Après la « stratégie de Lisbonne » et « Europe 2020 », place au « Mandat Innovation 2019 »

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV Media network.

Christophe Leclercq [Lisbon Council]

Christophe Leclercq [Lisbon Council]

Les objectifs socio-économiques européens font généralement partie des initiatives politiques quinquennales. Les deux « stratégies » précédentes se sont avérées médiocres et ont été éclipsées par la crise de la dette. La prochaine stratégie devrait être plus attractive, tout en incitant plus au changement.

Christophe Leclercq est un entrepreneur, spécialiste des politiques européennes et fondateur d’EURACTIV. Il était auparavant fonctionnaire de l’UE et consultant en stratégie.

Tout le monde s’accorde sur les problèmes essentiels relatifs à l’ancienne stratégie de Lisbonne : un manque de soutien des parties prenantes au niveau national et une surveillance complexe à l’aide de la « méthode ouverte de coordination », qui ne correspond pas vraiment aux bonnes pratiques. La « Stratégie Europe 2020 » contenait des « projets phares » plus clairs et moins d’indicateurs.

Durant sa longue phase constitutive, la Commission Barroso II n’a toutefois pas souhaité ouvrir le débat. Le soutien des États membres a été en conséquence encore plus faible. En raison de la crise financière, l’UE a adopté une stratégie court-termiste et n’a pas tenu compte de certaines initiatives politiques pertinentes. Cette fois-ci, on devrait réfléchir en amont du renouveau institutionnel de l’année prochaine et « battre le fer tant qu’il est encore chaud ».

Apprendre des erreurs du passé : un programme pour le changement plus large et plus solide

Les deux dernières stratégies se fondaient sur le triptyque compétitivité / questions sociales / environnement. La première notion contente les entreprises et le centre-droit, la deuxième répond aux attentes du secteur public et de la gauche ; enfin la troisième satisfait les ONG et  la jeunesse. La plupart des discussions s’étaient concentrées sur la crainte des parties prenantes de favoriser « l’autre camp ». Mais que voulons-nous ? Le statu quo ne fonctionne pas… Qu’en est-il du dynamisme, pour sortir de la stagnation ? Qu’impliquait la stratégie de Lisbonne ? Que signifiait réellement Europe 2020 ?

Il faut remplacer le triptyque par un plan d’action, sous une appellation claire et significative.

La crise de la dette a mis en exergue la gravité du changement économique et social. L’Union devrait vraiment s’adapter aux demandes de l’opinion publique, à savoir la croissance et l’emploi. La poursuite de la même méthode, des compromis faibles « à la Bruxelloise » ne constituent plus une solution pour notre continent. La prochaine stratégie devrait impliquer un changement accessible à tous, qui n’éveille pas l’hostilité des principaux acteurs politiques.

Les partis et le Parlement soutiendraient l’innovation

Des sondages d’opinion sur les élections européennes en mai 2014 révèlent la montée des votes eurosceptiques et populistes, alors qu’en même temps seule une petite majorité d’eurodéputés provenant des principaux partis garderaient leur siège. Le traité de Lisbonne, bien en place à présent, permettra de politiser et de personnaliser les campagnes électorales européennes. Cette situation pourrait focaliser l’attention sur la coalition informelle entre le centre-droit et les sociaux-démocrates, à la recherche de cohérence et de résultats. Les négociations du Conseil de l’UE au cours de l’été 2014 pourraient donner lieu à un programme de la Commission plus explicite.

En ce qui concerne la stratégie globale de l’UE, il est possible de combiner les concepts nécessaires sous un seul vocable. Le PPE, le PSE, l’ADLE et les Verts constituent les quatre principaux partis européens. Ils appellent tous à la compétitivité, à une solidarité durable, aux libertés et à la croissance verte. Il est possible de rassembler ces éléments sous un « manteau » : « l’innovation »

L’innovation et ses implications

Nous parlons d’« innovation » dans le sens le plus large possible : la réalisation de nouvelles choses ou la poursuite d’objectifs existants grâce à de nouvelles méthodes. Deux tiers du contenu politique restera le même qu’auparavant. L’innovation ne consiste pas principalement en « que faire ? », mais « comment ? » et surtout « qui et quand ? »

Dans les cercles bruxellois, l’innovation est souvent interprétée comme une extension des programmes de recherche et développement. Elle fait moins penser aux subventions et plus au monde du marché et de l’entreprise. Depuis de nombreuses années, nous assistons à une guerre de clans entre au moins trois départements de la Commission : la Recherche, la Stratégie numérique et l’Entreprise. Cette première définition de l’innovation devrait dorénavant faire place à davantage de politiques industrielles et à une meilleure collaboration avec les pays et les entreprises.

L’innovation pourrait également intégrer d’autres stratégies telles que celles liées à la politique entrepreneuriale, à une réglementation plus intelligente, à des soins de santé abordables, à des réformes sociales, et à de nouvelles méthodes de débats sur les budgets nationaux. Ainsi qu’indirectement, l’achèvement du marché intérieur et le commerce, ce qui pourrait permettre l’émergence de nouveaux produits et services.

Au cours des dernières années, les banquiers et les organismes de surveillance ont également innové, dans l’urgence. Maintenant, changer le traité pourrait également être considéré comme une innovation, soit un ajustement, à l’instar de l’achèvement de l’union bancaire, soit une différentiation approfondie, comme les Britanniques et les fédéralistes le souhaitent.

Emballage pour un véritable leadership

Je ne qualifierais pas ce programme de gouvernement de « stratégie », mais de « mandat » : le projet découlant des élections et nominations. En effet, stratégie implique le lancement de débats, alors que « mandat » consiste en mesures obligatoires fondées sur une légitimité forte. C’est une bonne chose de fixer une date pour rassembler les forces, mais je ne choisirais pas un objectif lointain. Par exemple, « Europe 2020 » a été conçu 11 ans à l’avance.

Même « Europe 2020 », dont l’échéance arrive dans 6 ans, a été surexploitée dans de nombreux domaines politiques. Conformément à la responsabilité politique, je choisirais plutôt 2019, l’année de fin du mandat commencé en 2014. 2019 sera l’année où les citoyens européens soit rééliront les mêmes responsables politiques soit les renverront chez eux.

À l’inverse des termes éculés tels que « réforme » et « compétitivité », « innovation » demeure un objectif attrayant. Outre le sommet officiel de début octobre sur le sujet, une pléthore d’évènements et de rapports est consacrée à l’innovation. Au même titre que « compétitivité », il y a quelques années ou, avant cela, « société de l’information ». Espérons que ces initiatives publiques et privées serviront un objectif : construire une campagne en 2014 autour d’un meilleur programme pour piloter l’UE jusqu’en 2019.

Je ferais donc de l’innovation le sujet de première importance. Elle devrait être l’idée maîtresse des objectifs du président de la Commission au cours de l’été prochain et lors de son discours d’investiture en automne. Les hauts fonctionnaires planchent déjà en toute discrétion sur des propositions politiques pour leur prochain collège. S’ils travaillaient plus ouvertement dans le domaine de l’innovation, cela pourrait canaliser leurs efforts, de manière non partisane. Offrir par l’avance ces solutions politiques aux candidats à la présidence de la Commission et au Parlement pourrait faciliter les décisions et les ajustements après les élections.

La prise de décision politique peut changer et accélérer si nous commençons dès maintenant : cap sur l’innovation !

Subscribe to our newsletters

Subscribe
CONTRIBUER