Le «pragmatique» Luis de Guindos obtient la vice-présidence de la BCE

Le ministre néerlandais des Finance, Jan Kees, Luis de Guindos, actuel ministre espagnol des Finances, et Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. [Olivier Hoslet/ EPA]

L’Eurogroupe a choisi le ministre espagnol de l’Économie pour le poste de vice-président de la BCE, marquant ainsi le retour de l’Espagne dans la gouvernance européenne.

Le président de l’Eurogroupe, Mario Centeno, a annoncé après la réunion du 19 février que la décision de placer Luis De Guindos à la vice-présidence de la Banque centrale européenne (BCE) avait été prise à l’unanimité.

Luis De Guindos, le plus ancien membre de l’Eurogroupe, était le seul candidat après que l’Irlande eut retiré de la course le directeur de sa banque centrale, Philip Lane. Il succédera au Portugais Vítor Constâncio le 1er juin.

Sa nomination sera confirmée le 20 février lors du Conseil Ecofin réunissant les 28 ministres des finances de l’UE. Il sera interrogé par les députés européens le 26 février et la BCE publiera une déclaration donnant sa bénédiction dans les prochains jours, selon des sources.

Les dirigeants de l’UE devraient ratifier cette nomination lors du Conseil européen des 22 et 23 mars.

Quelle indépendance ?

Le ministre espagnol ne veut être considéré ni comme un « requin » ni comme une « blanche colombe » dans le domaine de la politique monétaire. Au lieu de cela, il se décrit lui-même comme un « pragmatique ».

Le ministre espagnol a déclaré aux journalistes qu’il démissionnerait « dans les prochains jours » du gouvernement, après un entretien avec le Premier ministre, Mariano Rajoy.

La décision sans précédent d’envoyer un homme politique directement d’un ministère de la zone euro au directoire de la BCE est considérée par certains comme un coup porté à l’indépendance de la banque centrale.

« En nommant l’un de ses membres, l’Eurogroupe met au grand jour ses propres conflits d’intérêts », a déclaré l’eurodéputé écologiste, Sven Giegold.

Le ministre espagnol a néanmoins rétorqué que tous les candidats, y compris des hommes politiques, étaient des candidats légitimes à ce poste.

Il a déclaré avoir « toujours défendu l’indépendance de la BCE » et qu’il continuerait à le faire.

D’autres membres de l’Eurogroupe et de la Commission affirment qu’il n’y a aucun risque de politisation de l’institution de Francfort.

« Luis De Guindos fera un excellent travail », a déclaré le ministre irlandais des Finances, Paschal Donohoe. « Ses compétences et son expérience en tant que ministre des Finances sont d’excellents atouts pour occuper ce poste », a-t-il déclaré aux journalistes en annonçant le retrait de Philip Lane.

« Luis De Guindos a toutes les compétences pour être un bon vice-président de la BCE », a ajouté le ministre français Bruno Le Maire. La France a soutenu la candidature du ministre espagnol parce que « nous pensons qu’il est l’homme de la situation ».

La Commission se réjouit du retour de Luis de Guindos

Les responsables européens à Bruxelles ont salué la reconduite de Luis de Guindos au poste de ministre espagnol de l’Économie. Il est considéré comme un envoyé « extrêmement compétent » du gouvernement espagnol.

Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques, a quant à lui souligné que l’Espagnol avait « beaucoup d’expérience, s’adapt[ait] facilement et [serait] un bon vice-président ». « Les responsables politiques sont des personnes qui ont beaucoup d’expérience, qui travaillent sur ces dossiers depuis longtemps et qui ont la capacité d’apprendre », a-t-il expliqué.

Luis de Guindos en lice pour la vice-présidence de la BCE

Le ministre de l’Économie espagnol est en bonne posture pour obtenir la vice-présidence de la BCE, trois ans après son échec dans la course à la présidence de l’Eurogroupe.

Un seul candidat

En route pour la réunion, Paschal Donohoe a annoncé qu’il retirait la candidature de Philip Lane, un économiste de renom, doté d’un solide bagage universitaire.

Compte tenu de l’importance du poste et « dans l’intérêt du fonctionnement et du succès de la BCE », Dublin a estimé qu’il était « très important » que la décision soit prise par consensus, a expliqué Paschal Donohoe.

L’Eurogroupe ne voulait pas imposer un vote pour choisir le vainqueur, non seulement pour maintenir le consensus autour du nom choisi, mais aussi parce que tous les États membres qui ont pris parti soutenaient Luis De Guindos.

Parmi les grands pays, seule l’Italie n’a pas dévoilé ses cartes, peut-être parce que l’Espagne n’avait pas soutenu Milan pour accueillir l’Agence européenne des médicaments, actuellement basée à Londres, après le départ du Royaume-Uni de l’UE.

La nomination de Luis de Guindos survient alors que les principaux eurodéputés de la commission des affaires économiques du Parlement européen s’y opposent et que la BCE y est peu enthousiaste. Les socialistes espagnols (PSOE), le plus grand parti d’opposition du pays, ne soutenaient pas non plus cette candidature.

Les socialistes espagnols veulent une femme à la BCE

Le chef de file des socialistes espagnols, Pedro Sánchez, a averti son gouvernement qu’il ne soutiendrait son candidat à la vice-présidence de la BCE que s’il agissait d’une candidate. Un article d’Euroefe.

Favori

Le gouvernement espagnol a affirmé pendant des mois que le poste était promis à Madrid depuis que la quatrième économie de l’UE a quitté le directoire de la banque. Selon un accord tacite entre l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne, les quatre économies sont censées être toujours représentées au sein de l’organe exécutif de l’institution, composé de six membres.

Mario Centeno a tenté de minimiser l’importance de cet accord conclu en catimini et a déclaré que la décision avait été prise sur la base de son profil de « décideur », sa « capacité de jugement », et sa capacité à sortir l’économie espagnole d’une « crise très grave ».

Il a insisté sur le fait que le processus de sélection avait été « très transparent et ouvert », malgré la décision prise lors d’une réunion à huis clos, les débats de l’Eurogroupe n’étant pas publics.

L’échange entre les candidats et les eurodéputés au Parlement s’est également déroulé à huis clos. L’audition publique de lundi prochain ne modifiera pas la décision prise par l’Eurogroupe.

Selon une source européenne, le soutien de l’Allemagne s’inscrit dans le cadre d’une stratégie visant à conquérir la présidence de la BCE lorsque Mario Draghi partira l’année prochaine.

L’Espagnol soutient pourtant que sa nomination n’était attachée à aucune condition.

Soutenu par Berlin, le ministre espagnol a également tenté, en vain, de devenir président de l’Eurogroupe en 2015.

L’Allemagne soutient un Espagnol à la tête de l'Eurogroupe

Berlin soutiendra la candidature du ministre espagnol de l’Économie, Luis de Guindos pour occuper la tête de l’Eurogroupe, a déclaré le 25 août la chancelière Angela Merkel. Il succéderait ainsi au Néerlandais Jeroen Dijsselbloem à l’instance qui réunit les ministres des Finances de la zone euro.

Temps difficiles

La description du poste de vice-président n’est pas figée et s’adapte au titulaire. Vítor Constâncio était en charge de la stabilité financière étant donné son intérêt pour la question. Le vice-président préside également les réunions du conseil des gouverneurs lorsque le président n’est pas dans la salle.

Luis De Guindos prendra le relais à un moment critique pour l’institution, puisqu’elle sortira tout juste de la relance monétaire mise en place au lendemain de la crise financière et devra donc relever les taux d’intérêt sans faire dérailler la croissance économique.

Quant à Philip Lane, son retrait pourrait maintenant renforcer sa candidature à un autre des quatre postes du directoire de la BCE qui serait disponible d’ici 2020, notamment celui d’économiste en chef.

Lorsque Paschal Donohoe a sondé ses collègues de l’Eurogroupe, tous reconnaissaient « les compétences de Philip Lane et sa capacité à travailler un jour à la BCE ».

« Philip Lane sera toujours un bon candidat à l’avenir », a commenté Luis De Guindos.

Prochaines étapes

  • 20 février: Conseil Ecofin
  • 26 février: audience publique au Parlement européen
  • 22-23 mars: Conseil européen

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