La Pologne défend une Europe des États 

Jacek Czaputowicz, ministre des Affaires étrangères polonais, à une conférence de presse à Varsovie le 26 Mars 2018. [EPA-EFE]

Le ministre des Affaires étrangères polonais a appelé jeudi 5 avril à un renforcement du rôle des États et des Parlements nationaux dans le processus de décision européen.

Lors d’une conférence le 5 avril à l’Institut français des relations internationales (Ifri), le ministre des Affaires étrangères Jacek Czaputowicz a livré la vision polonaise du futur de l’Union européenne. Au programme, le pays prévoit « un renforcement du pouvoir des États dans le processus de décision », qui, selon les explications du ministre, serait la conséquence d’un éloignement progressif de l’Union européenne du modèle de fédération.

Varsovie accuse Bruxelles d'être au service des grands États

Le ministre polonais des Affaires étrangères a présenté ses objectifs pour 2018. Il se concentre sur la sécurité et critique les institutions européennes, qui agissent selon lui comme un « super-gouvernement ». Un article d’Euractiv Pologne.

« Ce n’est pas que la Pologne est contre l’idée de fédération de l’UE, mais parce que l’UE a dérivé de l’idée de fédération », a assuré ce dernier.

Pour Jacek Czaputowicz, la Commission européenne est de plus en plus portée sur la protection des intérêts des grands États. Une approche qui s’illustrerait, selon les exemples cités par le ministre, par la crise grecque ou encore les mesures visant la Hongrie et la Pologne sur l’État de droit. En décembre 2017, la Commission européenne a lancé contre cette dernière l’article 7 sur la sauvegarde de l’État de droit, pouvant aboutir si validé à une suspension des droits de vote du pays.

Le PiS fait des concessions cosmétiques à Bruxelles

Des membres du parti majoritaire polonais ont proposé des amendements aux réformes judiciaires qui ont mis Varsovie dans le collimateur de l’UE. Reste à voir si ces changements suffiront à rassurer Bruxelles. Un article d’Euractiv Pologne.

Focus sur la compétition dans le marché unique

Dans la vision polonaise pour le futur de l’UE, le ministre a détaillé quatre axes à savoir l’unité des États membres, la valorisation d’une défense européenne, le rôle des Parlements nationaux et la préservation des quatre libertés de mouvement du marché unique.

Jacek Czaputowicz a appelé à préserver la concurrence au sein de ce dernier, contre l’érection de barrière sous le « prétexte » social. Une référence non voilée à la polémique divisant Paris et Varsovie sur les travailleurs détachés. Depuis septembre dernier, Emmanuel Macron mène l’offensive au niveau européen, avec pour objectif affiché d’encadrer davantage cette pratique pour lutter contre le dumping social. Pour la Pologne au contraire, cela mettrait en cause la liberté de mouvement des travailleurs, l’une des quatre libertés fondamentales du marché unique.

« Nous n’acceptons pas les règles du jeu selon lesquels notre avantage compétitif doit être diminué par des règles imposées par des partenaires plus forts » a ainsi assuré le chef des affaires étrangères polonais.

Quid des consultations citoyennes

La Pologne souhaite également renforcer le rôle des Parlements nationaux dans le processus de décision européen. Une forme de démocratie représentative à laquelle Jacek Czaputowicz a opposé la démocratie délibérative, basée sur une consultation des citoyens et de la société civile et dont un bon exemple correspond aux consultations citoyennes portées par Emmanuel Macron.

La Pologne a confirmé sa participation au projet qui rassemble aujourd’hui 26 États membres, selon le gouvernement français. La forme des consultations étant déterminée par chaque État, la Pologne pourrait néanmoins infléchir cette dernière pour assurer le maintien du rôle de son Parlement. Ce dernier est dominé par le parti conservateur Droit et justice qui, malgré ses déboirs actuels avec Bruxelles, est pour l’intégration européenne selon le ministre.

Le groupe de Visegrad rallie prudemment le projet de consultation citoyenne

Trois des quatre États membres du groupe de Visegrad vont participer au projet de consultations citoyennes d’Emmanuel Macron. Seule la Hongrie réserve encore sa réponse.

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