Des eurodéputés demandent une exclusion d’Amazon du Parlement européen

Selon le système de pointage actuel, les eurodéputés doivent s'enregistrer manuellement avant de participer aux sessions plénières, aux réunions en commissions ou aux réunions de groupe. [EPA-EFE/RONALD WITTEK]

Les lobbyistes du géant américain de la tech Amazon pourraient se voir retirer leurs badges d’accès au Parlement européen « jusqu’à ce que la direction de l’entreprise soit prête à s’engager dans un véritable dialogue avec le Parlement », selon une lettre que les membres de la commission de l’Emploi et des Affaires sociales (EMPL) souhaitent envoyer à la présidente Roberta Metsola.

La lettre, obtenue par Euractiv, énumère une série d’incidents au cours desquels l’entreprise de commerce en ligne ne se serait pas pliée aux demandes de la commission EMPL de paraître en audition.

La lettre devrait être transmise au bureau de Mme Metsola lundi ou mardi (5-6 février), a-t-on indiqué à Euractiv.

Le président de la commission parlementaire, Dragos Pîslaru (Renew), a confimé vouloir signer la lettre, a indiqué son cabinet à Euractiv.

« En conséquence du refus répété d’Amazon d’assister aux auditions de la commission EMPL, nous voudrions demander que des mesures appropriées soient mises en place pour retirer les badges d’accès aux locaux du Parlement européen aux représentants d’intérêts inscrits au registre d’Amazon », peut-on lire dans la lettre.

Le 23 janvier, les coordinateurs de la commission — des eurodéputés qui représentent les intérêts de leur groupe parlementaire au sein de la commission — avaient déjà confirmé leur volonté de retirer les badges d’accès d’Amazon.

Tout groupe de pression ou représentant des intérêts d’une entreprise a le droit de faire entendre sa voix dans les locaux du Parlement, à condition d’être enregistrés dans le « registre de transparence » du Parlement.

Une fois enregistrés, ils reçoivent des badges d’accès qui leur permettent de se présenter physiquement dans les bâtiments du Parlement.

Au vu de la demande des eurodéputés, le retrait des badges d’accès d’Amazon ne modifierait pas la présence de l’entreprise sur le registre, mais limiterait les allées et venues de ses lobbyistes au sein des instances parlementaires.

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La lettre cite trois cas où les responsables d’Amazon n’auraient pas accepté de se plier aux demandes d’audition de la commission Emploi.

En mai 2021, Amazon a refusé de participer à une audition intitulée « Les attaques d’Amazon contre les droits et libertés fondamentaux des travailleurs : la liberté de réunion et d’association, et le droit à la négociation et à l’action collectives », souligne la lettre.

Une telle audition faisait suite aux révélations des médias selon lesquelles la plateforme américaine surveillait ses employés, « ce qui aurait pu constituer une violation des lois européennes sur le travail, les données et la protection de la vie privée ».

Le PDG d’Amazon, Jeff Bezos, avait été invité à s’exprimer, mais l’entreprise avait préféré faire part de son point de vue par écrit, sans qu’aucun haut représentant ne se rende sur place pour le remplacer.

Un autre accroc a eu lieu en décembre 2023, lorsqu’un groupe d’eurodéputés de la commission Emploi devait visiter certains entrepôts d’Amazon en Allemagne et en Pologne. Une visite annulée à la dernière minute, déplore la lettre, l’entreprise se disant tout à coup indisposée à accueillir les élus.

Dernier évènement en date : le 23 janvier, l’entreprise américaine aurait à nouveau choisi de ne pas se présenter lors d’un échange de vues sur « les conditions de travail dans les entrepôts d’Amazon, […] en dépit d’un préavis suffisant et des moyens nécessaires pour une participation à distance ».

« En refusant de s’engager dans un dialogue ouvert avec le Parlement européen, Amazon ne fait pas seulement preuve d’un manque de respect pour notre institution, mais entrave également un processus de contrôle démocratique », affirme la lettre.

« Nous soutenons des opportunités de dialogue constructif sur les questions auxquelles l’industrie de la logistique est confrontée et nous restons déterminés à nous engager avec la commission [EMPL] », a déclaré un porte-parole d’Amazon à Euractiv.

L’entreprise a confirmé qu’elle avait réitéré son offre d’accueillir des eurodéputés de la Commission Emploi au sein de leurs entrepôts.

Selon le règlement intérieur du Parlement européen, les badges d’accès peuvent être révoqués si une entreprise, ou un groupe d’intérêt, ne se conforme pas aux demandes de la commission de participer aux auditions sans justification suffisante.

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[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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