Les eurodéputés du Fidesz volent au secours d’Orbán

Alors que Viktor Orbán est une nouvelle fois venu justifier sa politique controversée au Parlement européen, les eurodéputés de son parti ont pris sa défense dans une lettre adressée au PPE, qualifiant le dirigeant d’« avant-gardiste de l’innovation politique ».

La Commission européenne a haussé le ton mercredi face à la Hongrie en ouvrant une procédure d’infraction contre sa loi sur les universités étrangères, l’une des initiatives qui font craindre à Bruxelles une dérive autoritaire du gouvernement de Viktor Orbán.

Quelques heures après cette annonce, le Premier ministre hongrois est venu se défendre en personne à Bruxelles, rejetant les « préjugés » à l’égard de son pays et qualifiant d’« absurde » l’idée d’une menace pesant sur l’Université d’Europe centrale (CEU), fondée en Hongrie par le milliardaire américain George Soros.

« Ne nous condamnez pas parce que nous avons notre propre point de vue », a lancé le dirigeant conservateur hongrois à l’assemblée des eurodéputés réunis en séance plénière et au vice-président de la Commission européenne Frans Timmermans, qui venait de lui exposer l’ensemble des griefs européens à son encontre.

Viktor Orbán s’en est pris à l’homme d’affaires d’origine hongroise, sa bête noire, l’accusant d’« attaquer la Hongrie » et d’avoir « détruit la vie de millions d’Européens » par la spéculation financière. Il a reproché à Bruxelles de l’accueillir « à bras ouverts ».

Lettre au PPE

Face à ces reproches répétés à l’encontre du dirigeant hongrois, les eurodéputés issu de son parti, le Fidesz, ont envoyé une lettre au PPE pour mettre au claire la position politique de Budapest.

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Si la dérive autoritaire de la Hongrie continue, l’UE pourrait enclencher la procédure de suspension d’un Etat membre prévue par les traités , a averti le porte-parole du Parti populaire européen.

Selon les eurodéputés, cette lettre est censée fournir directement des informations de contexte sur la situation en Hongrie et aider le PPE à comprendre les événements « sans l’avis politique biaisé que la presse européenne traditionnelle a constamment appliqué à la Hongrie et notre Premier ministre ».

Ils qualifient Victor Orbán d’« avant-gardiste de l’innovation politique » et rappellent que son parti, le Fidesz, est l’une des principales forces politiques qui a transformé le pays en démocratie européenne.

La lettre se concentre aussi sur les succès de la politique économique du gouvernement de Victor Orbán, qui a mené à une inflation zéro et à un très faible taux de chômage. Les eurodéputés soulignent par ailleurs que leur intention n’est pas de détruire l’UE et que Victor Orbán est un Européen « engagé ».

« Quand nous critiquons certaines mesures des institutions, nous le faisons pour qu’elles s’améliorent et pour les aider à survivre aux différents chocs », soutiennent-ils, tout en se distançant de ceux qui veulent démanteler l’UE.

Langage franc

Les eurodéputés hongrois ont également souligné que contrairement à celui des responsables d’Europe occidentale, le langage des politiques du pays était « franc ».

Selon eux, l’Ouest impose un diktat à travers un discours politique ennuyeux, affligeant et insensé, incapable d’exprimer les différences existantes. Un discours qui, soulignent-ils, ne fait que creuser le fossé entre la classe politique et le peuple.

« Alors s’il vous plait, n’essayez pas de nous faire parler aux gens dans ce langage bureaucratique, scientifique comme les banquiers et les technocrates le font, car nous perdrons notre soutien politique », demande la lettre.

Une lettre qui donne raison aux Verts

Quant à la loi hongroise très controversée sur les ONG, les eurodéputés affirment qu’ils veulent que les organisations de la société civile participent à la vie politique, mais qu’elles doivent toutefois déclarer qui les finance et être soumises aux mêmes règles que les responsables et les partis politiques et que la presse.

Markus Pieper, un député allemand membre de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) affiliée au PPE a récemment présenté un rapport d’initiative au Parlement européen appelant à des réglementations plus strictes sur le financement des ONG.

La date butoir du 31 avril pour soumettre des amendements sur le rapport a été repoussée et la semaine prochaine les coordinateurs de la commission budget du Parlement se rencontreront pour discuter des prochains délais ou pour décider de repousser le rapport dans son ensemble.

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Les écologistes du Parlement européen demandent au Parti populaire européen (PPE) d’arrêter d’essayer de museler les ONG que l’UE soutient.

Les eurodéputés écologistes ont récemment condamné le rapport et Markus Pieper personnellement en le comparant à la loi hongroise sur les ONG. Dans la lettre, les eurodéputés hongrois semblent confirmer cela. « C’est cela que nous essayons de faire ici au Parlement européen avec le rapport Pieper par exemple », expliquent-ils.

Affaire Soros

En ce qui concerne l’Université d’Europe centrale financée par George Soros, les eurodéputés hongrois rappellent que personne ne veut la fermer.

« Dans un moment un peu plus calme, le recteur de l’université, le professeur canadien Michael Ignatieff a également reconnu, comme il l’avait fait dans une lettre récemment adressée à son personnel et à ses étudiants, que rien ne menaçait l’université », commentent-ils.

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Le président d’une université de Budapest appelle Bruxelles à l’aide face aux pressions du Premier ministre, Viktor Orbán, un jour avant l’annonce du lancement d’une procédure d’infraction contre la Hongrie par la Commission européenne.

Les eurodéputés poursuivent en expliquant que la nouvelle loi s’applique aux 28 universités et exige seulement que des normes communes soient appliquées pour « en finir avec la situation dans laquelle certaines universités non européennes ont plus d’avantages que les universités européennes ».

S’exprimant lors d’une conférence le 25 avril à Bruxelles, organisée par cinq partis politiques du Parlement, donc le PPE, Michael Ignatieff a demandé de l’aide à Bruxelles. Toutefois, le nom de George Soros n’a pas été mentionné une seule fois durant l’audition de 40 minutes.

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