La France lorgne sur le secrétariat général de la Commission européenne

Martin Selmayr EPA-EFE/PATRICK SEEGER

Le départ de Martin Selmayr fin juillet laisse le poste de secrétariat général de l’exécutif européen ouvert que la France aimerait obtenir. Mais la main-mise de Macron sur les questions européennes pourrait faire naître des oppositions à ce projet.

C’était une des conditions de la nomination d’Ursula von der Leyen, évoquée lors du Conseil européen du 1er juillet dernier par la France, mais aussi d’autres pays: l’arrivée d’une Allemande à la tête de la Commission européenne ne pouvait se faire sans le départ du secrétaire général allemand de l’institution, Martin Selmayr.

L’argument a été confirmé par Ursula von der Leyen elle-même le 15 juillet au soir devant les élus du groupe PPE. La plupart des membres du gouvernement allemand, dont Merkel, lui étaient plutôt hostiles, en raison de son attitude autoritaire. Martin Selmayr a de fait contribué à renforcer l’indépendance de la Commission européenne par rapport aux États membres.

Une indépendance peu appréciée à Berlin ou Paris, les deux capitales gardant en travers de la gorge les arbitrages dans certains dossiers, comme l’interdiction de la fusion Alstom/Siemens, qui s’est faite contre leur avis.

Les eurodéputés demandent à la prochaine Commission d'évincer Selmayr

En l’absence de réaction de Jean-Claude Juncker, les eurodéputés ont appelé la prochaine Commission européenne à annuler la nomination de Martin Selmayr, le secrétaire général de la Commission.

La France souhaite maintenant prendre son tour à ce poste prestigieux, qui sera libre dès la fin juillet. Le fait que Selmayr ait suggéré au site Politico le nom d’Olivier Guersent, un candidat assez naturel, actuellement à la tête de la direction générale de la stabilité financière, fait grincer des dents côté français.

« Le fait que Selmayr l’ait cité joue en sa défaveur, alors que c’est un bon candidat », regrette François-Xavier Bellamy, chef de la délégation française  du PPE au Parlement européen. Les candidats ne manquent toutefois pas. L’idée que le poste échoue à un pays moins bien doté en terme de gros postes européens a été suggéré à l’Est.

La France garde en réserve d’autres candidats, dont le responsable de la DG Recherche, Jean-Eric Paquet.

Côté allemand, où le groupe PPE est remonté contre Emmanuel Macron qui a contribué à faire barrage à leur spitzenkandidat Manfred Weber, la crainte d’une perte d’influence est réelle.  Le groupe PPE a d’ailleurs montré sa rébellion dans le vote d’Ursula von der Leyen : une trentaine d’eurodéputés de droite, sur les X que compte le groupe, auraient voté contre la candidate allemande pour manifester leur mécontentement. Jusqu’alors, les secrétaires généraux du Parlement européen, Klaus Welle, comme de la Commission européenne, étaient tous deux issus du parti de droite CDU.

La France doit aussi arbitrer entre avoir un directeur de cabinet placé aux côtés d’Ursula von der Leyen ou un secrétaire général, sachant que revendiquer les deux postes pourrait risquer de se solder par en obtenir aucun.

Le retrait de la course au poste du procureur européen du candidat Jean-François Bonhert , annoncé le 16 juillet par l’Élysée, montre toutefois que la France tente de donner des gages à ses partenaires, en laissant en l’occurrence la place libre à la Roumaine Laura Kodruta Kovesi.

Les eurodéputés soutiennent la Roumaine Kövesi pour le futur Parquet européen

Le Parlement européen a voté en faveur de l’ancienne responsable anti-corruption roumaine, Laura Codruţa Kövesi, au poste de premier procureur européen. Une décision à contre-courant de celle des États membres, qui lui préfèrent son rival français.

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