Le PPE craint une crise institutionnelle si l’UE ne choisit pas un Spitzenkandidat

Manfred Weber et Donald Tusk. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Les chefs d’État risquent de plonger l’UE dans une crise institutionnelle s’ils décident d’abandonner le processus de Spitzenkandidaten pour choisir le prochain président de la Commission européenne, a déclaré une source du Parti populaire européen.

Le PPE de centre droit est le plus grand groupe au Parlement européen et a donc l’avantage pour nommer le prochain président de la Commission européenne.

Le Spitzenkandidat du PPE, Manfred Weber, est toutefois perçu comme trop inexpérimenté par Emmanuel Macron qui a déclaré qu’il ne le soutiendrait pas. Le président français insiste aussi sur le fait qu’il n’y a aucun lien automatique entre les Spitzenkandidaten et la nomination à la Commission, une décision qui est officiellement entre les mains des chefs d’État, comme l’indiquent les traités.

La chancelière allemande, Angela Merkel, soutient quant à elle son compatriote, qui n’a aucune expérience au gouvernement, mais est vice-président de la CSU en Bavière, le parti frère de la CDU de Merkel.

Les tensions entre Angela Merkel et Emmanuel Macron autour des plus hauts postes de l’exécutif seront scrutés à la loupe lors du sommet européen de deux jours qui débute aujourd’hui. Elles sont maintenant exacerbées par le PPE, qui soutient que les dirigeants doivent s’en tenir au processus de Spitzenkandidaten.

« La participation aux élections a montré qu’il est indispensable de définir le mandat de la Commission en fonction de la démocratie parlementaire, de la majorité parlementaire », estime une source haut placée du PPE, sous couvert d’anonymat.

« Choisir un candidat pour la Commission européenne en dehors des têtes de liste qui démontrent leur ambition depuis bien avant les élections serait un pari très risque, une source d’incertitude et présenterait même un risque de crise institutionnelle », a ajouté la source du Parti populaire européen. « Il n’y a pas d’alternative au processus de Spitzenkandidaten. »

Paris et Berlin continuent de s'écharper sur la présidence de la Commission européenne

Alors que les vingt-huit Etats membres se retrouvent ce jeudi 20 juin, pour un sommet européen consacré a la nomination des dirigeants des principales institutions européennes, les tensions entre Paris et Berlin rendent un accord très incertain.

Dans une lettre d’invitation aux dirigeants de l’UE pour le sommet de jeudi, le président du Conseil européen, Donald Tusk, s’est dit « prudemment optimiste » qu’un accord pourrait être trouvé cette semaine sur les plus hauts postes de l’EU.

Un accord doit de toute façon être trouvé avant la première session du Parlement européen, qui aura lieu le 2 juillet. Ce qui signifie que si les postes ne sont pas attribués cette semaine, un autre sommet européen devra être organisé avant la session d’ouverture du Parlement dans les dix prochains jours.

Si Manfred Weber n’a pas le soutien de la majorité qualifiée des États membres au Conseil, il commence toutefois à convaincre ceux qui jusqu’à présent bottaient en touche.

Mardi 18 juin, le ministre italien des Affaires étrangères, Enzo Moavero Milanesi, a exprimé son soutien pour l’Allemand, le qualifiant de « candidat naturel » pour la présidence de la Commission.

« Nous devons bien entendu voir comme les autres se positionnent face à sa candidature, mais il est évident que Weber est le candidat naturel autour duquel les États devront se confronter au Conseil », a souligné Enzo Moavero Milanesi.

À la sortie du Conseil des affaires générales, ce dernier avait toutefois ajouté qu’il était « possible » qu’un accord ne soit pas trouvé cette semaine.

Ces dernières semaines, Donald Tusk a rencontré des chefs d’État et de gouvernement de l’UE et les dirigeants des groupes parlementaires européens afin de tenter de conclure les pourparlers avant la session d’ouverture du Parlement le 2 juillet.

Le président du Conseil tente d’évaluer la volonté de trouver un compromis sur les postes de direction, notamment la présidence de la Commission, du Parlement et du Conseil, ainsi que le poste de chef des affaires étrangères de l’UE.

Un responsable européen proche du dossier a déclaré qu’il y avait une « volonté manifeste d’aller de l’avant » et que les efforts des dirigeants de l’UE se concentreront sur ces nominations lors de leur rencontre à Bruxelles aujourd’hui.

Sánchez et Macron ouvrent le bal des négociations

Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, rencontrera le président français, Emmanuel Macron, à Paris le 27 mai, dans le but de placer des socialistes et sociaux-démocrates aux postes clés de l’UE. Les négociations commencent.

Pour sa part, le Parlement européen n’a pas encore trouvé d’accord de coalition, malgré les pourparlers pour une majorité pro-européenne entre le PPE, les libéraux, les verts et les socialistes.

Un diplomate européen au courant de la position française a déclaré qu’Emmanuel Macron n’avait « pas changé d’avis sur les Spitzenkandidaten » et soutient toujours que les critères les plus importants pour la présidence de l’exécutif sont le niveau de compétence et d’ambition.

« Nous avons besoin des bonnes personnes aux bons postes, de ceux qui sont capables d’être aux manettes », a affirmé le diplomate, tout en insistant sur le fait que la compétence, et non pas l’affiliation politique, était la préoccupation majeure d’Emmanuel Macron.

« Nous allons devoir prendre note de ce qui est possible et pas possible politiquement parlant », a-t-il poursuivi, ajoutant qu’il n’y avait aucune urgence à trouver un accord tout de suite. « Nous ne sommes pas en retard et nous avons beaucoup d’autres sujets à discuter lors du Conseil. »

De retour au Conseil, les sources européennes ne semblent pas de cet avis et soulignent l’urgence de trouver un accord sur la nomination aux plus hauts postes. Alors que le G20 se tiendra à Osaka les 28 et 29 juin, les dirigeants pourraient ne pas avoir le temps de se réunir à nouveau avant la première session plénière du Parlement le 2 juillet. Les chefs d’État français, allemand, italien, espagnol et néerlandais doivent tous participer au G20 aux côtés de Donald Tusk.

Une option pourrait être d’organiser un second sommet après les discussions du G20. « En théorie, il est possible de faire quelque chose avant le 1er juillet », affirme la source. « La semaine prochaine, ce sera compliqué, mais toutes les options sont sur la table. »

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