La présidente du Parlement européen Roberta Metsola abordera la question de l’État de droit en Grèce lors d’une visite à Athènes mardi (20 février), après qu’une résolution récemment prise par les eurodéputés a suscité un débat intense dans le pays méditerranéen, a indiqué un responsable de l’UE interrogé par Euractiv.
Jüri Laas, porte-parole de Mme Metsola, explique que la visite en Grèce avait pour but de sensibiliser et d’encourager les citoyens, en particulier les jeunes, à voter lors des élections européennes de juin. Ce déplacement fait en effet partie de la « tournée européenne » de la présidente intitulée « Get out the vote ».
« Toutefois, au cours de sa visite et de ses réunions, elle aura bien entendu l’occasion d’aborder d’autres questions, notamment la récente résolution [du Parlement européen sur l’État de droit et la liberté des médias en Grèce] », a déclaré M. Laas.
Début février, une majorité des forces progressistes du Parlement européen (S&D, Renew Europe, La Gauche, Les Verts) a adopté une résolution dans laquelle ils expriment de sérieuses inquiétudes quant à la situation de l’État de droit en Grèce.
Le Parti populaire européen (PPE) de centre droit et les forces conservatrices et d’extrême droite se sont opposés à la résolution.
Dans la texte, les eurodéputés ont soulevé une longue liste de problèmes : le manque d’indépendance des médias et les poursuite-bâillon (SLAPP), le scandale des écoutes téléphoniques surnommé le « Watergate grec », dans le cadre duquel des personnalités politiques, du monde des affaires et des journalistes ont été mis sur écoute à l’aide du logiciel espion illégal Predator, ainsi que les prétendues tentatives déployées pour empêcher l’organisme indépendant de protection de la vie privée du pays (ADAE) de faire la lumière sur l’affaire.
La résolution critique également l’absence de progrès dans les enquête judiciaire sur plusieurs questions, y compris le naufrage d’un bateau de pêche au large des côtes grecques de Pylos qui a coûté la vie à plus de 600 personnes, ainsi que le meurtre du journaliste grec George Karaivaz.
Les inquiétudes des eurodéputés ont suscité un intense débat en Grèce, l’opposition accusant le gouvernement de droite du parti Nouvelle Démocratie (membre du Parti populaire européen au Parlement européen) de transformer la Grèce en « Hongrie d’Orbán dans le sud de l’Europe ».
Le gouvernement rejette les allégations
Pour sa part, le gouvernement fermement démenti ces allégations.
Dans un entretien accordé à la chaîne Star TV lundi (19 février) soir, le Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis a déclaré qu’aucun législateur européen n’avait le droit d’intervenir dans la justice grecque et a rejeté toute allégation selon lesquelles la liberté de la presse serait entravée.
« Au contraire […] Chacun dit et écrit ce qu’il veut, et bien sûr, si quelqu’un estime qu’il a été offensé d’une manière ou d’une autre ou que des inexactitudes ont été écrites, il a beaucoup de mal à le faire valoir », a déclaré M. Mitsotakis.
« Le problème est ailleurs. La Grèce n’est pas le problème de l’État de droit en Europe », a-t-il affirmé.
« Le Parti populaire européen devrait, comme il l’a fait dans le passé, être capable de s’entendre avec les libéraux, avec les socialistes, probablement avec les Verts, et peut-être avec certaines voix plus modérées de notre droite », a-t-il ajouté.
La Cour suprême grecque a elle aussi réagi, rejetant le résultat de la résolution du Parlement européen.
« À ma connaissance, c’est la première fois qu’une cour suprême d’un État membre de l’UE répond à une résolution politique, dans une démarche inhabituelle de relations publiques », a commenté l’eurodéputée Sophie in’ t Veld (Renew).
Rencontre avec l’opposition
Avant sa visite, la question de savoir si Mme Metsola rencontrerait les partis politiques d’opposition a fait l’objet d’une grande discussion.
M. Laas a confirmé à Euractiv que Mme Metsola rencontrerait finalement les représentants des partis politiques juste après son discours au parlement grec.
Nikolas Farantouris, professeur à l’Université du Pirée et conseiller politique européen du principal parti d’opposition de gauche Syriza a confié à Euractiv qu’en tant que représentante de l’institution européenne la plus démocratique et la plus représentative, Mme Metsola était accueillie « avec grande joie » à Athènes.
« Nous voulons accroître le rôle du Parlement européen, non seulement dans la prise de décision, mais aussi dans le contrôle de l’exécutif, européen et national, comme cela a été fait avec la récente résolution sur l’État de droit et les responsabilités du gouvernement grec », a commenté M. Farantouris.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]



