Van Rompuy peu convaincu par les projets de Juncker

Van Rompuy [Evan Lamos]

L’ex président du Conseil européen, Herman Van Rompuy confie à Euractiv qu’il pense que la création d’un président unique pour le Conseil et la Commission pourrait se heurter à des obstacles légaux et politiques.

Herman Van Rompuy a été le premier président du Conseil européen, de 2009 et 2014. Il dirige actuellement le think tank bruxellois European Policy Centre (EPC).

Qu’avez-vous pensé du discours sur l’état de l’Union de Jean-Claude Juncker ?

Ça m’a plu. La Commission est enfin passée du la publication de documents de réflexion à la prise de position. Ces derniers mois, on parlait surtout de scénarios, et la Commission s’appuyait sur les choix des États membres. À Bruxelles, il y a un dicton qui dit « La Commission propose, les États membres disposent ».

Je pense que la Commission doit en faire plus, particulièrement une Commission qui se définit comme politique. Je suis donc content de voir qu’elle fait des propositions.

Dans ce sens, elle apporte une vraie contribution au large débat que nous aurons tous dans le courant de 2018, suite aux initiatives franco-allemandes et aux idées présentées par l’exécutif européen. Tout le monde doit prendre position sur ces propositions.

Jean-Claude Juncker s’est concentré sur une série de modifications institutionnelles. Il a notamment proposé de fusionner les postes de président de la Commission et président du Conseil. En tant que premier président du Conseil, pensez-vous que ce soit une bonne idée ?

Ma première réaction a été « concentrons-nous sur le fonds, et pas tellement sur les procédures, les institutions ». En Europe, quand vous n’avez pas de solution sur la substance, vous créez un nouveau poste ou vous inventez une nouvelle institution. C’est la raison pour laquelle j’étais sceptique. Les 500 millions de citoyens européens ne sont pas très concernés par une fusion entre les présidents du Conseil et de la Commission.

Ensuite je me suis dit que cela créait plus de problèmes que ça n’en résolvait. L’Union européenne est un mélange de ce que nous appelons dans notre jargon la méthode communautaire et la méthode intergouvernementale : la tension entre l’intérêt européen et les intérêts des États membres. La Commission est censée être à l’avant-garde de la défense de l’intérêt européen. Le Conseil européen a pour mission de trouver une solution à partir des intérêts nationaux. De cette manière, l’Union a une sorte d’équilibre, et en perturbant cet équilibre, on crée plus de problèmes que de solutions.

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Le président de la Commission européenne a appelé, lors …

Ensuite, nous avons aujourd’hui les Spitzenkandidaten. Je n’ai pas toujours été d’accord avec ce processus, mais nous l’avons tous accepté et les prochaines élections européennes [en 2019] suivront sans doute ce schéma. Bien que je ne partage pas cet avis, ce système a été considéré comme une sorte de prise de pouvoir du Parlement. Selon certains, le Conseil a perdu son rôle dans la nomination du président du Conseil. Ce n’est pas tout à fait vrai, mais c’est la perception.

Si le président de la Commission devient le président du Conseil, les chefs d’État et de gouvernement auront l’impression qu’ils n’ont plus aucun rôle à jouer dans la désignation de leur propre président. Ils ont déjà dû accepter un président de la Commission, le candidat du Parlement, pour ainsi dire, à présent le président de leur propre institution serait également imposé indirectement par le Parlement. Il risque d’y avoir une opposition importante.

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Puis il y a les obstacles légaux. Mon dernier argument est cependant que cette proposition crée une fonction unique, avec une personne représentant l’Union européenne. Mais si on combine les tâches actuelles des deux présidents, on élève les attentes, et étant donné les compétences actuelles, ce n’est pas possible.

Je pense donc que cela ce finira pas une déception, une déception démocratique. Nous devons être très prudents, étant donné le malaise déjà existant dans nos sociétés.

Jean-Claude Juncker a également évoqué l’instauration de listes électorales transnationales.

Pour cela, je pense qu’il faudrait vraiment changer les traités. Bien sûr, il n’y a pas beaucoup de temps pour faire cela d’ici 2019, mais en principe, j’ai toujours été favorable à cette idée. Les populistes diront que nous devrions faire des économies en supprimant les sièges des 73 eurodéputés britanniques, mais j’estime que cette liste paneuropéenne enverra un message fort : que le Parlement européen, au moins dans sa composition, reflète aussi les intérêts européens. Donc c’est une bonne idée, mais impossible avant 2019.

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