Le Parlement européen a décidé mardi (27 février) d’interdire l’accès à ses locaux aux représentants d’Amazon, l’entreprise américaine ayant manqué de se rendre à plusieurs réunions organisées par des membres du Parlement européen, a confirmé le service de presse de l’institution à Euractiv.
« Conformément à l’article 123/3 [du règlement intérieur du Parlement européen] et à la demande de la commission [de l’Emploi et des Affaires sociales], les questeurs ont autorisé le secrétaire général [Alessandro Chiocchetti] à retirer les badges d’accès permanents des représentants d’intérêts d’Amazon. »
Il est maintenant de la responsabilité du secrétaire général d’initier concrètement le processus de retrait des badges des représentants d’Amazon et de déterminer la durée de l’interdiction, a expliqué à Euractiv une source du Parlement européen proche du dossier.
Dans une note de la Conférence des présidents, consultée par Euractiv, on peut lire qu’une majorité en faveur d’une telle décision s’était déjà constituée la semaine dernière au sein des groupes politiques du Parlement européen.
L’interdiction a été finalisée par les questeurs, qui supervisent les questions administratives du Parlement européen, à savoir les législateurs Victor Negrescu, Fabienne Keller et Marcel Kolaja.
« Nous sommes très déçus de cette décision, car nous voulons collaborer de manière constructive avec les décideurs politiques […] Nous maintenons notre engagement malgré cette décision », a commenté un porte-parole d’Amazon.
« Amazon participe régulièrement à des activités organisées par le Parlement européen et d’autres institutions de l’UE — y compris des auditions parlementaires — et nous restons déterminés à participer à un dialogue équilibré et constructif sur les questions qui touchent les citoyens européens », a confié le porte-parole à Euractiv.
Début février, la commission de l’Emploi et des Affaires sociales (EMPL) du Parlement européen a envoyé une lettre à la présidente de l’hémicycle, Roberta Metsola, pour se plaindre du comportement d’Amazon à l’égard de l’institution européenne.
Selon le président de la commission EMPL, Dragos Pîslaru, qui a signé la lettre, l’entreprise américaine a refusé d’assister à plusieurs réunions avec les législateurs de l’UE pour discuter des conditions de travail de ses employés.
La commission parlementaire a demandé à ce que les badges des représentants d’Amazon soient retirés, afin qu’ils ne puissent pas accéder aux locaux du Parlement européen.
« En conséquence du refus répété d’Amazon d’assister aux auditions de la commission EMPL, nous voudrions demander que des mesures appropriées soient mises en place pour retirer les badges d’accès aux locaux du Parlement européen aux représentants d’intérêts enregistrés d’Amazon », a souligné M. Pîslaru
Quatre exemples d’accrocs entre le Parlement et Amazon sont évoqués dans la lettre. L’un d’eux est le suivant : en mai 2021, Amazon a refusé de participer à une audition intitulée « Les attaques d’Amazon contre les droits et libertés fondamentaux des travailleurs : la liberté de réunion et d’association, et le droit à la négociation et à l’action collectives ».
Le deuxième incident concerne le refus du PDG d’Amazon, Jeff Bezos, d’assister à un débat avec des eurodéputés, l’entreprise ayant préféré faire part de son point de vue par écrit, sans qu’aucun haut représentant ne se rende sur place pour le remplacer.
La lettre mentionne également le refus des responsables d’Amazon de se plier aux demandes du Parlement à deux reprises, en décembre 2023 et janvier 2024. En décembre 2023, Amazon a refusé à un groupe d’eurodéputés l’accès à ses entrepôts en Allemagne et en Pologne, tandis qu’en janvier, l’entreprise américaine a à nouveau choisi de ne pas se présenter à une autre réunion d’une commission parlementaire consacrée aux conditions de travail de ses employés.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]


