« De fauteuse de trouble, Prague est devenue une voix constructive dans l’UE »

Tomáš Zdechovský [European Parliament]

La République tchèque parvient aujourd’hui à hisser ses priorités à l’agenda de l’UE, à l’image de la qualité des aliments,  se félicite l’eurodéputé Tomáš Zdechovský à Euractiv République tchèque.

Tomáš Zdechovský est un eurodéputé tchèque membre du parti populaire européen (PPE) et de l’Union démocratique et chrétienne – Parti populaire tchécoslovaque (KDU-ČSL).

Comment évaluez-vous la relation actuelle de la République tchèque à l’UE ?

Le gouvernement actuel a effectué un grand changement. Du fauteur de troubles qu’il a toujours été dans l’UE à un État jouant un rôle plutôt constructif. Cela s’illustre par le fait que Prague est à présent invitée à des réunions auxquelles elle ne pouvait pas participer dans le passé. Les sujets soulevés par la République tchèque, comme les différences dans la qualité des aliments, sont relativement pris au sérieux dans l’UE.

Quelle problématique tchèque avait réussi à se hisser dans le programme de travail de l’UE dans la période précédente, de 2010 à 2013 ? Je ne me souviens d’aucune. Aujourd’hui, il ne s’agit pas seulement de la qualité de la nourriture, mais aussi de la question de la sécurité des conducteurs de longue distance ou de cybersécurité, un sujet régulièrement mis en avant par la République tchèque ces dernières années.

N’est-ce pas insolite que la qualité de la nourriture soit le plus gros problème européen de la République tchèque, alors que dans les autres pays on débat surtout de l’avenir de l’UE ?

La plupart des habitants de la République tchèque ne comprennent pas le sens de l’UE, mais il peut être expliqué sur des détails comme celui-ci. À ceux qui pensent que la question de la double qualité des aliments est ridicule, je voudrais rappeler  que, selon les sondages, les Tchèques ne savent tout simplement rien des stratégies globales de l’UE ou des réseaux énergétiques, mais ils savent pertinemment bien qu’ils peuvent acheter de la nourriture moins chère et de meilleure qualité en Allemagne. Et qu’un produit de la même marque, vendu sous le même nom peut avoir des ingrédients différents dans leur pays. L’UE commence simplement dans l’estomac des citoyens tchèques, et se poursuit dans des sujets associés à la sécurité mondiale. Nous ne devons sous-estimer aucun de ces sujets, si différents soient-ils.

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Vous êtes donc d’accord avec l’opinion commune selon laquelle la relation problématique entre l’UE et Prague découle du fait que les Tchèques ne la comprennent tout simplement pas ?

Les Tchèques ne comprennent pas l’UE et personne ne les informe à ce sujet. Lorsque nous rentrons en voiture d’une session au Parlement européen à Strasbourg, nous passons en revue différentes stations de radio. En Europe occidentale, la radio parle beaucoup de ce qu’il s’y est passé. En République tchèque, il y a au contraire peu d’informations à ce sujet. C’est pourquoi j’essaie de souligner des problématiques qui concernent les citoyens, comme la sécurité des camionneurs. Cela ne concerne pas seulement les routiers eux-mêmes, mais aussi leurs familles et, bien sûr, leurs employeurs. Autre exemple, si quelqu’un se voit délivrer une amende injustifiée aux Pays-Bas, il sera plus facile de régler le problème que s’il s’était produit dans un pays en dehors de l’UE. Il est essentiel de rappeler que les principes démocratiques fonctionnent dans l’UE et qu’il est plus d’y obtenir justice.

Vous estimez que les médias doivent en faire davantage. Qu’en est-il de l’enseignement ? Comment devrait-il traiter l’UE ?

Je donne souvent des cours dans les écoles tchèques, et les enseignants le disent qu’ils ne savent pas quoi inculquer aux élèves sur l’UE, qu’il n’y a pas de bon support d’enseignement, qu’enseigner l’histoire et la géographie de l’UE est inutile. Pour moi, il faudrait se concentrer sur les informations liées aux compétences de l’UE, pour montrer ce qu’elle fait. Nombre d’enseignants ne savent pas grand-chose à ce sujet, ce qui est dommage. Nous devrions clairement améliorer l’enseignement à ce niveau.

La situation en République tchèque est-elle différente de celle d’autres « nouveaux » États membres ? L’UE est-elle perçue plus positivement en Pologne, en Hongrie ou en Slovaquie ?

Mon expérience me permet de parler de la Pologne, où l’UE est bien plus visible. Je dois dire que je suis très critique de l’Agence du Système global de navigation par satellite, qui est basée à Prague. Elle est chargée d’un des secteurs de recherche les plus importants de l’UE, mais elle est simplement invisible. Elle dispose d’un bâtiment avec l’abréviation « GSA » et un logo qui ne rappelle même pas l’Europe. Je trouve que les drapeaux tchèque et européen devraient flotter devant la façade et que les résultats des recherches devraient être relayés dans les médias.

Les Tchèques se plaignent de Bruxelles, mais ils pourraient aussi se plaindre de Prague. 300 personnes à Prague sont payées par le budget européen, et cela inclut des représentants de la Commission, du Parlement, etc. Personne ne sait qu’elles sont là. C’est très différent en Pologne.

La communication des institutions européennes semble s’améliorer. Et le discours de Jean-Claude Juncker sur l’état de l’Union montre que la Commission a appris à communiquer avec les États d’Europe de l’Est. Qu’en pensez-vous ?

Ce dernier discours de Jean-Claude Juncker était le meilleur jamais prononcé et a montré que les personnes impliquées au sein de la Commission changent d’état d’esprit. Elles commencent à comprendre que si elles ne veulent pas perdre les États de l’Est et du centre de l’UE, elles ne peuvent se limiter à promulguer des ordres, mais doivent discuter et prendre au sérieux certains problèmes, dont d’autres rient.

Je ressens cela au Parlement européen. Quand je suis arrivé au début de mon mandat, en 2014, j’avais l’impression qu’il y avait une tentative pour nous « écraser ». Ce n’est plus le cas.

L’un des facteurs de division au sein de l’UE est l’appartenance ou non à l’euro. Comment envisagez-vous cette question ? La République tchèque devrait-elle adopter la monnaie unique, et si oui, quand ?

La question de l’adoption de l’euro était l’enjeu des élections parlementaires [des 20 et 21 octobre 2017]. Les partis qui formeront le gouvernement devront également décider si nous ferons partie de la zone euro dans quatre ans. Le débat à ce sujet a longtemps été complètement absent. Je pensais au qu’il serait plus présent lors de la campagne électorale, et cela n’a pas été le cas et je pense que personne ne veut vraiment que le pays entre dans la zone euro dans les quatre ans à venir.

Sans un débat politique, l’euro ne sera pas accepté. Le Parlement européen ne peut prendre cette décision pour nous, seul le gouvernement tchèque peut décider. Je suis personnellement pour l’adoption de l’euro, mais uniquement après une discussion longue et précise. Cette décision ne doit pas se fonder sur des facteurs émotionnels et de faux arguments. Je vois les bénéfices de la monnaie unique, mais les spécialistes, qui peuvent identifier toutes les conséquences, doivent participer à cette décision.

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La prochaine période budgétaire devrait voir une réduction substantielle des subventions. Qu’est-ce que cela signifie pour la République tchèque?

Nous devrons nous concentrer sur les projets qui sont vraiment axés sur l’investissement et qui nous amèneront le plus de profits. Cela devrait nous préparer à la réduction prévue des fonds de cohésion alloués à la République tchèque. En 2028, la République tchèque – tout comme l’Allemagne – contribuera davantage au projet de loi commun qu’elle n’en retirera. Ces contributions seront allouées à des projets d’importance européenne, des centres de recherches, ou d’autres initiatives stimulant la compétitivité de l’UE face à d’autres pays, dont la Chine. Nous devrons donc être mieux préparés à la concurrence entre les États membres au cours de la prochaine période. Nous devrions accélérer la construction d’infrastructures pertinentes.

J’appelle notre nouveau gouvernement et l’opposition à se concerter et à donner la priorité à la foresterie, à la gestion de l’eau, ou encore aux infrastructures de transport. En sept ans, beaucoup de choses peuvent être accomplies, mais si l’on ne commence pas dès aujourd’hui, le temps manquera. À l’heure actuelle, nous nous réjouissons en République tchèque de l’ouverture de trois kilomètres d’autoroute, alors qu’en Pologne, ils ouvrent des sections de 15 ou 20 kilomètres et vont beaucoup plus vite.

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