Obstruction, subventions : le FN coûte cher au Parlement européen

Depuis 2014, le Front national utilise de plus en plus le Parlement européen pour gagner en envergure politique. Des pratiques que l’institution peine à encadrer, dénonce l’eurodéputée Pervenche Berès dans un livre.

L’encadrement des pratiques et du discours des élus anti-européens est un véritable casse-tête pour l’institution, surtout depuis l’arrivée massive d’une famille politique eurosceptique à Bruxelles.

Dans son livre* publié en partenariat avec la Fondation Jean Jaurès, l’eurodéputée socialiste française Pervenche Berès propose un témoignage en direct de l’intérieur de l’institution.

Le Parlement impuissant face aux propos sexistes des eurodéputés

Le vice-président du Parlement européen, Ramón Luis Valcárcel, a proposé le 7 mars une « sanction maximale » contre l’eurodéputé polonais Janusz Korwin-Mikke, « un personnage grossier », qui tient régulièrement des propos misogynes. Un article de notre partenaire Euroefe.

Le vice-président du Parlement européen, Ramón Luis Valcárcel, a proposé le 7 mars une « sanction maximale » contre l’eurodéputé polonais Janusz Korwin-Mikke, « un personnage grossier », qui tient régulièrement des propos misogynes. Un article de notre partenaire Euroefe.

Point de départ, les élections européennes de 2014, où la France place pour la première fois en tête d’un scrutin national le parti d’extrême droite. « Ce livre est une réaction à cette élection. En tant que députée, j’ai été choquée par l’importance du vote FN, qui leur a donné 1/3 des sièges français » explique Pervenche Berès.

« Cela voulait dire que le FN allait se servir de l’institution comme d’un tremplin et que nous allions être aux premières loges » explique-t-elle. Et en deux ans et demi, le parti de Martine Le Pen a réussi à s’imposer au sein de l’hémicycle, accompagné par une vague  eurosceptique qui a touché plusieurs pays en Europe.

Une tendance européenne

« Le Royaume-Uni avec le UK Independence Party (UKIP), la Belgique avec l’Alliance néoflamande ou le Danemark avec le Parti du peuple danois (DF) ont connu les mêmes résultats », souligne l’ouvrage.

Encore plus à droite de l’échiquier politique, « le sulfureux parti Jobbik hongrois ou encore le Parti pour la liberté (PVV) aux Pays-Bas sont arrivés en deuxième position, tandis que les Vrais Finlandais remportaient la troisième place » énumère l’eurodéputée.

Résultat, ce sont environ 160 eurodéputés opposés au projet européen qui siègent aujourd’hui au sein de l’institution, devenue «  le camp de base du parti frontiste. »

Failles du système

Problème, au Parlement européen, les règles qui encadrent l’utilisation des ressources de l’institution par les élus sont faites « pour les gens de bonne foi », reconnait Pervenche Berès.

Un boulevard pour ces élus qui souhaitent détruire l’Europe de l’intérieur. Parmi les pratiques dénoncées par Pervenche Berès, figure l’acharnement législatif dont font parfois preuve les élus frontistes, sur des sujet d’une importance toute relative, ou sur lesquels l’UE n’a pas de compétences.

« Sophie Montel a déposé plus de 360 propositions de résolution depuis le début du mandat […] Dominique Bilde, […] a présenté près de 280 propositions de résolution et posé plus de 275 questions écrites à la Commission européenne depuis août 2014. » détaille le livre.

Une suractivité qui coûte cher, puisque que le traitement d’une question parlementaire revient à  1500 euros. « Cette situation a d’ailleurs conduit le Parlement européen à contingenter la possibilité pour les membres de faire usage de ces outils parlementaires » précise le live.

Autre pratique dénoncée dans l’ouvrage, la mise à profit des financements parlementaires par le parti. « Parmi les 20 députés frontistes qui constituent la délégation FN, 15 figurent dans le dernier organigramme de direction publié par le FN, et 6 des 7 membres qui composent le bureau exécutif (gouvernement resserré du parti) sont députés européens. » affirme le livre.

« Les élus du Front national utilisent et mettent à profit les moyens que leur offre la démocratie européenne pour se structurer et lutter contre elle », souligne Pervenche Berès.

Groupe parlementaire

Mais le Parlement peine à lutter contre cet état de fait. D’abord car le FN s’est structuré aux côtés d’autres partis depuis 2014. « Au début, il y avait un discours qui consistait à dire que la création d’un groupe parlementaire était tellement antinomique que cela n’arriverait jamais » se rappelle Pervenche Berès

Mais en 2015, le Front national et ses alliés créent un groupe politique, aujourd’hui composé de 40 députés de neuf nationalités différentes. « La constitution de ce groupe va de pair avec l’allocation de financements de l’ordre de 3,2 millions d’euros par an et d’une équipe de 59 collaborateurs équivalent temps plein », souligne le livre.

Cordon sanitaire

Pour l’heure, la pratique informelle du « cordon sanitaire » semble fonctionner. Elle consiste pour les groupes politiques à se fédérer afin de ne pas laisser des postes à responsabilité aux eurodéputés issus de groupe résolument anti-européen. « Cela fonctionne, car après la mi-mandat ils n’ont obtenu aucune présidence de commission » affirme Pervenche Berès.

L’exercice a pourtant ses limites, les pouvoirs de l’institution pour se défendre contre les détracteurs de ses valeurs fondamentales étant limités. « C’est le dilemme du démocrate qui utilise la censure » résume l’eurodéputée socialiste.

Le problème se pose aussi au niveau du financement des partis politiques européens, dont certains affiliés à l’extrême-droite bénéficient de financements européens.  « Il faudrait par exemple que ceux qui reçoivent les financements de l’UE acceptent les principes inscrits dans le traité de Lisonne » a suggéré l’eurodéputé allemand Manfred Weber lors d’une conférence de presse à Strasbourg.

*« Son vrai visage. Témoignage sur le FN au Parlement européen

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