Agitation chez Renew alors qu’une redistribution des cartes se profile au Parlement européen

Le président roumain de Renew au Parlement euroépen, Dacian Cioloș [EP/Daina Le Lardic]

Il y a de l’agitation au sein de Renew Europe, le troisième plus grand groupe du Parlement européen, opposant les anciens « libéraux et démocrates » de l’ADLE à la direction du groupe et à la délégation française du parti d’Emmanuel Macron, selon une source interne au groupe centriste.

Le mécontentement à l’égard du président roumain de Renew, Dacian Cioloș, ne cesse de croître, car de nombreuses délégations nationales se sentent mises à l’écart et le groupe a, en général, manqué une occasion de s’affirmer comme une alternative viable au Parti populaire européen (PPE) et aux sociaux-démocrates (S&D) de centre-droit, a expliqué la source.

« Après presque deux ans, la majorité des délégations comprennent maintenant que le groupe n’est pas dirigé par un membre de l’ADLE, ils voient que nous avons perdu beaucoup d’opportunités, nous aurions pu être beaucoup plus efficaces« , a déclaré la source, ajoutant que les problèmes se sont encore accentués la semaine dernière au sein du PPE, qui ont signalé un possible remaniement des cartes au Parlement.

Le parti PLUS de Cioloș (Parti de la liberté, de l’unité et de la solidarité) n’est pas membre du parti de l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ADLE). La LREM de Macron ne l’est pas non plus, bien que tous leurs députés européens siègent au sein du groupe Renew au Parlement européen.

« La confiance politique s’érode et la frustration est assez importante à ce stade. De nombreuses délégations sont maintenant engagées dans la construction d’un nouvel agenda politique pour la seconde moitié du mandat », ajoute la source.

EURACTIV comprend que si une masse critique est atteinte, le groupe pourrait même chercher à organiser des élections de mi-mandat et tenter de détrôner M. Cioloș.

Une source proche du camp de Cioloș a confirmé à EURACTIV qu’un certain nombre de législateurs se plaignent depuis le tout début de son leadership. Cependant, selon la source, ces personnes viennent principalement de « l’ancienne ADLE » et n’ont jamais réussi à s’adapter à la nouvelle réalité.

Renew Europe veut briser les tabous de l’agriculture européenne

Le groupe du Parlement européen Renew Europe (centre) entend « briser les tabous » qui pèsent sur le secteur agricole, affirme Martin Hlaváček, l’un de ses députés.

« Nous parlons de législateurs européens démodés qui ne se sont jamais adaptés au nouvel élan du socio-libéralisme inspiré par le président Macron et pleinement embrassé par Ciolos », a déclaré la source.

« Ces libéraux démodés signeraient tout libre-échange sans conditions […] sans tenir compte des droits sociaux, des aspects environnementaux », ajoute la source.

« L’histoire avance et nous devons combler ce fossé entre les générations », a ajouté la source.

Changement de pouvoir potentiel

Le départ tardif du parti Fidesz du Premier ministre hongrois Viktor Orbán du groupe PPE au Parlement européen a préparé le terrain pour un éventuel remaniement du pouvoir dans l’hémycicle

Dans un courriel envoyé à Cioloș jeudi (4 mars), dont le contenu a été consulté par EURACTIV, Sophie in’t Veld, députée européenne néerlandaise de Renew, a demandé un débat au sein du groupe lundi (8 mars) pour discuter des implications potentielles sur la structure du pouvoir au sein du Parlement européen.

In’t Veld a déclaré qu’elle avait demandé au secrétaire général du Renew de « produire d’urgence une analyse de l’impact des différents scénarios » en termes de majorités ou de postes, affirmant que « si nous faisons les simples calculs pour le scénario du statu quo, notre groupe deviendra un très petit groupe après les élections. Nous devons agir maintenant et avoir un plan à moyen terme et nous devons commencer à préparer 2024″.

« Si nous voulons sérieusement créer un mouvement centriste fort et large, libéral, progressiste et pro-européen, nous ne pouvons plus tergiverser », a écrit la députée néerlandaise, ajoutant qu’il est peu probable que l’action de Fidesz « reste un événement isolé ».

« Il pourrait bien déclencher un remaniement du paysage politique au Parlement européen, et plus rapidement que nous ne le prévoyons, (…) Renew doit très rapidement adopter une stratégie et se positionner. Des réunions et des négociations se déroulent en ce moment même », a écrit in’t Veld.

Menacé, le Fidesz de Viktor Orbán quitte le groupe PPE

Le Fidesz va quitter le groupe PPE au sein du Parlement européen, a annoncé le Premier ministre hongrois mercredi (3 mars). Une déclaration qui fait suite à plusieurs années de désaccords avec le groupe conservateur qui se préparait à en voter la suspension.

Selon les calculs d’EURACTIV, si Fidesz se rendait au groupe d’extrême droite des Conservateurs et Réformistes européens (ECR), le nombre de députés européens ECR passerait de 63 à 74.

De plus, si Fidesz réussit à convaincre la Lega de Matteo Salvini de passer de l’Identité et de la Démocratie (ID) à ECR, le nombre de membres d’ECR dépasserait celui de Renew, passant de 102 à 97, ce qui en ferait le troisième groupe le plus important du Parlement.

« La Lega Nord, qui fait actuellement partie du groupe ID mais qui cherche à se repositionner comme moins eurosceptique depuis sa participation au gouvernement Draghi, semble envisager un passage à ECR également », a écrit In’t Veld à son patron de parti.

Cela affaiblirait davantage la main des libéraux, car ils sont déjà divisés en interne entre les libéraux modernes de tendance verte, comme le parti hongrois Momentum, et la faction pro-marché de centre-droit, qui est plus susceptible de se ranger du côté du PPE.

Les libéraux craignent également un renforcement de la gauche si les 10 députés européens non inscrits du Mouvement 5 étoiles italien devaient rejoindre soit les sociaux-démocrates (S&D) ou les Verts.

Qualifiant cela de « geste substantiel », In’t Veld a déclaré dans sa lettre que cela « réduirait le fossé entre le PPE et le S&D, et élargirait encore le fossé entre le S&D et Renew ».

Quatre députés européens 5 étoiles ont quitté le parti pour rejoindre les Verts.

La course aux postes

« Ce remaniement affectera notre position dans les mois et les années à venir, notamment à mi-parcours, dans dix mois, lorsque la plupart des postes seront à nouveau répartis », a écrit In’t Veld, déplorant la « pilule amère » des libéraux qui ne reçoivent pas une des présidences de la Conférence sur l’avenir de l’Europe.

Les Verts ne semblent pas trop préoccupés par le changement de pouvoir au Parlement, mais l’ECR, avec le Fidesz, les dépasserait en nombre. EURACTIV comprend également que plus des forces d’extrême droite telles que Lega rejoignent ECR, plus il sera « toxique » pour les Verts de travailler avec eux sur des dossiers sur lesquels les deux groupes ont jusqu’à présent trouvé un terrain d’entente.

Cela pourrait se produire assez rapidement : Orbán a déjà appelé vendredi (5 mars) à la création d’une nouvelle force européenne de droite pour « notre type de personnes » qui veulent protéger leurs familles et leur patrie et a déclaré que « tous les types de propositions pour renouveler la politique européenne » étaient à l’étude.

Valérie Hayer, députée européenne française de Renew, a déclaré à EURACTIV France que même si aucune décision n’a encore été prise, « un rapprochement Fidesz, PiS (le parti au pouvoir en Pologne), Lega et Fratelli d’Italia est en effet en cours ».

« Un tel accord serait un revers pour le parti de Marine Le Pen et pour son plus proche allié Salvini : iD perd sa plus grosse délégation et son leader », a-t-elle ajouté.

Une source du parti ECR a déclaré à EURACTIV que « plusieurs membres du groupe attendent avec impatience une telle initiative ».

« Cependant, il me semble peu probable que les différentes factions et les partis dissidents puissent s’entendre sur un récit commun qui satisferait tout le monde, certains d’entre eux ne peuvent tout simplement pas se mettre d’accord pour le moment », a déclaré la source, ajoutant que cela était particulièrement pertinent pour les partis nationaux qui doivent faire face à des élections dans un avenir proche.

La « majorité VDL »

Une autre implication potentielle du départ de Fidesz du PPE, selon une source de Renew Europe, est qu’il pourrait éventuellement affaiblir la « majorité VDL », les députés européens (PPE, S&D, Renew Europe) qui ont soutenu l’élection d’Ursula Von der Leyen à la tête de la Commission européenne en 2019.

Le PPE sera dans une position difficile et sera plus vulnérable lors du vote, devant garder à l’esprit l’importance de ne pas mettre en danger la majorité VDL.

« Le PPE sera désormais plus faible dans cette majorité et sera obligé de se rapprocher de politiques plus progressistes », a déclaré la source.

[édité par Zoran Radosavljevic et Mathieu Pollet]

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