Le PPE risque de perdre de l’influence au sein de la prochaine Commission européenne

Manfred Weber et Ursula von der Leyen. [Photo: EPA-EFE/PATRICK SEEGER]

Le Parti populaire européen, dont Ursula von der Leyen est membre, doit composer avec une nouvelle réalité politique plus fragmentée. Qui devrait se refléter au sein de l’exécutif européen.

Ursula von der Leyen se trouve sous la pression des socialistes et démocrates (S&D) et des libéraux de Renew Europe au Parlement européen afin de donner au Néerlandais Frans Timmermans et à la Danoise Margrethe Vestager les postes de vice-présidents de sa Commission.

L’Allemande a besoin des votes de ces deux groupes politiques pour obtenir l’approbation du Parlement européen et remplacer Jean-Claude Juncker. Elle risque toutefois de ne pas obtenir la majorité ou de dépendre du soutien des eurosceptiques.

Dans une lettre ouverte, le président des libéraux, Dacian Çiolos a déclaré à Ursula von der Leyen que « nous ne voulons établir aucune distinction entre Frans Timmermans et Margrethe Vestager. »

Si l’Allemande est nommée présidente de la Commission et tient sa promesse vis-à-vis des deux anciens commissaires, alors l’influence du PPE sur les politiques de la Commission serait bien plus faible que dans l’exécutif précédent.

Dans le cadre de l’accord conclu au début du mois par les 28 chefs d’État et de gouvernement, un autre poste de vice-président, celui de chef de la diplomatie européenne, est bien parti pour revenir au socialiste espagnol Josep Borrell. Le Slovaque Maroš Šefčovič, également affilié au S&D, devrait poursuivre dans son rôle de vice-président afin de traiter les déséquilibres géographiques.

L’Italie aussi devrait décrocher une vice-présidence en échange de son soutien à la candidature d’Ursula von der Leyen. Giuseppe Conte a déclaré aux médias italiens que Rome voulait le portefeuille de la concurrence.

L’essor discret d’Ursula von der Leyen

La ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, fait figure de compromis pour la présidence de la Commission européenne. Si elle rassemble sur la scène politique européenne, elle est peu connue en dehors d’Allemagne où sa carrière a souvent été jalonnée de scandales.

Bloomberg a indiqué la semaine dernière que le Premier ministre italien proposait la candidature de Giancarlo Giorgetti, un responsable de la Ligue, ramenant le nombre potentiel de vice-présidents non affiliés au PPE à cinq.

Jean-Claude Juncker avait une équipe de sept commissaires haut placés au début de son mandat : Frans Timmermans, Maroš Šefčovič et Federica Mogherini (tous trois S&D), Andrus Ansip (Renew) et Valdis Dombrovskis, Kristalina Georgieva et Jyrki Katainen (tous trois PPE).

Le Letton Valdis Dombrovskis, chargé de l’euro à la Commission, a abandonné son siège d’eurodéputé pour rester dans l’exécutif européen et s’attend à garder sa vice-présidence.

Son Premier ministre, Krišjānis Kariņš, lui a donné son feu vert pour briguer un nouveau mandat de cinq ans. Ce dernier était d’ailleurs l’un des deux négociateurs du PPE pour les négociations du Conseil sur les postes clés de l’UE.

Jon Worth, expert en politiques européennes soutient que « le PPE est en train de payer le prix fort d’avoir voulu à tous prix obtenir la présidence de la Commission ».

Selon lui, les concessions qu’Ursula von der Leyen devra faire, notamment en termes de politique climatique, feront d’elle « une figure de proue du centre droit forcée de mener des politiques de centre gauche. »

Ursula von der Leyen passe au grill parlementaire

Ursula von der Leyen a poursuivi son offensive de charme auprès des eurodéputés, qui n’ont pas semblé être convaincus par la candidate à la présidence de la Commission.

Trop de monde dans la cuisine

Si l’Allemande s’en tient à la structure précédente de sept vice-présidences, cela ne laisse qu’une place de libre. Une source de haut rang de la Commission estime que plus, « cela commencerait à être un peu encombrant ».

Trois facteurs pourraient constituer un obstacle à l’arrivée du PPE sur ce dernier créneau, à commencer par le président français Emmanuel Macron, l’un des principaux architectes de l’accord sur les hauts postes qui a permis à Ursula von der Leyen d’obtenir le feu vert des dirigeants européens.

Le Président français semble donc insister pour que son choix de commissaire, qui n’a pas encore été révélé, soit également vice-président.

Ce pourrait être Pascal Canfin, qui a été élu la semaine dernière à la tête de l’influente commission de l’environnement du Parlement européen, ou encore Michel Barnier. Cette dernière option donnerait au PPE un cheval de plus dans une course dans laquelle « nous nous attendons à être bien représentés », selon une source de la famille politique de centre droit.

Néanmoins, les deux autres obstacles aux ambitions du PPE sont l’équilibre entre les sexes et l’équilibre géographique. Dans ce scénario, Margrethe Vestager serait la seule femme haut-commissaire et seulement deux d’entre eux, Valdis Dombrovskis et Maroš Šefčovič, seraient originaires d’États d’Europe de l’Est.

Bien qu’Ursula von der Leyen ait demandé aux États membres de soumettre chacun deux candidats, un homme et une femme, peu le feront, étant donné que plus de dix commissaires ont déjà été nommés, souvent dans le cadre d’accords gouvernementaux.

La Bulgare Mariya Gabriel, l’actuelle commissaire au numérique, est le seul choix national rendu public qui semble satisfaire à la fois aux critères géographiques et de genre et donner au PPE un autre poste de direction.

La parité s'invite dans l’attribution des hauts postes en Europe

Les premières lignes de bataille ont été tracées par les États membres sur le remplacement de Jean-Claude Juncker en tant que président de la Commission européenne lors du conseil informel en préparation du sommet de juin.

Les eurodéputés voteront mardi 16 juillet sur la candidature de l’Allemande. Un seul tour de scrutin sera organisé et la candidate allemande devra obtenir une majorité absolue d’environ 374 voix, selon le nombre de législateurs qui auront pris leur siège d’ici là.

Si elle parvient au nombre magique, les commissaires de son choix devront également se présenter devant les commissions compétentes du Parlement. En 2014, le choix de la Slovénie pour la vice-présidence du portefeuille de l’énergie, l’ancienne Première ministre Alenka Bratušek, a été rejeté par la commission de l’industrie et de l’énergie.

La Slovène Alenka Bratušek, fusible du Parlement européen

Après une mauvaise audition, la candidature d’Alenka Bratušek a été rejetée par le Parlement européen. Les tractations entre les différents groupes politiques qui l’ont écarté de la Commission ont par contre sauvé le très controversé candidat espagnol, Miguel Cañete. 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.