La plupart des investissements prévus par le plan de relance polonais pourraient ne pas être mis en œuvre avant la fin du mois d’août 2026. Ils pourraient ainsi ne pas remplir les conditions pour recevoir des financements de l’UE, selon une analyse du cabinet de conseil Crido. Ce sont 43 des 56 investissements prévus par le plan qui pourraient ne pas être éligibles à un financement si le plan de relance de la Pologne restait inchangé.
De nombreux projets inclus dans le plan de relance du pays n’ont même pas été lancés, ce qui signifie qu’il n’y a aucune chance qu’ils soient achevés d’ici le 31 août 2026.
« Dans ce cas, la Pologne ne recevra pas de refinancement de l’UE [pour ces investissements] puisque la condition pour les paiements est l’achèvement d’un investissement », a déclaré Łukasz Kościjańczuk du Crido à l’agence de presse polonaise (PAP).
Selon l’analyse du Crido, 43 des 56 investissements inclus dans le plan de relance risquent de ne pas être achevés ou d’être retirés du plan.
« Deux années ont été perdues », a ajouté M. Kościjańczuk.
En raison des préoccupations de la Commission européenne concernant l’État de droit en Pologne sous le précédent gouvernement nationaliste Droit et Justice (PiS, CRE), les fonds de relance et de cohésion pour la Pologne ont jusqu’à présent été gelés, ce qui a entraîné un retard dans la mise en œuvre du plan.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé vendredi dernier (23 février) à Varsovie que Bruxelles débloquerait 137 milliards d’euros de l’enveloppe allouée à la Pologne au titre du fonds de relance NextGenerationEU et des fonds de cohésion de l’Union européenne.
La décision de la Commission fait suite aux réformes mises en œuvre par le gouvernement pro-UE dirigé par le Premier ministre Donald Tusk, qui visent à rétablir l’État de droit et l’ordre démocratique en Pologne, des réformes qui touchent jusqu’à maintenant principalement le système judiciaire.
Le plan polonais de relance et de résilience (KPO) comprend 56 investissements et 55 réformes visant à renforcer l’économie polonaise à la suite de la pandémie de COVID-19. L’allocation totale de l’UE à la Pologne pour la mise en œuvre du plan est de 59,8 milliards d’euros, dont 25,27 milliards d’euros sous forme de subventions et 34,54 milliards d’euros sous forme de prêts.
Le volet D du plan, qui concerne les soins de santé, est le plus touché par la situation. Dans ce volet, 98 % des investissements sont menacés. « Leur coût total s’élève à 19,3 milliards de złotys [4,5 milliards d’euros] », a déclaré M. Kościjańczuk à la PAP.
M. Kościjańczuk estime que le plan doit être révisé, bien que le processus de préparation de la révision et d’approbation des changements par Bruxelles puisse prendre plusieurs mois.
La proposition de révision est actuellement préparée par le ministère polonais des Fonds européens et de la Politique régionale et devrait être achevée et soumise au Premier ministre Donald Tusk avant la fin du mois, a déclaré la ministre Katarzyna Pełczyńska-Nałęcz.
« Il y aura une définition claire […] de ce que nous changeons, des investissements qui devraient être légèrement modifiés pour les rendre plus raisonnables, pour qu’ils s’intègrent d’ici 2026, et de ceux qui n’ont pas de sens », a-t-elle expliqué.
Interrogé sur d’éventuels désaccords entre le gouvernement et Bruxelles sur la forme que devrait prendre le plan révisé, Piotr Maciej Kaczyński, expert européen à la Fondation Bronisław Geremek, a déclaré qu’il pensait que Varsovie parviendrait à un accord avec la Commission.
Soit des changements seront apportés au calendrier de mise en œuvre des projets si davantage de pays peinent à dépenser l’argent à temps, soit des changements seront apportés à des projets spécifiques du plan de relance polonais afin qu’ils soient éligibles au refinancement de l’UE, a déclaré M. Kaczyński à Euractiv.
« Je reste optimiste sur le fait que l’argent des contribuables européens ne sera pas gaspillé. À cet égard, la Pologne a toujours été un exemple à suivre », a-t-il ajouté.


