La nomination d’Ursula von der Leyen à la tête de la Commission s’annonce délicate

Ursula von der Leyen

Le Conseil européen a finalement décidé de se rallier à la ministre allemande de la défense, Ursula von der Leyen, pour assurer la présidence de la Commission. Mais le Parlement européen risque de tiquer sur sa nomination.

Surprise surprise : la ministre de la défense Ursula Von der Leyen est un vainqueur inattendu de la course aux postes de haut niveau, après que les pourparlers marathon du Conseil eurent abouti à un nouveau « paquet » de nominations.

Les dirigeants se sont également mis d’accord sur le choix du président du Conseil, du chef de la Banque centrale européenne et du haut représentant de l’UE, qui seront respectivement Charles Michel (Belgique), Christine Lagarde (France) et Josep Borrell (Espagne). Tous les quatre parlent français et anglais.

Le président sortant du Conseil, Donald Tusk, a déclaré aux journalistes que l’Allemagne s’était abstenue lors du vote final, en raison de l’absence d’accord pour cette candidature au sein de la coalition au pouvoir. Les partenaires socialistes d’Angela Merkel ont refusé de soutenir la candidature de von der Leyen.

La ministre de la Défense devra désormais convaincre le Parlement pour se voir confirmeée dans ses fonctions de chef de la Commission. Les Verts ont déjà rejeté l’accord du Conseil alors que les socialistes, l’ont qualifié d' »inacceptable », et la gauche radicale pourrait faire de même.

La ministre d’Angela Merkel fait actuellement l’objet d’une enquête dans son pays d’origine pour des contrats de conseil sulfureux, et les députés sont furieux que le Conseil ait choisi un candidat qui n’a pas du tout été présent lors des campagnes électorales européennes.

Le Parlement demande le respect du Spitzenkandidat, les libéraux s’y opposent

Le processus de désignation du prochain président de la Commission devrait respecter le système Spitzenkandidat, ont déclaré les dirigeants des groupes politiques du Parlement européen dans une déclaration commune mardi (28 mai), malgré l’opposition du groupe libéral ADLE.

M. Tusk s’est néanmoins dit satisfait de tous les choix, et a insisté sur le fait que les dirigeants avaient pris leur décision à temps, avant que le Parlement ne vote sur son propre président. Il a ajouté qu’il s’agissait également d’un processus plus rapide qu’il y a cinq ans et qu’un consensus avait été atteint.

« C’est maintenant au Parlement européen de considérer Ursula von der Leyen comme présidente de la Commission » et au Parlement de décider de sa propre direction, a expliqué Tusk.

Selon Mme Merkel, les quatre noms ont été approuvés à l’unanimité, nonobstant sa propre abstention. L’élection de Michel est définitive, tandis que Lagarde et Borrell sont provisoires.

M. Tusk a déclaré que l’actuel Premier ministre belge, qui a de l’expérience dans la gestion de coalitions au pouvoir en Belgique,  » sera idéal pour parvenir à un consensus entre les États membres « , et que le ministre espagnol des Affaires étrangères Borrell  » sera un représentant fort « .

Lagarde a tweeté qu’elle était « honorée » par cette nomination et qu’elle « abandonnerait temporairement » ses fonctions au Fonds monétaire international. Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a confirmé que le portefeuille des affaires étrangères de Borrell prendra de l’importance.

Von der Leyen a finalement dépassé d’autres candidats comme le socialiste Frans Timmermans et la libérale Margrethe Vestager, qui ont été nommés par leur famille politique pour le poste à la Commission. Tous deux se sont vu promettre des postes de vice-présidence dans le cadre du prochain mandat.

Le président français Emmanuel Macron a déclaré qu’il comptait sur eux pour se voir confier la « plus haute responsabilité » et a suggéré que Vestager reçoive une position liée aux questions écologiques.

Le négociateur de Brexit, Michel Barnier, n’aurait pas beaucoup participé aux consultations des dirigeants, malgré les spéculations selon lesquelles une offre de dernière minute se concrétiserait.

Gagnants et perdants

Le Parti populaire européen a gagné gros en conservant la tête de la Commission malgré son recul lors des élections européennes de mai et face à la coalition progressiste des socialistes, des libéraux et des verts.

Il a également réussi à installer un membre de ses rangs dans le siège de la BCE, bien que le fait qu’elle ne soit pas une banquière centrale ait déjà soulevé des questions quant à son aptitude. Elle devra être auditionnée lors d’une interview interne à la BCE.

Christine Lagarde, un profil qui détonne à la BCE

Avocate de formation, membre de la droite française, Christine Lagarde a été nommée pour prendre la succession de Mario Draghi. La directrice du FMI présente un profil atypique, du fait de son absence d’expérience bancaire et de quelques casseroles.

Les socialistes européens ont qualifié cette liste de noms de « profondément décevante » et le chef du groupe, Iratxe Garcia, a déclaré qu’il était « inacceptable » que Timmermans et le système Spitzenkandidat aient été abandonnés.

Les Verts ont déclaré que l’accord du Conseil  » ne respecte pas le processus de candidature à la présidence et les résultats des élections européennes « , le qualifiant de  » faux coup monté en coulisse « , et ont appelé à  » un changement politique en Europe « .

 

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