Réduire les émissions de CO2 grâce au ciment écologique

DISCLAIMER: Toutes les opinions affichées dans cette colonne reflètent l'avis de l'auteur, pas celle d'EURACTIV.COM Ltd.

L’industrie du ciment présente un immense potentiel de réduction des émissions et d’innovation.

L’industrie du ciment présente un immense potentiel de réduction des émissions et d’innovation. Toutefois, les réglementations régissant le marché du carbone au sein de l’UE ne récompensent pas les pionniers du secteur.

Donal O’Riain, PDG d’Ecocem,  fabricant de ciment écologique issu des déchets.

Si la nécessité est mère de l’invention, la rentabilité ne peut être que source d’oisiveté. En tentant d’apaiser les opposants à sa politique climatique, l’Union européenne permet à une industrie aussi rentable que celle du ciment de brider l’innovation et d’étouffer la concurrence, et consent à ce qu’elle ne contribue en rien aux efforts collectifs visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). Ce lundi, les ministres européens de l’Environnement ont l’opportunité de changer la donne, ceux-ci abordant la réforme du système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne.

L’ironie est telle que, en dépit de l’hypothèse selon laquelle l’industrie cimentière européenne représente un marché mûr, son potentiel d’innovation demeure considérable, et il en est de même pour les possibilités de réduction de son impact sur l’environnement. L’entreprise que je dirige, Ecocem, a mis au point un substitut au ciment capable de réduire l’empreinte carbone du béton de plus de 50 %.

Au sein des laboratoires et startups de toute l’Europe, des opportunités colossales, très semblables, existent et peuvent donner un nouveau souffle à ce secteur et par la même occasion, réduire les émissions de carbone. Malheureusement, le lobbying de puissants acteurs historiques du secteur ont anéanti les effets du système d’échange de quotas européens (SEQE-UE) et mis à mal les règles du jeu en défaveur des innovateurs.

L’industrie du ciment doit réduire ses émissions et ce, dès maintenant

Vaste et puissante, l’industrie cimentière européenne produit une grande partie des émissions de gaz à effet de serre de l’Union européenne. Selon Cembureau, l’association professionnelle pour le ciment à l’échelle européenne, notre secteur a employé près de 45 000 personnes en 2013, générant 17,5 milliards d’euros. En 2015, l’industrie du ciment a occasionné à elle seule 144 millions de tonnes d’émissions de dioxyde de carbone (CO2), soit plus du double des émissions que produit chaque année mon pays natal, l’Irlande.

Tandis que l’Accord de Paris précise la tendance à suivre pour les décennies à venir, ce constat pose une problématique majeure : en tant qu’industrie énergivore, depuis toujours parmi les plus grandes émettrices, nous représentons l’un des secteurs tenus de réduire de manière drastique leurs émissions.

Au vu de la longue durée de vie des investissements sur le secteur du ciment, les efforts visant à limiter les émissions au travers de l’innovation technologique doivent débuter dès maintenant. Toutefois, les leaders historiques ne montrent que très peu d’enthousiasme à l’idée de réaliser des investissements qui viendront bousculer leurs propres modèles d’entreprises à la rentabilité bien établie. En effet, ceux-ci ont usé de leur lobbying pour résister aux changements, et plus particulièrement aux changements technologiques.

Le système d’échange de quotas d’émission (SEQE) a généré des profits inattendus pour les grands pollueurs

Certains leaders tels que LafargeHolcim et Heidelberg Cement ont réclamé auprès du SEQE l’attribution de droits carbone gratuits, en affirmant qu’il en allait de leur survie et de leur compétitivité. Par exemple, en 2013, Lafarge avançait que « les prix inéquitables du carbone exposaient tout particulièrement […] le secteur du ciment à un risque de fuite de carbone ».

Grâce à son puissant lobby, ce groupe d’entreprises est parvenu à s’assurer l’attribution de quotas d’émission plus que généreuse. Au lieu de perdre de l’argent en payant pour la pollution qu’elles génèrent, ces entreprises du ciment ont réalisé plus de 4,7 milliards d’euros de bénéfices depuis 2008 et ce, grâce au SEQE de l’UE.

Parmi les arguments les plus récurrents, nous entendons souvent que les industries ont besoin de temps pour s’adapter aux nouveaux cadres réglementaires. Eh bien, parlons affaires : selon le groupe de réflexion environnemental Sandbag, l’industrie du ciment disposerait de suffisamment de crédits gratuits pour couvrir ses émissions jusqu’en 2030, grâce à la réglementation en vigueur. En d’autres termes, le SEQE de l’UE laisse au secteur un délai de 25 ans avant qu’il n’ait à envisager de réduire ses émissions de gaz à effet de serre, alors qu’il semble essentiel que la transition vers une économie à faible intensité de carbone se produise dès aujourd’hui si l’on souhaite voir notre industrie perdurer.

Pire encore, l’attribution inconsidérée de crédits carbone de la part du SEQE reporte non seulement la transition plus qu’urgente de l’industrie cimentière vers une économie à faible intensité de carbone, mais elle punit en outre les entreprises qui démontrent que les solutions pauvres en carbone sur le marché du ciment sont possibles, tout en étant rentables.

Les nouveaux venus, qui proposent des technologies non polluantes, ne sont pas encouragés par ce système de quotas. En effet, tandis qu’ils réduisent leurs émissions de carbone, leurs concurrents de l’industrie cimentière se voient attribuer des crédits carbone gratuits supplémentaires. Le système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne récompense les pollueurs pour les effets positifs de leurs concurrents qui polluent le moins ! Chez Ecocem, nous en avons bien conscience, et ce, à nos dépens : depuis la création de notre société en 2002, nous avons réduit nos émissions de CO2 de plus de 6 millions de tonnes. Cette réduction a eu pour effet l’octroi de crédits supplémentaires équivalant à 40 millions d’euros de la part du SEQE à nos concurrents.

Alors, comment les institutions européennes et États membres peuvent-ils nous venir en aide ? Tout d’abord, ils peuvent veiller à ce que les émetteurs paient le juste prix pour leurs émissions de carbone, en instaurant une politique de décarbonisation plus stricte dans le cadre du SEQE. Ceci aurait pour effet d’accroître le coût du ciment conventionnel à forte teneur en carbone, et ainsi d’encourager l’innovation.

Ensuite, l’Union devrait également s’atteler au démantèlement des normes qui empêchent injustement la commercialisation de nouveaux produits éprouvés. Le secteur public se doit de développer un marché dédié aux entreprises et produits innovants en vue de tirer profit de l’expertise colossale déjà acquise en Europe, et de permettre à la région de retrouver sa place parmi les leaders mondiaux de l’innovation.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.