Paris et Berlin continuent de s’écharper sur la présidence de la Commission européenne

EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ

Alors que les vingt-huit Etats membres se retrouvent ce jeudi 20 juin, pour un sommet européen consacré a la nomination des dirigeants des principales institutions européennes, les tensions entre Paris et Berlin rendent un accord très incertain.

« Il y a quelque chose de vendeur sur la question franco allemande, et le fait que ce soit embrouillé. Mais le sujet n’est pas là ». Côté français, le blocage apparent de la nomination du ou de la président de la Commission européenne n’est « pas une question de personne ou de parti, mais de compétences ».

Reste que le dialogue semble bloqué depuis le sommet de Sibiu en mai autour d’un bras de fer stérile : si la France met son veto  à Weber, l’Allemagne mettra son veto à Barnier.

Friture sur la ligne France-Allemagne

Une erreur de traduction en français a entraîné de vives réactions sur l’état des relations entre la France et l’Allemagne. Les deux chefs d’Etat s’opposent notamment sur la tête de la future Commission européenne.

Une situation qui pourrait évoluer, jeudi 20 juin, à l’occasion, du sommet européen. Emmanuel Macron y veillera, en étant présent dès le matin à Bruxelles, pour rencontrer les chefs d’Etats de son choix, en l’occurrence ceux que Donald Tusk a chargé de réfléchir à la question des principaux postes.

Puis Emmanuel Macron rencontrera Angela Merkel à 13h45, avant une rencontre avec Angela Merkel et Donald Tusk.

La question de savoir si l’Allemagne s’accroche au candidat Weber, qui n’a pas de majorité au Parlement européen, ou s’ouvre à une autre hypothèse, devrait alors être tranchée.

« Certains candidats remplissent tous les critères, d’autres seulement certains. S’il n’y a pas d’accord sur les premiers, on élargira la liste » explique-t-on côté français en insistant sur les compétences, mais aussi les critères de genre (la France pousse pour avoir deux femmes présentes sur les 4 postes) et de « génération », certains candidats insistant pour avoir des candidats plus jeunes. Des critères qui favorisent la Danoise Margrethe Vestager, qui a un handicap toutefois : celui de ne pas provenir d’un pays membre de la zone euro

La France insiste sur le fait que le ou la présidente de la future Commission doit avoir la majorité qualifiée au Conseil, mais aussi une majorité solide au Parlement européen. Sous entendu : Manfred Weber n’aurait pas cette majorité auprès des eurodéputés.

« Est ce qu’il y aura un accord demain, personne ne peut le dire, mais il y a une volonté d’avoir un sommet utile, donc il faut que ca marque un progrès, voire plus » a estimé un diplomate français, laissant la porte ouverte à l’hypothèse d’une « shortlist » de candidats à l’issue du diner, jeudi soir, lors duquel doit se dérouler la discussion sur les principaux postes.

En cas d’échec, les chefs d’Etat devront se retrouver fin juin, en tout état de cause avant le 2 juillet, date à laquelle le Parlement européen est censé « élire » son nouveau président, dans la pratique plutôt valider la proposition du Conseil européen.

Le candidat de Berlin a la tête de la BCE ? 

Côté allemand, on laisse jouer le temps pour trouver un compromis. De fait, Berlin s’attend à ce qu’une décision sur la nomination du prochain président ou prochaine présidente de la Commission soit prise d’ici le 2 juillet, date de la prochaine session parlementaire à Strasbourg, selon un porte-parole du gouvernement.

Si le Conseil ne devait pas aboutir à une décision, « ce ne sera pas la fin du monde », poursuit-il. « Il resterait toujours dix jours pour trouver un compromis ». Seulement prévient-il, « trouver un compromis est important, mais pas à n’importe quel prix. »

Et Berlin ne compte pas lâcher sur le système des Spitzenkandidat. Après un entretien avec le chef de l’Etat ce mercredi à Paris, Annegret Kramp-Karrenbauer, cheffe des conservateurs de la CDU, relève qu’Emmanuel Macron n’est « pas un ami » de la procédure et y voit une « différence systémique » entre la France et l’Allemagne qu’elle espère voir disparaitre rapidement. Au même moment à Berlin, le porte-parole du gouvernement réitère le soutien du gouvernement allemand à la procédure des Spitzenkandidat.

Au final, poursuit le porte-parole, « soit la France et l’Allemagne gagnent chacun un des postes clés à pourvoir, soit il n’y aura rien du tout, » prévient-il. Sous-entendu, il n’y aura aucune avancée et le statu-quo sera encore repoussé.

« N’oubliez pas que la présidence de la Banque Centrale Européenne est aussi à pourvoir », rappelle à ce sujet Reinhard Bütikofer, parlementaire européen et vice-président du groupe des Verts.

De fait, Annegret Kramp-Karrenbauer avait rencontré Emmanuel Macron à Paris il y a environ deux semaines et s’’était également entretenu avec François Villeroy de Galhau, directeur de la Banque de France. Jens Weidmann, patron de la Bundesbank, est considéré comme un candidat potentiel. Et la France a visiblement déjà baissé la garde sur le sujet, un diplomate soulignant qu’il y a « d’autres postes à prendre sur les questions financières, notamment à la BEI, au Fonds de résolution ou au Mécanisme européen de stabilité. Jusqu’à maintenant, le coup de poker de la France qui tente de jouer Barnier contre Weidmann n’a pas fonctionné.

La politique européenne de Macron est-elle la bonne ?

Le choix du tout franco-allemand fait par l’Elysée n’a pas fonctionné. Faut-il remettre à plat la politique européenne de la France ? La question divise, deux ans après l’élection du président qui voulait changer l’Europe.

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