Angela Merkel appelle au compromis en prévision du prochain sommet européen

La chancelière allemande, Angela Merkel, le 8 juillet. [EPA-EFE/Yves Herman/Pool]

La chancelière allemande Angela Merkel s’est rendue mercredi 8 juillet au Parlement européen, où elle a présenté les priorités de la présidence allemande. Elle a notamment insisté sur les droits fondamentaux, la cohésion, la protection du climat, le passage au numérique et l’action à l’échelle mondiale.

Angela Merkel a, comme lors de son allocution au Bundestag quelques jours plus tôt, associé les mesures nationales de confinement contre la pandémie à une restriction des « droits fondamentaux les plus élémentaires ». En tant qu’ancienne citoyenne de la République démocratique allemande communiste, elle a admis qu’il s’agissait d’une décision « extrêmement difficile » à prendre.

La cheffe de l’exécutif allemand s’est exprimé avant de se retrouver avec la présidente de la Commission Ursula von der Leyen, le président du Parlement David Sassoli, et le président du Conseil européen Charles Michel. La réunion a porté sur les négociations autour du prochain budget septennal de l’UE, le « cadre financier pluriannuel » (CFP), en amont du sommet des dirigeants européens les 17 et 18 juillet prochains.

Les fonds d’abord, l’État de droit ensuite

Le discours d’Angela Merkel au Parlement n’a pas suffi à convaincre les eurodéputés de son engagement à faire respecter l’État de droit au cours de la présidence allemande du Conseil. À plusieurs reprises, les législateurs européens lui ont demandé de s’exprimer clairement sur le sujet.

C’est sans doute parce que la chancelière a fait comprendre, lors des négociations sur les aides et le budget de l’UE quelques jours plus tôt, qu’elle ne s’efforcerait pas de lier l’octroi des fonds européens au respect de l’État de droit.

« Pour lier les fonds à l’État de droit […], il faut déjà des fonds », a-t-elle déclaré pendant une conférence de presse la semaine dernière. Dacian Cioloș, le chef du groupe Renew Europe au Parlement, a rappelé cette affirmation à la chancelière, en marquant son désaccord.

En réponse, Angela Merkel s’est paraphrasée : « L’État de droit constitue une priorité absolue » pour Berlin, mais nous devons « aussi poser les fondations sur lesquelles travailler ». À ce titre, il faudra être « prêts à faire des compromis », a-t-elle ajouté.

La dirigeante a aussi refroidi les ardeurs à propos de l’utilisation de ressources propres européennes pour rembourser les prêts du fonds de sauvetage. Elle a appelé à « faire preuve de considération » envers les États qui avaient déjà prévu des fonds dans leurs budgets — qui allaient soudainement affluer à Bruxelles dans le cas où de nouvelles taxes européennes seraient imposées.

De manière générale, Angela Merkel a mis en garde sur « l’augmentation concrète de taxes cachés » sous le couvert de financements européens. Mais elle s’est tout de même dite favorable à une taxe numérique.

L'Allemagne reprend la présidence d’une UE en crise. Décryptage

L’Allemagne prend la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne le 1er juillet pour une durée de six mois. Cette responsabilité lui échoit à un moment où l’UE est confrontée à des défis sans précédents et où les attentes à l’égard du leadership et des compétences diplomatiques de l’Allemagne sont plus élevées fortes que jamais.

Le Parlement se montre ambitieux

Les pourparlers sur le CFP et le fonds de relance risquent donc d’être compliqués, et pas seulement pour les chefs d’État. Avant l’allocution d’Angela Merkel, David Sassoli a clairement signifié que le Parlement ne considérait pas la proposition de budget de la Commission comme « un objectif, mais un point de départ ».

Pour l’eurodéputé sociodémocrate Udo Bullmann, le fonds de relance représente une « formidable opportunité ». L’Allemagne pourrait en effet devenir le « moteur pour surmonter la crise », a-t-il indiqué à Euractiv Allemagne. Reste à savoir si l’argent sera versé là où c’est nécessaire, a ajouté l’eurodéputé, qui attend des « réponses claires » de la part d’Angela Merkel et Ursula von der Leyen.

Les Verts insistent sur la solidarité et la protection du climat

La lutte contre le changement climatique, qui, selon la chancelière, fera partie des priorités de la présidence allemande, jouera un rôle important dans ce sens. Lors de son discours, Angela Merkel s’est à nouveau prononcée en faveur d’une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 50 ou 55 % d’ici à 2030.

Mais pour les Verts/ALE, cet objectif n’est pas assez ambitieux. Lors de la plénière du 8 juillet, Ska Keller, la porte-parole du groupe, a réitéré l’appel à une diminution des émissions de 65 % à l’horizon 2030. Les écologistes souhaitent par ailleurs que l’allocation des fonds du CFP dépende de l’application des normes climatiques.

Pour Ska Keller, la proposition de la Commission ne pourra être soutenue que si elle est ambitieuse. Parallèlement, le plan de relance ne devra pas « augmenter le niveau d’endettement de certains pays ». Son collège de parti, Sven Giegold, a aussi plaidé pour que le « principe d’investissement solidaire […] devienne le modèle économique à long terme en Europe ».

Angela Merkel, David Sassoli, Charles Michel et Ursula von der Leyen auront donc du pain sur la planche lors des premières négociations de ce mercredi soir.

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À l’occasion du mini-sommet qui réunit ce 8 juillet les présidents des institutions européennes et la chancelière allemande Angela Merkel, présidente du Conseil de l’UE, Euractiv Italie a interviewé le président du Parlement européen, David Sassoli.

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