Non, Space X n’a pas mis KO l’Europe spatiale

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Françoise Grossetête [Parlement européen]

Malgré les récents succès de l’entreprise américaine Space X, l’Europe spatiale n’est pas à la traine, assure l’eurodéputée PPE Françoise Grossetête.

Françoise Grossetête est eurodéputée du Parti populaire européen et membre des Républicain. Elle est référente pour le Groupe PPE pour la résolution sur l’utilisation des données spatiales, prévue en juin

Nous avons tous vu ces images impressionnantes de l’atterrissage en douceur du premier étage de la fusée américaine produite par la société Space X sur une barge flottante en plein océan Atlantique, après avoir ravitaillé la station spatiale internationale.

Cette brillante réussite du milliardaire américain Elon Musk, PDG-fondateur de Space X, n’a pas manqué de déclencher une vague d’interrogations quant à la réponse de l’Europe spatiale au business model de Space X qui marquerait le début d’une nouvelle ère dans la conquête de l’espace.

Cependant, le modèle économique de Space X n’a, pour l’instant, rien de révolutionnaire. Pendant que la société privée propose ses services de lancement à des prix très agressifs sur le marché commercial, elle bénéficie en contrepartie d’un soutien considérable de la part de la NASA et du Ministère de la défense américain lui garantissant une stabilité financière enviable. Distorsion de concurrence ? La question mérite d’être posée.

Il est vrai que notre industrie spatiale, cinq fois plus petite en nombre d’employés que l’industrie spatiale américaine, rencontre un certain nombre de handicaps : les marchés institutionnels américains, civil et militaire, demeurent totalement protégés alors que Space X peut concourir sur les marchés institutionnels européens. Face à des marchés institutionnels américains d’une taille incomparable, l’Europe se distingue en outre par la faiblesse de sa demande publique, ce qui prive notre industrie d’une base d’activités stable, atout pour affronter la compétition internationale sur une base équilibrée.

Malgré tout, environ 50% des marchés commerciaux ouverts, tant pour la fourniture de services de lancement que pour la vente de satellites, sont remportés par les Européens. L’Europe spatiale n’est donc pas à la traîne. Nos industriels innovent et démontrent tous les jours leur compétitivité sur les marchés commerciaux, pour peu qu’ils leur soient accessibles à des conditions équitables.

Sur le plan industriel, consciente de la nécessite de réduire significativement ses coûts de production, la filière des lanceurs est en pleine restructuration pour aboutir à une organisation plus optimale. Ainsi, le lanceur Ariane 6 prévu pour 2020 et qui sera pleinement opérationnel en 2023, aura un prix réduit de moitié par rapport à Ariane 5.

Sur le plan technologique aussi, l’Europe va de l’avant. Ariane 6, conçue sur un modèle modulaire et flexible, permettra de proposer une offre de lancement des petits et grands satellites, en ligne avec les attentes des marchés institutionnel et commercial.

Parallèlement, le Centre national d’études spatiales (CNES) planche sur un projet de moteur réutilisable européen deux fois moins cher que les moteurs actuels, tandis que certains industriels se penchent de leur côté sur des modèles partiellement réutilisables. Ce serait une véritable innovation dans le transport spatial!

Dans ce contexte de concurrence accrue, où la Chine et l’Inde avancent aussi à grands pas, il est de notre devoir de législateur d’aider le secteur spatial européen à se réinventer. La révolution que traverse le secteur spatial avec le « New Space » offre des perspectives immenses et doit être accompagnée en s’appuyant notamment sur des programmes européens existants tels que Galileo et Copernicus. Que ce soit dans la météorologie, les télécommunications dont l’accès à internet partout, la télé éducation, la télémédecine, l’information et la gestion des crises humaines ou naturelles, le positionnement et la navigation ou la connexion des objets, le « New Space » s’appuie davantage sur le financement privé et rendra accessible au grand public et aux entreprises les données spatiales pour des utilisations très concrètes.

Alors que la Commission européenne travaille actuellement à sa stratégie spatiale pour l’Europe, le Parlement européen devra être extrêmement vigilant pour s’assurer que les mesures proposées assurent à l’Europe de rester à la pointe de l’innovation et de la compétitivité dans ce domaine en développant une vraie vision stratégique globale. Le changement climatique, la défense, l’agriculture et bien d’autres domaines profiteront de cet essor spatial. Encore faut-il le faire savoir à tous nos concitoyens pour que le secteur spatial trouve la place qu’il mérite dans le débat public.

L’Europe spatiale n’a pas dit son dernier mot !

 

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