Inefficacité et injustice du système scolaire français : comparatif européen

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Le secrétaire général du groupe DESIR (Développement de l’Enseignement Supérieur, de l’Innovation et de la Recherche en Europe), Adrien Matray, expose les carences du système scolaire français et propose un comparatif avec nos voisins européens.

Le rapport de Richard Descoings sur la réforme du lycée remis la semaine dernière a pour mérite de pointer un certain nombre de dysfonctionnements bien connus de l’enseignement secondaire. Il donne également l’occasion de faire le point sur un certain nombre d’autres défaillances de notre système français et de le comparer avec les systèmes de nos voisins européens. Le résultat n’est pas à notre avantage et peut se résumer ainsi  : le modèle  républicain est non seulement inégalitaire, malgré les apparences, mais il est devenu incapable de former correctement les élites aux nouveaux défis des entreprises (accélération de l’innovation, responsabilité, mondialisation, etc.) pour lesquels il semble organisé.

Ces comparaisons s’inspirent de l’analyse de Beaudelot et Establet (L’Elitisme Républicain, l’école française à l’épreuve des comparaisons internationales) et se fonde sur les données des enquêtes PISA, établies par l’OCDE, qui mesurent les performances de différents pays en matière d’éducation à l’entré au lycée. Alors que ces études sont largement disséquées et utilisées dans les politiques publiques dans les autres pays européens (Angela Merkel a par exemple décidé de développer l’école maternelle suite aux derniers résultats et les résultats à PISA sont toujours à l’origine de débats violents en Allemagne), la France fait la sourde oreille…

Egalité républicaine ou aristocratie de classe ?

Premier constat, sous la carrosserie égalitaire de notre République, c’est une forme d’aristocratisme inavoué qui fait tourner le moteur. Et pour cause ! Près de 40% des étudiants évalués sont dans les profondeurs du classement, avec des résultats proches de ceux du Mexique ou de la Turquie et quasiment égaux à la Grèce, au Portugal et à l’Italie… Encore plus inquiétant, la part des élèves de 15 ans ayant de grande difficulté ne cesse de s’accroître et a largement dépassé la moyenne des pays membres de l’Union Européenne. Cette part se situe entre 10% et plus de 20% selon la sévérité des indicateurs retenus.

A cela s’ajoute le poids de l’origine sociale dans ces performances. C’est connu, un enfant d’ouvrier n’a pas les mêmes chances qu’un enfant de cadre intellectuel de réussir. Ce qui l’est moins est que ce déterminisme social est deux fois plus fort en France qu’en Islande, en Finlande ou au Danemark, pays qui trustent également les premières places dans les évaluations. La France occupe d’ailleurs les profondeurs du classement, derrière des pays généralement pointés du doigt pour leur système inégalitaire, comme le Royaume-Uni ou les États-Unis !

Une formation inadaptée

Autre lieu commun  : les élites françaises feraient partie des mieux formées au monde. Là encore, les comparaisons internationales forcent à revoir ce jugement. Si les petits français se débrouillent plutôt mieux que la moyenne lorsqu’il s’agit de répéter des connaissances apprises, ils sont parmi les plus mauvais dès lors qu’il faut faire face à un contexte qui sort du cadre purement scolaire, que ce soit dans le domaine de la compréhension écrite, mathématique ou de la culture scientifique.

Ce résultat peut ainsi expliquer en partie les mauvaises performances de la France en matière d’innovation. L’enjeu aujourd’hui n’est pas de reproduire des résultats connus, comme c’était le cas lorsque la France devait rattraper son retard technologique pendant les trente glorieuses, mais bien de faire face à des situations nouvelles, d’évoluer dans des contextes mouvants qui ne sont pas parfaitement définis afin de pouvoir proposer des solutions originales. L’élite française est tout simplement moins capables d’innover que l’élite suédoise, danoise ou américaine. Ce constat a d’ailleurs été confirmé par de nombreux rapports, comme celui d’Aghion et Cohen pour le Conseil d’Analyse Economique.

Au total, les petits Français se classent en moyenne entre la 10ème et la 15ème place. 

Faut-il supprimer le redoublement ?

Spécificité française, la France compte 40% d’élèves « en retard », soit le taux le plus élevé de tous les pays européens ! Les trois quarts des autres pays ont un taux de redoublement inférieur à 20%, la Norvège ne compte aucun redoublement, le Royaume-Uni, les Républiques tchèque et slovaque, la Finlande, la Suède, le Danemark, la Pologne comptent moins de 5% d’élèves redoublant ! Ce redoublement est-il bénéfique ? Pas vraiment… Les élèves redoublant ne parviennent pas à rejoindre le niveau de performance des élèves « à l’heure » (les élèves en retard en troisième ont des scores très inférieurs aux élèves de troisième « à l’heure ») et font nettement moins bien que leurs petits homologues d’autres pays. Seuls les Grecques ont des scores inférieurs aux petits Français en retard ! 

On constate ainsi une corrélation très nette entre les performances moyennes des élèves d’un pays et le faible taux de redoublement généré par le système scolaire.

Les efforts de démocratisation et de justice sociale sont payants

Le constat est unanime et sans appel pour chaque pays de l’OCDE (et d’autant plus marqué pour les pays de l’UE) : moins il y a de cancres, plus il y a d’excellents élèves. La France n’est pas contrainte de choisir entre plus de justice sociale et une plus grande efficacité ! Une condition pour dégager une élite brillante est de combattre énergiquement l’échec scolaire.  La Suède ou la Finlande n’ont pas de faibles inégalités de réussite malgré leurs bons résultats, mais grâce à ces résultats !

Autre constat proche, les systèmes scolaires qui atténuent la prédestination sociale sont également ceux qui possèdent une efficacité plus forte. 

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