Les eurodéputés condamnent violemment la nomination de Martin Selmayr

Günther Oettinger n'a pas convaincu les eurodéputés, irrité des conditions de la promotion de Martin Selmayr. [European Parliament]

La promotion éclair de Martin Selmayr, conseiller de Jean-Claude Juncker, au poste de Secrétaire général de la Commission européenne déclenche la fureur du Parlement européen.

Les conditions opaques de promotion du directeur de cabinet de Juncker, Martin Selmayr, déplaisent sérieusement au Parlement européen. Tous les groupes politiques ont fait part de leurs critiques à ce sujet, lundi soir, lors d’un violent débat.

Le commissaire au budget et aux ressources humaines, Günther Oettinger, a maladroitement tenté de s’en expliquer face au Parlement européen, à Strasbourg, alors que les élus décidaient avec une forte majorité à confier à la commission du contrôle budgétaire une enquête sur le sujet.

Le commissaire a assuré que la Commission avait respecté toutes les règles, un argument qui n’a guère convaincu, voire qui a sérieusement irrité les élus. « C’est tout simplement scandaleux », estime Bart Staes, eurodéputé belge vert. « Quand on nous fait croire que quelqu’un peut être nommé 9 minutes à un poste pour respecter les règles vous nous prenez pour des imbéciles» a asséné Pascal Durand, eurodéputé vert français.

Denis de Jong (GUE/GNL, Pays-Bas) a pour sa part fait le rapprochement avec un scandale qui avait fait tomber la Commission de Jacques Santer, en 1999, après des accusations de corruption. « Cette dernière semaine, j’ai vraiment eu l’impression d’être dans la Commission Santer en 1999, quand le problème de l’intégrité avait été écarté… Si la Commission Juncker adopte la même attitude arrogante, le résultat sera le même. »

La pire charge est sans doute venue de l’Allemangne, avec Werner Langen, un eurodéputé CDU, qui n’a pas hésité à condamner la nomination de Martin Selmayr, pourtant membre de son propre parti politique.

Pour Anders Primdahl Vistisen, eurodéputé danois CRE, il faut être « aveugle, sourd et stupide pour croire aux propos de Günther Oettinger ». « Cela va porter un coup dur à la Commission. C’est dommage que Jean-Claude Juncker n’ait pas eu le courage de venir s’expliquer en personne. »

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Günther Oettinger a tenté de rassurer le Parlement, assurant que la Commission avait à cœur de clarifier la situation, sous les rires et les invectives des eurodéputés. Il a insisté sur le fait que Martin Selmayr n’était « pas un monstre » et appelé les élus à « lui donner une chance » en évitant de le rendre victime de discrimination, un terme particulièrement mal accueilli.

« Corruption, scandale, intrigues, ce sont les mots utilisés aujourd’hui par certains intervenants. C’est pourquoi il est dans mon intérêt, dans notre intérêt, que la commission du contrôle budgétaire mène une enquête approfondie. Nous devons répondre à toutes ces questions », a estimé le commissaire allemand.

Certains élus jugent pourtant que le mal est fait. « Ce que vous faites est pire que tous les nationalismes, euroscepticismes et extrémismes », a accusé Pascal Durand (Verts, France).

D’autres, qui défendent la Pologne et la Hongrie, les deux États « réfractaires » en opposition avec la Commission sur leurs systèmes judiciaires, trouvent que l’exécutif ne peut plus se permettre de dénoncer qui que ce soit.

« Si la Commission est prête à ignorer ses propres règles, pourquoi devrions-nous écouter ce qu’elle a à dire sur l’état de droit ailleurs ? », fait remarquer György Schöpflin (PPE, Hongrie), alors qu’un autre élu soulignait que la Commission devrait cesser la procédure de l’article 7 contre la Pologne et se l’appliquer à elle-même.

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Contexte

La promotion de Martin Selmayr au secrétariat général de la Commission a soulevé bien des questions. Après avoir assuré que les règles avaient été suivies « religieusement » par l’exécutif européen, ses porte-paroles ont fini par indiquer qu’il n’y avait eu que deux candidats à ce poste de pouvoir.

Et en effet, pour que l’appel à candidatures soit valide, il fallait qu’un moins une femme postule. La seconde candidature était donc celle de Clara Martinez, adjointe de cabinet de Martin Selmayr, selon le journaliste Jean Quatremer. Celle-ci a cependant retiré sa candidature avant la fin de la procédure, ce qui semble confirmer l’hypothèse d’une candidature bidon.

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