Juncker défend Selmayr bec et ongles

Martin Selmayr avec son prédécesseur, Alexander Italianer. [Commisison européenne]

80 pages : c’est ce qu’il a fallu à la Commission européenne pour répondre au Parlement européen à propos de la nomination de Martin Selmayr à la tête de l’institution. Mais la controverse ne fait que croître et embellir.

La Commission assure qu’il n’y a rien eu d’irrégulier dans la promotion de l’ancien chef de cabinet de Jean-Claude Juncker, Martin Selmayr, au poste de secrétaire général de la Commission. L’Allemand dirige à présent l’exécutif européen, et ses 30 000 fonctionnaires.

Pas moins de 80 pages de réponses aux questions des eurodéputés ont été publiées à 3 heures du matin le 25 mars. Un choix que raillent déjà les parlementaires, comme Sven Giegold, du groupe des Verts/ALE.

Le scandale ne se tasse pas, surtout depuis que le Parlement européen a lancé une enquête officielle sur la promotion douteuse. Nombre d’observateurs estiment que cette affaire ne fera qu’alimenter l’euroscepticisme, une tendance dangereuse à un an des élections.

La Commission continue pourtant d’assurer que la promotion de son nouveau secrétaire général est en règle et a été soutenue par tous les commissaires.

« La décision a été prise par le collège des commissaires de manière unanime, dans le respect des règles du personnel et des règles de procédures », a indiqué l’exécutif européen dans ses réponses aux 134 questions écrites que lui ont adressé les eurodéputés.

Les eurodéputés condamnent violemment la nomination de Martin Selmayr

La promotion éclair de Martin Selmayr, conseiller de Jean-Claude Juncker, au poste de Secrétaire général de la Commission européenne déclenche la fureur du Parlement européen.

L’élue PPE allemande Ingeborg Gräßle, présidente de la commission parlementaire du contrôle budgétaire, qui débattra de la nomination de Martin Selmayr le 27 mars, n’a pas manqué de réagir à ce qu’elle qualifie d’« interférence paternaliste » après un tweet de Mina Andreeva, porte-parole de l’exécutif.

Tweet de Mina Andreeva : La Commission le confirme : la nomination de @MartinSelmayr comme secrétaire général a été décidée selon toutes les règles juridiques.

Réponse d’Ingeborg Gräßle : Merci de laisser la commission du contrôle budgétaire faire son travail sans ce type d’interférence paternaliste… Nous connaissons votre opinion. Notre devoir est d’aboutir à notre propre évaluation. Merci de votre compréhension.

Le scandale provient de ce qui a été une double promotion instantanée pour le chef de cabinet, le 21 février.

Lors d’une réunion des commissaires, Martin Selmayr a été nommé premier vice-secrétaire général, passant devant les deux vice-secrétaires en poste, Jean-Éric Paquet et Ilze Juhansone. Quelques minutes plus tard, il a ensuite été promu au rang de secrétaire général quand le détenteur du poste, Alexander Italianer, a annoncé qu’il prenait sa retraite.

L’exécutif précise que rien n’était prévu à l’avance, et que les règles ont été « suivies religieusement ».

Perte de crédibilité majeure

Depuis, l’exécutif a néanmoins confirmé que Jean-Claude Juncker savait qu’Alexander Italianer prévoyait d’arrêter de travailler, et qu’il en avait informé son chef de cabinet. Il rejette par contre toute accusation d’un coup monté depuis novembre pour le remplacer par Martin Selmayr.

Techniquement, Martin Selmayr n’a pas été promu, continue la Commission, étant donné qu’il reste au même grade de fonction publique et que son salaire a été réduit avec son changement de poste.

Outre l’enquête du Parlement, un dossier sera ouvert par la Médiatrice européenne, Emily O’Reilly, qui se penche sur tous les soupçons de mauvaise pratique au sein des institutions. Ses services ont indiqué qu’elle avait reçu deux plaintes sur la question et était en train de les analyser.

Pour Sophie in ‘t Veld, eurodéputée libérale néerlandaise, cette polémique « détruit toute la crédibilité de l’UE en tant que défenseuse de l’intégrité et de la transparence ».

Tweet de Sophie in’t Veld : La Commission le confirme : l’empereur porte de nouveaux vêtements magnifiques ! … Eh bien, après avoir lu les 80 pages de justifications juridiques, je trouve encore que l’empereur a l’air tout nu.

La Commission dément également toute accusation de manque de transparence sur la nomination de son nouveau secrétaire général. Elle refuse de répondre aux questions des eurodéputés qui s’inquiètent de l’impact du scandale sur la réputation de l’UE.

Jean-Claude Juncker a insisté sur le fait que Martin Selmayr « ne démissionnerait pas ». Selon certaines sources, il aurait menacé de démissionner lui-même si son protégé était forcé de partir.

Lors d’une conférence de presse, un journaliste a demandé au président de la Commission si cet ultimatum était vrai et s’il ne craignait pas que cela motive les eurodéputés à s’acharner sur le sujet, afin de se débarrasser « de deux pour le prix d’un ». « M. Selmayr ne démissionnera pas, parce que je suis le seul à pouvoir le lui demander. L’autre question n’est pas pertinente », a-t-il répondu.

Selon les sources du Spiegel Online, le commissaire au budget, Günther Oettinger, aurait déclaré que « sans Selmayr, Jean-Claude Juncker serait impuissant ».

Le 19 avril, les eurodéputés voteront sur une résolution sur le sujet qui pourrait faire tomber toute la Commission.

Sur Twitter, l’Observatoire de l’Europe industrielle a déclaré que Martin Selmayr ferait mieux de démissionner. « À un an des élections, ne pas prendre la peine d’éclaircir un si gros scandale pourrait s’avérer fatal non seulement pour la Commission en place mais aussi pour la participation électorales et les choix qui seront faits en 2019 », écrit le centre de recherche.

Interrogé sur la nomination de Martin Selmayr lors du sommet européen, Emmanuel Macron, a répété qu’il voulait « la vérité » et que des « des décisions seraient prises » si nécessaire après les questions du Parlement européen.

À l’inverse, Angela Merkel a appelé à la transparence, mais a dit avoir une « haute estime » pour le travail de Martin Selmayr.

Sur Twitter, le Corporate Europe Observatory a déclaré que Martin Selmayr ferait mieux de démissionner.

« À un an des élections, ne pas prendre la peine d’éclaircir un si gros scandale pourrait s’avérer fatal non seulement pour la Commission en place mais aussi pour la participation électorales et les choix qui seront faits en 2019 », écrit le centre de recherche.

Interrogé sur la nomination de Martin Selmayr lors du sommet européen, Emmanuel Macron, a répété qu’il voulait « la vérité » et que des « des décisions seraient prises » si nécessaire après les questions du Parlement européen.

Angela Merkel a pour sa part appelé à la transparence, mais a dit avoir une « haute estime » pour le travail de Martin Selmayr.

Tweet d’Eric Maurice : Deviner ce qui fait rire Angela Merkel ? La question de @quatremer sur le scandale Selmayr. […]

Pendant le sommet, le secrétaire général de la Commission a aggravé son cas : il a assisté à la réunion de pré-sommet du PPE, aux côtés de Jean-Claude Juncker, alors qu’il est censé être politiquement neutre.

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