Les eurodéputés soutiennent la Roumaine Kövesi pour le futur Parquet européen

Laura Codruta Kovesi [EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

Le Parlement européen a voté en faveur de l’ancienne responsable anti-corruption roumaine, Laura Codruţa Kövesi, au poste de premier procureur européen. Une décision à contre-courant de celle des États membres, qui lui préfèrent son rival français.

La volonté du Parlement européen est que Laura Codruţa Kövesi, qui a fait face à l’opposition féroce du gouvernement de son pays, la Roumanie, dirige le futur Parquet européen.

Lors d’un vote secret à la commission parlementaire des libertés civiles (LIBE), le 26 février, Laura Codruţa Kövesi a obtenu 26 voix, le candidat français Jean-François Bohnert en a reçu 22 et l’Allemand Andreas Ritter une seule.

La candidate roumaine a aussi obtenu le score le plus élevé lors du vote de la commission du contrôle budgétaire (12 voix), le Français en a remporté 11 et l’Allemand une seule à nouveau, selon le bureau de presse du Parlement européen.

La proposition des deux commissions parlementaires sera maintenant envoyée à la Conférence des présidents et au président du Parlement européen, Antonio Tajani.

Trois candidats au parquet européen

Les eurodéputés auditionnent les trois candidats au premier poste de procureur en chef du Parquet européen le 26 févier.

Au Conseil, qui représente les 28 États membres, Jean-François Bohnert est le candidat qui a obtenu le plus de voix, 50, suivi de Laura Codruţa Kövesi et d’Andreas Ritter, avec 29 voix chacun. Selon les médias de Bucarest, l’ambassadeur roumain a voté pour le candidat français.

Les autorités roumaines ont fait circuler des informations négatives sur le travail de Laura Codruţa Kövesi en tant que cheffe de l’agence anticorruption roumaine (DNA) et ont fait pression auprès des autres gouvernements pour voter contre elle.

« J’ai été procureure pendant plus de 23 ans, donc pendant la moitié de ma vie. Mon travail est de rendre justice lorsque le droit pénal est violé. J’ai occupé les plus hauts postes en Roumanie, celui de procureur général pendant six ans, et celui de cheffe de la DNA pendant cinq ans », a affirmé Laura Codruţa Kövesi devant les eurodéputés.

Pendant qu’elle occupait son poste, la DNA poursuivait 1 000 suspects chaque année, a-t-elle expliqué. Environ 900 ont été reconnus coupables, dont 60 hauts responsables liés au parti socialiste, au pouvoir. La DNA a tenu bon malgré la forte pression politique qui lui était imposée durant son mandat.

Une magistrate roumaine bientôt procureure de l’UE?

Laura Codruţa Kövesi, de l’agence anticorruption roumaine, est la candidate la plus en vue pour le poste de tout premier procureur général du Parquet européen.

Le Parquet européen devrait débuter son travail fin 2020, et cibler avant tout les délits liés aux fonds européens. Au total, 22 États membres ont accepté d’y participer.

Pour être nommé, un candidat a besoin du soutien du Parlement et du Conseil européens. Avant le vote final, un trio d’ambassadeurs, de Finlande, de Croatie et du Portugal négociera avec le Parlement pour choisir le favori.

Le trio a été choisi en fonction de pays détenant ou allant détenir la présidence de l’UE. Les pays dont sont issus les candidats ne pouvant pas participer à ce niveau, la Finlande remplace la Roumanie, qui détient actuellement la présidence tournante de l’UE.

La Finlande et la Croatie sont les prochains pays qui assureront la présidence de l’UE, et le Portugal a pris la place de l’Allemagne, dont le candidat faisait partie des trois finalistes pour le poste.

Les délibérations du Parlement auront lieu le 7 mars. Le Conseil s’exprimera quant à lui par une majorité simple, c’est-à-dire avec 12 voix.

« L’objectif des deux institutions est de prendre la décision avant les élections européennes de mai », a  déclaré un responsable du Conseil. Le choix de Laura Codruţa Kövesi risque toutefois de déclencher une dispute entre les deux institutions. La magistrate a été présélectionnée par un comité de spécialistes.

En tant que cheffe de l’agence roumaine de lutte contre la corruption, Laura Codruţa Kövesi a obtenu un soutien à Bruxelles et dans les capitales européennes, mais pas dans son pays d’origine, souvent considéré comme l’un des membres les plus corrompus de l’UE, où les sociaux-démocrates au pouvoir (PSD) l’ont retiré de son poste en juillet dernier après une forte hausse des condamnations.

Certains attribuent cette opposition aux efforts des autorités roumaines pour protéger les politiciens du parti au pouvoir soupçonnés de corruption.

Au cours de l’audition, Laura Codruţa Kövesi a tenté de réfuter les allégations faites par certains représentants du S&D et de l’ADLE : « Je sais que vous avez été exposé à des informations négatives à mon sujet. Je n’ai rien à cacher, je suis à votre disposition pour répondre à toutes vos questions. »

La campagne du gouvernement roumain contre Laura Codruţa Kövesi a été vivement critiquée par certains membres du Parlement européen, ce qui fait de la décision d’aujourd’hui un signe possible de désapprobation envers les autorités roumaines.

 

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