«La présidence bulgare va donner l’occasion de lutter contre la corruption»

Hannes Swoboda [Website Socialists and Democrats]

Longtemps leader du groupe S&D au Parlement européen, l’eurodéputé Hannes Swoboda partage sa vision de la politique bulgare, alors que le gouvernement s’apprête à prendre la présidence du Conseil de l’UE.

Hannes Swoboda est un politique social-démocrate autrichien. Il est membre du Parlement européen depuis 1996. Au sein du Parlement, il représente le Parti social-démocrate autrichien. De janvier 2012 à juin 2014, il a présidé le groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates. Il s’est souvent rendu en Bulgarie, surtout durant la période d’adhésion du pays.

Revenons à l’époque où la Bulgarie était proche d’une adhésion à l’UE, mais restait handicapée par la situation du crime organisé, qui faisait de ce pays un cas particulier, car la Roumanie n’avait pas ce problème. Les deux pays étaient par contre gangrenés par la corruption. À l’époque, le ministre bulgare de l’Intérieur, Rumen Petkov, avait promis de sévir contre les groupes de crime organisé ; une grande promesse pour obtenir l’adhésion à l’UE. Les années ont passé, pensez-vous que la promesse a été tenue ?

Je me souviens très bien de la discussion que j’avais eue avec le ministre de l’Intérieur à Sofia. J’avais très bien compris, déjà à l’époque, qu’il ne serait pas facile de régler ces problèmes en une fois, ou en quelques années. Néanmoins, nous avons finalement l’impression que la lutte contre la corruption n’est pas menée véritablement, ni d’une manière impartiale. Car cela ne sert à rien que la gauche combatte la corruption de gauche et que la droite combatte la corruption de droite. En Roumanie et en Bulgarie, il reste encore du travail à faire, mais je ne veux pas mélanger les deux pays. Dans l’ensemble, le travail est tout à fait inachevé.

D’autres États membres ont leur lot de problèmes, comme la Pologne, qui est sous le coup du mécanisme de surveillance de l’état de droit, ou la Hongrie, qui professe une « démocratie illibérale ». Où se situe la Bulgarie dans un tel contexte ?

Vous avez raison, la Bulgarie ne peut pas être pointée du doigt comme « le mauvais élève ». Les régions d’Europe centrale et orientale persistent dans un certain retard, qui crée une division et qui bien sûr donne une mauvaise image au travail nécessaire dans les Balkans pour les préparer à rejoindre l’UE. D’ailleurs, la question des Balkans sera traitée durant la présidence bulgare. Vous avez donc raison, il ne s’agit pas uniquement de la Bulgarie, mais de nombreux pays, y compris du mien, l’Autriche, mais ça n’arrange pas les choses. Ce ne doit donc pas être une excuse de dire : pourquoi nous blâmer à nous quand les autres font la même chose.

La présidence bulgare suit principalement les conseils du PPE. Si vous deviez donner un conseil à la présidence bulgare, que serait-il ?

Il ne serait pas directement lié à la présidence, mais des exemples positifs sont nécessaires, et plus de transparence, d’ouverture et d’analyse de ce qu’ont fait les gouvernements successifs pour combattre la corruption. Certaines mesures devraient être envisagées avant la présidence. Cette dernière devrait être l’occasion de s’attaquer à cela avec plus de force, de détermination, et de donner de bons exemples aux pays des Balkans occidentaux.

Quid de la Russie ? La Bulgarie a une relation étrange avec la Russie. D’une part elle entretient avec elle une sorte de gratitude traditionnelle, car c’est la Russie qui a libéré le pays de la domination ottomane et d’autre part, des commentaires hostiles sont parfois prononcés au plus haut niveau, notamment par l’ancien président…

En Bulgarie, il y a un véritable va-et-vient de remarques amicales et hostiles. Le peuple russe mérite bien sûr de l’amitié et du soutien, et nous ne devrions pas oublier que durant la guerre contre les nazis, c’est la Russie qui a subi le plus de pertes. D’un autre côté, certaines politiques de Vladimir Poutine sont inacceptables. Nous devrions poursuivre le dialogue, avec les citoyens, avec l’intelligentsia, car je ne crois pas qu’il soit bon de couper toute relation avec la Russie. La Bulgarie devrait tirer profit des bonnes relations avec Moscou, de la langue qui n’est pas difficile à comprendre, de la religion, pour dialoguer avec la Russie. Ce qui est important, c’est la capacité à discuter avec les Russes sur un pied d’égalité, même si des sujets comme le projet de centrale nucléaire de Béléné peuvent faire obstacle.

À la fin des années 1990, la gauche européenne aider la gauche bulgare à se consolider. Désormais, la gauche est largement unie, c’est la deuxième plus grande force politique. Elle est très tournée vers l’opposition : elle appelle d’ailleurs à voter une motion de défiance en janvier, durant la présidence. Est-ce une bonne idée ?

Nous avons eu affaire avec les trois gouvernements successifs de la présidence tchèque, avec la Belgique aussi, qui est restée sans gouvernement durant sa présidence de l’UE. On ne peut pas arrêter la politique nationale. Mais je pense que sur certains sujets clés, comme la politique étrangère, ou la politique européenne, une position commune devrait être trouvée. Et ce ne devrait pas distraire la présidence. Je pense que les socialistes bulgares devraient présenter leur concept de modernisation du pays, d’une politique transparente, ouverte, une politique contre la corruption et de non-tolérance envers les partenaires clairement corrompus. La gauche doit connaître un nouveau départ et motiver la jeune génération. Cette dernière est très déçue par le comportement des socialistes au gouvernement par le passé. Un nouveau dialogue avec les jeunes est absolument nécessaire si la gauche bulgare veut faire avancer le pays.

Pensez-vous que Boyko Borissov pourrait faire du bon travail durant la présidence ?

Je ne veux pas faire de commentaires personnels, mais il y a souvent des personnes étranges à la tête des gouvernements. Peut-être que le but de l’Europe est de leur donner un cadre, même s’ils ont personnellement des idées étranges, de mettre certaines limites à leurs activités. J’espère, et toute l’Europe espère que la Bulgarie donnera l’exemple. Sinon, les gens diront : « regardez tous ces pays des Balkans, nous ne pouvons pas les accepter, car ils ne sont pas capables de remplir un rôle européen. Quels que soient les discussions ou événements internes au pays, il est très important que la présidence bulgare soit une réussite, pour accroître son image et pour donner à la région une lumière positive dans l’Europe.