Les interprètes freelance dénoncent les offres « humiliantes » des institutions européennes

L'une des manifestantes du 10 juin brandit une affiche sur laquelle est inscrit "multilinguisme" en bulgare. [Mois Bello]

Les interprètes freelance des institutions européennes continuent à manifester à Bruxelles, pour protester contre des discussions qui patinent.

La crise sanitaire a entraîné des répercussions économiques dévastatrices pour les 1200 interprètes de l’UE. Bon nombre d’entre eux se retrouvent sans aucun revenu et la Commission ne parvient pas à mettre en place un système fonctionnel pour régler le problème. Les institutions européennes déclarent qu’un dialogue social est en cours — une affirmation que la délégation de négociation des interprètes réfute.

Le 10 juin, 48 auxiliaires interprètes de conférence (AIC) ont protesté au rond-point Schuman à Bruxelles, devant les institutions européennes.

Le nombre de manifestants n’a pas été choisi au hasard. Lors du premier rassemblement, le 3 juin, 24 interprètes s’étaient retrouvés pour brandir des affiches avec le mot « solidarité » écrit dans les 24 langues officielles de l’UE. Mercredi, ils étaient deux fois plus nombreux.

Les interprètes européens laissés pour compte face à la pandémie

L’annulation des réunions en raison du COVID-19 a porté un coup dur aux 1200 interprètes free-lance qui travaillent pour les institutions européennes.En l’absence de compensation, ils dénoncent l’absence de solidarité de l’UE à leur égard.

En tant que membres du personnel des institutions européennes, les AIC payent l’impôt communautaire. Toutefois, leur contrat d’agent les rend inéligibles aux régimes d’aides nationaux ou à la sécurité sociale en cas de chômage.

Nicolas Schmit, le commissaire européen à l’emploi et aux droits sociaux, a réitéré que « personne ne serait laissé de côté » et a affirmé que l’exécutif prenait les choses en main.

Le fonctionnaire n’est pas rentré dans les détails. Toutefois, il a indiqué que « la Commission, qui essaye de défendre les intérêts de tous ses employés, [devait bien évidemment] prendre en compte » cette situation. « Un dialogue s’est noué avec l’association des interprètes, donc nous sommes sur la bonne voie pour trouver des solutions pour cette catégorie importante de travailleurs ».

Quel dialogue social ?

Mais les représentants des AIC assurent qu’aucun dialogue n’a été établi. Lors de la troisième et ultime phase des discussions le 26 mai, les services de la Commission et du Parlement ont soumis leur première — et dernière – offre. Les indemnités proposées se présentent sous la forme de plusieurs contrats « différés » et s’élèvent à 1300 €. Ce montant forfaitaire, qui correspond à trois ou quatre jours de travail, doit être récupéré avant la fin de l’année.

L’offre a été lancée sans aucune concertation préalable avec la délégation des interprètes. La proposition va être soumise individuellement à chaque employé, et non en une seule fois aux représentants. Un interprète qui souhaite rester anonyme estime que cette approche peut difficilement être qualifiée de « dialogue social ». Plus de 400 d’entre eux se disent insatisfaits de l’offre, qu’ils jugent « humiliante ».

L’UE, qui leur confie des postes fixes depuis dix ans, constitue souvent leur principal employeur.

Par ailleurs, afin de réduire les frais de déplacement, les institutions encouragent les interprètes indépendants à emménager en Belgique en signant uniquement des contrats à long terme avec les personnes basées à Bruxelles.

« L’exemple à ne pas suivre de laisser les personnes indépendantes sans véritable aide peut avoir des conséquences désastreuses pour les institutions européennes. Ces [freelance sont employés] pour que l’administration ne s’alourdisse pas. Sans interprètes, les langues nationales en pâtiront. Il est inacceptable d’économiser de l’argent sur leur dos en ce moment », a twitté Ivailo Kalfin, ancien eurodéputé et ex-ministre bulgare du Travail et de la Politique sociale.

Une interprète indépendante a indiqué à Euractiv Bulgarie que « les institutions européennes [étaient] un organisme public et non privé et [avaient] une responsabilité sociale ». D’après elle, les AIC ont perdu confiance en leur employeur.

Interprétation à distance

L’UE a commenté officiellement la situation pour la dernière fois le 8 juin, lors d’une conférence de presse.

Un porte-parole de l’exécutif a alors soutenu que la Commission était consciente de l’impact de la pandémie et de l’annulation des réunions sur les interprètes freelance. Il a déclaré que tout était mis en œuvre pour que la charge de travail revienne à la normale et que l’UE travaillait actuellement à l’élaboration d’un outil d’interprétation à distance.

Mais selon les représentants des interprètes, ces systèmes rencontrent de nombreux problèmes techniques et sont loin d’être une solution efficace.

Des eurodéputés volent au secours des interprètes au Parlement européen

Les interprètes du Parlement européen sont en grève, mais réquisitionnés en cas de session. Le 3 juillet, des eurodéputés sont venus les soutenir en coupant les micros durant 30 minutes.

 

 

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