EXCLUSIF. « Paperasserie » bruxelloise, IA, immigration… Les détails du programme électoral de la droite européenne

Bien que le programme des élections européennes de 2024 du PPE, premier groupe parlementaire au sein de l'hémicycle bruxellois reste axé sur l’ordre, il appelle avant tout à lutter contre la « paperasserie » européenne. [Shutterstock/Alexandros Michailidis]

À quelques mois des élections européennes, le groupe parlementaire conservateur au Parlement européen, le Parti populaire européen (PPE), se met en ordre de marche en rédigeant un programme électoral, obtenu par Euractiv.

Il soutient notamment la réduction des normes et bureaucraties européennes, la mise en œuvre de l’IA, ou encore une politique migratoire ferme.

Bien que le programme des élections européennes de 2024 du PPE, premier groupe parlementaire au sein de l’hémicycle bruxellois – dont est issue la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen – reste axé sur l’ordre, il appelle avant tout à lutter contre la « paperasserie » européenne.

Le projet de manifeste, daté du 12 janvier et obtenu par Euractiv, est en cours de négociation au sein du groupe. Il doit être adopté lors de l’assemblée politique du PPE les 29 et 30 janvier, avant le congrès électoral qui se tiendra à Bucarest début mars.

« La législation doit être facile à comprendre, et elle doit être facilement mise en œuvre. Nous réduirons l’ancienne bureaucratie en introduisant le principe “1 entrée, 2 sorties” avec un objectif global de réduction d’un tiers du fardeau réglementaire », peut-on lire dans le projet.

En ce qui concerne les sujets technologiques, le PPE se prononce en faveur de « l’intelligence artificielle, mais pas de la bureaucratie artificielle », ajoutant que « nous voulons favoriser, développer et utiliser l’IA, et non la contenir ou l’entraver par une réglementation excessive ».

Les élus conservateurs se prononcent en outre en faveur de l’élimination des exigences excessives pour les agriculteurs, attribuant le boulet bureaucratique à une législation verte trop lourde : « Cela s’applique en particulier à des questions telles que les nouvelles réglementations concernant l’utilisation durable de produits phytopharmaceutiques (SUR) », peut-on lire dans le document.

Enfin, en ce qui concerne la politique sociale, bien qu’ils proposent de travailler entre autres sur l’égalité des sexes et le renforcement du pouvoir des syndicats, ils « rejettent une bureaucratie sociale européenne tentaculaire ».

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Agriculteurs, énergie et environnement

L’aspect le plus significatif du programme du PPE est l’absence totale de politique environnementale.

Le manifeste de 2019 était également fortement axé sur la lutte contre le changement climatique, mais, contrairement à la version de 2024, il accordait une place importante à la nécessité d’équilibrer le développement économique et l’environnement, exhortant à « réduire de manière significative les impacts environnementaux de notre économie. »

L’absence de toute référence à la protection de l’environnement est cohérente avec les récentes déclarations de l’eurodéputé allemand Peter Liese, porte-parole du PPE au sein de la commission de l’environnement (ENVI) du Parlement. Celui-ci précisait il y a peu que la principale priorité politique du moment était de s’assurer que les industries en Europe aient accès à une énergie propre et bon marché.

« Il faut parfois faire des compromis entre le climat et la biodiversité, le climat et les produits chimiques », a-t-il récemment déclaré à propos du règlement de l’UE sur les produits chimiques, REACH.

La volonté de faire du PPE le « parti des agriculteurs » est aussi évidente. Le manifeste donne priorité à la stimulation du secteur agricole pour garantir la production alimentaire et les emplois des agriculteurs plutôt qu’à la protection du climat et à la biodiversité, faisant clairement allusion à la loi sur la restauration de la nature.

« La protection du climat, la biodiversité et la conservation durable des paysages ne peuvent être réalisées qu’avec et non contre l’agriculture », peut-on lire dans le projet.

La proposition la plus concrète concernant la pêche est l’appel à un renforcement du secteur « par le biais d’un portefeuille autonome sur la pêche dans la prochaine Commission européenne ». Actuellement, le portefeuille regroupe les domaines « Environnement, Océans et Pêche ».

En ce qui concerne l’énergie et le climat, le PPE a plutôt élaboré un programme englobant qui tente de plaire à tout le monde.

Pourtant, ce qui transparaît est une tentative de rééquilibrer les priorités du Pacte vert (Green Deal) pour se concentrer sur la compétitivité économique et la réindustrialisation de l’Europe : « Sans protection du climat, notre économie ne peut rester compétitive à long terme, mais sans une économie compétitive, il ne peut y avoir non plus de protection durable du climat ».

Le PPE préconise une approche technologiquement neutre de la politique climatique, affirmant qu’il soutiendra « de la même manière » toutes les énergies renouvelables — c’est-à-dire non seulement le solaire et l’éolien, mais aussi la géothermie, l’hydroélectricité et « la biomasse liquide et solide ».

Quant à l’énergie nucléaire, le PPE affirme qu’il la soutient « là où et quand elle a un sens ». Ce qui est clair, c’est que le PPE s’opposera à l’interdiction de tout type de technologie, y compris les technologies polluantes : « Nous rejetons une politique d’interdiction — telle que l’interdiction des moteurs à combustion — et nous la réviserons dès que possible ».

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Immigration, sécurité et intégration européenne

Le projet de 2024, tout comme le manifeste de 2019, se concentre sur l’ordre public et la protection des frontières de l’Europe. Cependant, le PPE durcit sa position sur les questions migratoires.

Alors qu’en 2019, le manifeste consacrait une section entière à l’amélioration de l’intégration sociale des migrants pour qu’ils « deviennent membres de notre communauté », le projet de 2024 ne fait plus aucune référence à ce sujet.

Il met davantage l’accent sur l’externalisation des procédures d’asile, la collaboration avec des pays tiers afin d’empêcher les migrants d’atteindre le continent ainsi que l’augmentation des retours.

Pour renforcer les frontières extérieures de l’UE, le PPE propose de tripler les effectifs de Frontex pour atteindre 30 000 employés. En 2019, le parti a proposé d’étendre l’agence pour les frontières de l’UE à 10 000 employés, alors qu’elle en compte actuellement environ 2 000.

« Nous sommes attachés au droit fondamental à l’asile, mais l’UE, ainsi que ses États membres, doit avoir le droit de décider », peut-on lire dans le projet.

En matière de sécurité, le projet propose d’augmenter les effectifs d’Europol de 650 à 3 000 personnes pour lutter contre la criminalité organisée et le terrorisme, ainsi que contre la violence contre les femmes, un nouvel ajout par rapport à 2019.

« Nous voulons que 1 000 agents des nouveaux postes soient créés et déployés dans une unité spéciale d’Europol contre la prostitution et le trafic de personnes de sexe féminin », peut-on lire dans le document.

Le projet contient également un appel à une convention européenne pour améliorer les traités de l’UE, mais, plutôt que de stimuler l’intégration des compétences, d’examiner « celles qui devraient être éventuellement retransférées [aux États membres] ».

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