Le gouverneur de la banque centrale polonaise, Adam Glapiński, est protégé par le droit européen contre toute poursuite illégale de la part du futur gouvernement polonais, a martelé mardi (5 décembre) la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde.
La coalition des trois blocs dirigée par Donald Tusk, susceptible d’accéder au pouvoir dans les prochains jours, a M. Glapiński dans son giron.
En effet, M. Tusk affirme que la banque centrale polonaise, loin d’être indépendante, a fait en sorte d’adapter sa politique monétaire aux demandes de l’ancien gouvernement du PiS, allant ainsi à l’encontre de ses obligations constitutionnelles.
Mi-novembre, le président de la Banque centrale, Adam Glapiński, a fait part des accusations – infondées, précise-t-il – qui étaient portées contre lui auprès de la BCE, instance monétaire européenne.
« Les statuts de la banque centrale polonaise et de la BCE, qui garantissent leur indépendance, offrent une protection au cas où un tribunal d’Etat tenterait de vous poursuivre », a répondu Mme Lagarde dans un retour de lettre, daté du 1er décembre et publié lundi (4 décembre).
Elle a ajouté qu’une éventuelle poursuite serait illégale car elle pourrait entraîner une suspension automatique de M. Glapiński en tant que directeur de la banque centrale et membre du conseil général de la BCE.
Une motion visant à traduire un responsable politique devant le tribunal d’État polonais peut être soumise au parlement par le président ou par au moins 115 des 460 députés. Le Parlement adopte une résolution à la majorité absolue des voix, en présence d’au moins la moitié du nombre statutaire de députés.
Si la résolution est adoptée et que le tribunal est saisi de l’affaire, M. Glapiński sera suspendu de ses fonctions, qui seront reprises par le gouverneur adjoint de la banque centrale.
Commentant l’éventuelle poursuite de M. Glapiński, M. Tusk, le probable futur premier ministre, a déclaré que son groupe ne ferait rien qui puisse nuire à la stabilité de la Pologne ou à sa réputation à l’étranger.
Il a toutefois admis plus tôt que son camp envisageait d’agir contre le gouverneur. « Nous examinons l’affaire car nous voulons utiliser cet instrument solennel de manière responsable », a-t-il déclaré.
Ryszard Petru, un député du parti Pologne 2050, qui fait partie de la coalition de M. Tusk, a déclaré à la station de radio privée TOK FM lundi (4 décembre) qu’une motion contre M.Glapiński avait été préparée, mais qu’il n’y avait pas eu de décision politique à ce sujet.
La plupart des Polonais souhaiteraient que Glapiński soit poursuivi, selon le dernier sondage réalisé par United Survey pour la station de radio privée RMF FM et le quotidien Dziennik Gazeta Prawna.
54 % des personnes interrogées se sont déclarées favorables à des poursuites judiciaires du gouverneur de la banque centrale, 31 % s’y sont opposées et 16 % n’ont pas d’opinion.

