Varsovie se vexe de la réélection de Tusk

Comme prévu, Donald Tusk a été réélu à la présidence du Conseil. [European Council]

La volonté de l’UE d’afficher un front uni face au Brexit a été mise en échec par l’obstination de la Pologne à s’opposer à Donald Tusk le 9 mars.

Le gouvernement polonais a présenté de manière unilatérale un candidat alternatif à la présidence du Conseil, dans une tentative d’évincer Donald Tusk, issu du parti rival. Le 9 mars, l’eurodéputé Jacek Saryusz-Wolski n’a cependant récolté que le vote de la Pologne, face à 27 voix pour Donald Tusk.

Même la Hongrie, qui avait laissé entendre qu’elle soutiendrait son allié polonais, et les autres membres du groupe de Visegrád ont fait faux bond à Varsovie.

Veto polonais

Le vote a mis hors d’elle la Première ministre polonaise, Beata Szydło, qui compte se venger en imposant son veto aux conclusions de la rencontre.

« C’est un précédent très dangereux », a-t-elle assuré aux journalistes. « Si nous ne reconstruisons pas la confiance et le respect mutuel, l’UE sera confrontée à une crise vis-à-vis de ses principes. […] Donald Tusk n’était pas le candidat proposé par son pays d’origine, il n’est pas un bon président pour le Conseil. »

La Première ministre, très isolée dans sa colère, estime que Donald Tusk est incapable de faire preuve de la neutralité et de l’impartialité nécessaires à son poste vis-à-vis de la Pologne, dirigée par le parti ultra-conservateur Droit et Justice (PiS), un parti rival à la Plateforme civique, de centre-droit, dont est issu Donald Tusk.

Jarosław Kaczyński, président du PiS et lui-même ancien Premier ministre, juge Donald Tusk responsable de la mort de son frère dans un accident d’avion en 2010. Une théorie contredite par la justice.

Varsovie tente de saborder la candidature de Donald Tusk

La Pologne a créé une situation inédite dans l’Union européenne en présentant un candidat au poste de président du Conseil européen contre le Polonais Donald Tusk, son titulaire sortant qui brigue un deuxième mandat.

 Sommet de Rome

Ce conflit au sommet ne pourrait pas tomber plus mal. En effet, le 10 mars, les chefs d’État et de gouvernement des 27 – sans le Royaume-Uni – se retrouvent à nouveau pour discuter du 60ème anniversaire du traité de Rome, qui aura lieu le 25 mars.

Les événements organisés autour de cet anniversaire doivent indiquer la voie qu’empruntera l’UE après le Brexit. Le sommet du 10 mars était donc censé être une démonstration d’unité des pays européens.

Beata Szydło a cependant douché les espoirs de ce côté-là lors d’une conférence de presse virulente le 9 mars. La Première ministre a promis de remettre la question de la présidence du Conseil sur le tapis lors de la rencontre du 10 mars et qualifié le refus du Conseil de rencontrer son candidat de manque de démocratie.

Unité rompue

« Si l’UE veut se réformer et créer une unité, nous devrions réfléchir attentivement à cette décision », a-t-elle estimé. « La crise de l’immigration, la crise financière et le Brexit ne sont pas arrivés sans raison. »

« Si, à Rome, nous disons que tout va bien et que nous allons dans la bonne direction, que tout ce qu’il nous faut sont quelques corrections cosmétiques, nous courrons à une nouvelle crise », assure la Première ministre. « Pour la Pologne, la réforme de l’UE est essentielle, mais son avenir passe par son unité. »

Au moment où nous écrivons ces lignes, les services du Conseil considéraient les moyens possibles pour contourner les manœuvres polonaises. Les conclusions des réunions du Conseil sont traditionnellement adoptées par consensus. Dans des circonstances exceptionnelles, le président du Conseil peut cependant publier ses propres conclusions.

Pour Beata Szydło, les « questions fondamentales », telles que les nominations aux plus hauts postes européens, devraient être réglées « sur la base du consensus, faire l’objet de l’unanimité et être acceptable pour le pays d’origine ». Elle considère la reconduction de Donald Tusk à son poste de manque de respect pour son pays.

Tusk contre l'Europe à plusieurs vitesses

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, voit la proposition d’une intégration européenne à plusieurs vitesses comme un avertissement. Pour lui, l’unité de l’union devrait être la priorité après le Brexit.

Tusk réplique

Après sa réélection pour un deuxième mandat de deux ans et demi, Donald Tusk s’est adressé aux dirigeants européens. « Cela pourrait sembler paradoxal étant donné les circonstances, mais votre décision d’aujourd’hui est tout de même une expression d’unité », a-t-il jugé. « Je travaillerai avec chacun de vous, sans exception, parce que je suis réellement dévoué à construire une Europe unie. »

Lors d’une conférence de presse, des journalistes lui ont demandé comment il comptait éviter un isolement de la Pologne et reconstruire une relation avec Varsovie. « Je ferai de mon mieux pour protéger le gouvernement polonais contre l’isolement politique, pour des raisons évidentes », a-t-il répondu. « Je communiquerai avec le gouvernement polonais en polonais. »

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, était également à la conférence de presse. « Avec un peu de chance, c’est une langue que le gouvernement polonais comprendra », a-t-il réagi.

Le président du Conseil a cependant également mis ses compatriotes en garde, les enjoignant à « faire attention aux ponts que vous brûlez, parce qu’une fois qu’ils ont disparu vous ne pourrez plus jamais les traverser ». « Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’un comportement politique très responsable et raisonnable, surtout en ce qui concerne les discussions sur l’avenir de l’Europe. J’espère que mes collègues polonais s’en rendent compte », a-t-il conclu.

Soutien général

Joseph Muscat, le Premier ministre de Malte, le pays à la présidence tournante de l’UE, s’est félicité de la réélection de Donald Tusk, qu’il a qualifié d’« homme fort avec des convictions européennes solides ».

Selon certaines rumeurs, le Royaume-Uni aurait hésité, mais Theresa May a fini par approuver la réélection. Angela Merkel et François Hollande avaient tous deux déclaré leur soutien au Polonais avant le vote.

« Nous, 27 États membres, nous accordons sur le fait que Donald Tusk est le bon candidat », a déclaré la chancelière allemande. « Je pense que même avec une majorité qualifiée, il est important de chercher le consensus, mais cette recherche de consensus ne peut être utilisée pour créer un blocus. »

Les conclusions du sommet devraient faire mention de la réélection du président du Conseil, de la politique migratoire et de l’expression d’un « soutien sans équivoque » pour l’avenir européen des Balkans occidentaux.

Donald Tusk est affilié au Parti populaire européen (PPE), tout comme les autres présidents des institutions européennes, Jean-Claude Juncker (Commission) et Antonio Tajani (Parlement européen).

Malte promet de rééquilibrer les forces politiques à la tête de l'UE

Les dirigeants européens vont se pencher  sur le monopole politique détenu par le centre-droit (PPE) à la tête des institutions européennes, a déclaré le Premier ministre maltais, Joseph Muscat.

 

 

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