Le scandale de pédophilie en Pologne pourrait faire basculer l’élection européenne

Procession en Pologne le 31 mai 2018. [EPA-EFE/Darek Delmanowicz]

L’onde de choc soulevée en Pologne par un documentaire sur la pédophilie dans l’Église catholique risque de pénaliser le parti conservateur au pouvoir, proche de cette institution, à l’approche des élections au Parlement européen.

Les deux principales forces politiques qui s’affrontent – les conservateurs de Droit et Justice (PiS) et la Coalition européenne de plusieurs partis d’opposition – sont au coude à coude dans les sondages.

Ainsi, au scrutin du 26 mai « cette affaire risque de faire pencher la balance du côté de l’opposition », dit à l’AFP le politologue de l’Académie polonaise des sciences Stanislaw Mocek.

Autrement dit, le PiS, au pouvoir depuis 2015, risque de payer cher sa grande proximité avec l’Eglise catholique, sur la sellette.

« Nous avons en Pologne une alliance du trône et de l’autel », reconnaît le chercheur, « une symbiose qui convient aux deux parties ».

Posté samedi dernier sur YouTube, le film des frères Tomasz et Marek Sekielski a été visionné depuis plus de 17 millions de fois, alors que les médias regorgent de révélations, témoignages et commentaires sur les abus sexuels commis par des prêtres à l’égard des mineurs.

Église polonaise : avec le peuple ou le pouvoir ?

L’alliance du trône et de l’autel s’est toujours soldée par des échecs. N’étant ni durable ni efficace, elle ne conduit qu’à une dépendance gênante et à un asservissement mutuel. In fine à un désaveu et à une laïcisation poussée de la société. Une tribune publiée sur Ouest-France.

Pas de changements cosmétiques

Deux éléments dominent : critiques à l’égard des évêques qui n’ont pas réagi efficacement aux abus connus, et demandes de créer une commission d’enquête indépendante pour faire toute la lumière sur ce phénomène.

Aux européennes, le déplacement de 1 % ou 2 % des voix sous l’effet du scandale de pédophilie peut s’avérer décisif, estime le professeur Stanislaw Mocek.

L’anthropologue et théologien de l’Université de Varsovie Stanislaw Obirek, ancien jésuite, va plus loin. Il croit savoir que « la panique règne » tant dans le PiS qu’au sein de l’épiscopat et pense que la visite en juin de l’archevêque maltais Charles Scicluna, grand expert du Vatican sur les abus sexuels, risque de déboucher sur des démissions en série d’évêques polonais.

« Ce ne seront pas des changements cosmétiques », prédit l’ancien prêtre jésuite, passé à l’état laïc en 2005.

Le parti conservateur a réagi immédiatement au danger. Fidèle à son style d’action éclair, son chef Jaroslaw Kaczynski a annoncé dès dimanche un durcissement considérable des peines pour pédophilie, portées jusqu’à 30 ans de prison. L’âge de consentement à l’acte sexuel doit passer de 15 à 16 ans.

« L’aile dure du PiS déteste les femmes »

Des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues des villes polonaises le 23 mars pour protester contre une proposition de loi visant à durcir la législation sur l’avortement. Un article d’Euractiv Pologne.

« Cléricalisme »

Le projet de loi a déjà été examiné mercredi et jeudi au parlement et pourrait devenir loi dans les prochains jours, le PiS disposant de la majorité absolue.

Toutefois la porte-parole du gouvernement Joanna Kopcinska a démenti fermement comme « absurde » tout lien avec la campagne pour les élections européennes, en soulignant que les modifications du Code pénal étaient préparées « depuis plus de dix mois ».

L’influent religieux rédemptoriste Tadeusz Rydzyk, à la tête de la station catholique Radio Maryja, a de son côté dénoncé « la battue » inspirée par « la haine » de l’Église.

Si la motivation de la campagne contre la pédophilie était la recherche du bien, a-t-il dit en substance, « on citerait aussi le pourcentage de personnes coupables de ces crimes dans les autres groupes sociaux et on montrerait que le pourcentage des prêtres est faible ».

De son côté, le vice-Premier ministre Jaroslaw Gowin a reconnu que le débat sur la pédophilie « risque d’avoir certaines conséquences électorales ».

Quant à l’Église, le théologien Stanislaw Obirek pense qu’elle est « au seuil de changements fondamentaux ».

En visite à Varsovie, le supérieur général de la Compagnie de Jésus, le Vénézuélien Arturo Sosa, a déclaré mercredi, lors d’une rencontre publique, que les problèmes de l’Église catholique étaient dus au « cléricalisme », à savoir la domination excessive du clergé sur les fidèles, et au manque de transparence au sein de l’institution religieuse.

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