une question essentielle qui doit être examinée au niveau européen, afin d’assurer le même degré de transparence, de cohérence et de certitude juridique dans toute l’Union européenne, au bénéfice des consommateurs, mais aussi des entreprises, souligne-t-elle.

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À court terme, le rapport des députés propose un programme d’assurance obligatoire, similaire au système en place pour les voitures. Dans ce cas, ce sera néanmoins le producteur qui se chargerait d’assurer les robots autonomes.

À plus long terme, les eurodéputés suggèrent que les « robots autonomes les plus sophistiqués » obtiennent le statut de personne électronique, « avec des droits et des obligations », comme « l’application d’une personnalité électronique aux robots qui prennent des décisions intelligentes de manière autonome ou interagissent d’une manière ou d’une autre avec des parties tierces de manière indépendante ».

Quelle que soit la forme que prennent les instruments légaux régissant la responsabilité, le type et l’ampleur des dommages, ainsi que les compensations qui pourraient être offertes ne devraient « en aucun cas » être limités au motif qu’ils sont causés par un « agent non humain », souligne le rapport.

Si les voitures autonomes, voire même les robots sexuels, entrent déjà dans nos vies quotidiennes, Mady Delvaux insiste : il faut effectuer le travail de base qui garantira que « les robots servent les humains, et que nous ne soyons pas dominés par eux ».

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Contexte

La numérisation de l’industrie, ou l’industrie 4.0, est présentée comme une révolution qui altérera fondamentalement la manière dont les entreprises produisent et consomment. Les hommes politiques européens la considèrent comme un renversement qui pourrait potentiellement réindustrialiser le continent et récupérer la production perdue au profit de régions comme l’Asie.

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À l’heure actuelle, près de la moitié des États membres de l’UE appliquent déjà des initiatives liées à l’industrie 4.0. Outre ces efforts nationaux, en avril dernier, le commissaire Günther Oettinger a défendu une stratégie paneuropéenne. Cela permettrait selon lui d’assurer l’envergure de la transition, de mobiliser des acteurs dont les chaines de valeurs s’étendent à travers l’Europe et de soutenir l’interopérabilité et la normalisation.

En plus de l’automatisation, la Commission européenne a identifié comme importants l’accès des PME et des industries non numériques aux technologies, la propriété des données, les normes et les compétences.

Prochaines étapes

  • February or March: vote in the Parliament's plenary session.

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