Luis de Guindos en lice pour la vice-présidence de la BCE

Luis de Guindos [Council]

Le ministre de l’Économie espagnol est en bonne posture pour obtenir la vice-présidence de la BCE, trois ans après son échec dans la course à la présidence de l’Eurogroupe.

Les États membres de la zone euro avaient jusqu’au 7 février pour présenter leur candidat au poste de « bras droit » de la Banque centrale européenne (BCE).

Sauf surprise de dernière minute, Luis de Guindos est largement perçu comme le favori malgré certaines craintes au sein de la BCE sur son profil politique. Selon une source européenne, il est en effet acquis que l’actuel ministre de l’Économie espagnol sera choisi par l’Eurogroupe lors de la prochaine réunion le 19 février.

Luis De Guindos a déclaré aux journalistes que le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, et lui-même avaient recueilli des soutiens pour sa nomination. « Nous pensons qu’il existe une chance réelle » d’obtenir le poste, a-t-il ajouté.

« Luis a de grandes qualités, c’est un ministre des Finances avec qui je travaille toujours très bien », a assuré le commissaire européen aux affaires économiques, Pierre Moscovici.

Le ministre espagnol fait toutefois face à des obstacles. Certains membres de la BCE ne voient pas d’un bon œil le fait qu’il succède à Vítor Constâncio après son départ le 31 mai. Le conseil des gouverneurs préfèrerait en effet un profil plus technique et moins politique.

En revanche, le gouverneur de la Banque centrale irlandaise, Philip Lane, semble plus adapté pour le poste étant donné son expérience universitaire et avec l’institution, ayant participé au processus décisionnel du conseil des gouverneurs ces deux dernières années.

En outre, le Parti socialiste espagnol (PSOE) ne soutient pas la nomination de Luis de Guindos puisque le parti défendait la candidature d’une femme au profil technique.

Pour les eurodéputés socialistes espagnols, Luis de Guindos « n’est pas le meilleur candidat » d’abord parce qu’il ne remplit pas les critères du Parlement européen en termes de représentation des femmes, mais surtout parce qu’en tant que « membre de l’Eurogroupe, il a défendu les politiques d’austérité qui ont fait tant de dégâts en Europe ».

L’Irlande et l’Espagne revendiquent toutes deux la vice-présidence de la BCE. L’Espagne invoque un accord tacite selon lequel l’un des six postes du directoire de la BCE doit aller à l’une des plus grandes économies de l’UE. Par ailleurs, Madrid ne détient actuellement aucune fonction importante au sein de l’Union.

Pour sa part, l’Irlande affirme que c’est le seul pays fondateur de la zone euro qui n’a jamais fait partie du directoire de la BCE.

Pour obtenir du soutien, les deux pays n’hésitent pas à rappeler leur remarquable reprise économique suite à la mise en place de programmes de sauvetage.

Désaccord avec les eurodéputés

Les deux candidats vont probablement faire face aux mêmes difficultés au Parlement européen. Le président de la commission des affaires économique et monétaire, Roberto Gualtieri, avait déjà déclaré en décembre dernier que les eurodéputés attendaient un équilibre hommes/femmes dans la sélection de candidats pour le poste.

Le Parlement s’inquiète en effet du monopole masculin dans les postes de haut niveau dans l’UE.

Le Parlement s’oppose à un directoire de la BCE uniquement composé d’hommes

 
Jeudi (25 octobre), le Parlement européen a rejeté avec une faible majorité la nomination du directeur de la banque centrale du Luxembourg au poste de directeur général de la Banque centrale européenne, affirmant que peu d’efforts avaient été fournis pour nommer une candidate féminine à la tête de ce qui est considéré comme un club d’hommes.

Les députés européens ont déjà retardé la nomination du banquier central luxembourgeois Yves Mersch en octobre 2012 pour cette même raison.

Désormais, ils ont davantage leur mot à dire dans le processus et intervieweront les candidats lors d’une réunion à huis clos le 14 février. Seuls les membres de la commission et leurs suppléants, ainsi que les conseillers des groupes politiques (mais pas les assistants) seront autorisés à y assister.

La BCE et le Parlement n’ont qu’un rôle consultatif et ne peuvent opposer leur veto à la décision de l’Eurogroupe. Les députés européens peuvent toutefois influencer le choix du 19 février.

Une fois que les membres de l’Eurogroupe seront parvenus à un consensus, le Conseil Ecofin votera sur le candidat proposé. Une majorité qualifiée renforcée d’au moins 14 des 19 ministres des Finances de la zone euro sera nécessaire pour transmettre la décision au Conseil européen de mars.

Avant que le candidat n’arrive à la table des dirigeants de l’UE, il devra rencontrer à nouveau la commission parlementaire ECON, cette fois-ci dans le cadre d’une audience publique.

Selon des sources du secteur financier, l’Irlande envisage non pas la vice-présidence pour Philip Lane, mais plutôt un des postes qui seront disponibles l’année prochaine au Conseil exécutif, une fois le départ de Benoît Cœuré et Peter Praet de l’institution.

La course aux postes de haut niveau à la BCE survient au moment où la banque est sous les feux des projecteurs en raison de son manque de transparence dans le traitement du sauvetage de la Banque populaire d’Espagne et de son implication dans la crise grecque.

Banco Popular a été la dernière victime de la crise financière de l’Espagne, et a forcé le gouvernement à demander un plan de sauvetage en 2012. Cette année-là, Luis de Guindos a été désigné pire ministre de l’Économie de l’UE.

Trois ans plus tard, il est sorti perdant de la course à la présidence de l’Eurogroupe face à Jeroen Dijsselbloem, mais depuis sa stature a grandi.

Aujourd’hui, il est non seulement le plus ancien membre de l’Eurogroupe, mais il jouit également d’un grand respect parmi ses pairs.

La Commission se réjouit du retour de Luis de Guindos

Les responsables européens à Bruxelles ont salué la reconduite de Luis de Guindos au poste de ministre espagnol de l’Économie. Il est considéré comme un envoyé « extrêmement compétent » du gouvernement espagnol.

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