Le Parlement européen réclame la tête de Martin Selmayr

Martin Selmayr et Jean-Claude Juncker [Olivier Hoslet/EPA/EFE]

Le 13 décembre le Parlement européen a adopté une résolution à la majorité (71 %) appelant à la démission de Martin Selmayr, l’ancien bras droit du président de la Commission Jean-Claude Juncker, dont la promotion en début d’année a fait polémique.

L’ancien chef de cabinet de Jean-Claude Juncker a été promu au poste de secrétaire général de la Commission européenne en février dernier, un des postes les plus influents de Bruxelles.

Mais la décision prompte et inattendue a déclenché un feu nourri de critiques de la part des observateurs et du Parlement, pour qui les règles internes avaient été rompues et les normes de transparence bafouées.

En mai dernier, la médiatrice européenne, Emily O’Reilly, avait ouvert une enquête sur la promotion de Martin Selmayr. Dans un rapport publié en septembre dernier, elle conclut que l’exécutif européen n’a pas suivi les procédures internes en nommant le chef de cabinet de Jean-Claude Juncker et, ce faisant, la Commission a entamé la confiance des citoyens.

La médiatrice de l’UE fustige la procédure de nomination de Selmayr

La médiatrice de l’UE a fustigé la procédure choisie il y a six mois par la Commission européenne pour promouvoir l’Allemand Martin Selmayr au sommet de l’administration, dans les conclusions de son enquête rendues publiques le 4 septembre.

Le 13 décembre, les eurodéputés ont approuvé à Strasbourg une résolution approuvant le travail d’Emily O’Reilly, estimant que « la Commission n’avait pas su respecter les principes de transparence, d’éthique et l’état de droit dans la procédure utilisée pour nommer Martin Selmayr nouveau secrétaire général ».

Les eurodéputés ont déclaré qu’ils regrettaient fortement la décision de la Commission de choisir Martin Selmayr en tant que nouveau secrétaire général, « en ignorant les critiques tous azimuts des citoyens européens et le fait que la réputation de l’UE dans son ensemble en sortirait ternie. »

« Martin Selmayr doit démissionner de son poste de secrétaire général de la Commission », conclut le Parlement dans sa résolution, invitant la Commission « à adopter une nouvelle procédure pour désigner son secrétaire général en garantissant l’application des normes les plus élevées en matière de transparence, d’éthique et d’état de droit. »

« La Commission a créé un faux sentiment d’urgence pour pourvoir le poste de secrétaire général afin de ne pas avoir à publier d’avis de vacance », indique la résolution, faisant référence à l’enquête de la Médiatrice. La procédure de sélection a été organisée « pour faire de Martin Selmayr le nouveau secrétaire général en seulement deux étapes. »

La Commission persiste et signe sur la nomination de Selmayr

L’exécutif européen a publié une deuxième salve de réponses aux questions des eurodéputés sur la promotion controversée de Martin Selmayr. Et ne cède rien.

La résolution rappelle aussi que la Médiatrice a trouvé quatre cas de mauvaise gestion dans la nomination de Martin Selmayr, dus à « l’incapacité de la Commission de suivre correctement les règles, tant dans la lettre que dans l’esprit. »

Au total, 368 eurodéputés (71 %) ont voté en faveur de la démission de Martin Selmayr, alors que 135 se sont abstenus (26,1 %) et 15 ont voté contre (3 %). Sur les 15 eurodéputés ayant voté contre, 13 font partie du Parti populaire européen (PPE) de centre droit, auquel sont affiliés Jean-Claude Juncker et Martin Selmayr. Les deux restants sont membres du groupe anti-UE Europe des nations et des libertés (ENL).

Un bras de fer dangereux sur l’affaire Selmayr se profile au Parlement

Les eurodéputés chargés du budget ont pris tout le monde de cours en préparant un vote sur l’affaire Selmayr le 18 avril à Strasbourg.

Parmi ceux qui se sont abstenus, la grande majorité fait partie du PPE. Le groupe de centre-droit au Parlement européen a conseillé à ses eurodéputés de s’abstenir, mais 22 d’entre eux se sont rebellés et ont voté en faveur de la démission de Martin Selmayr.

Martin Selmayr participe actuellement au sommet européen de deux jours, qui se termine aujourd’hui.

 

Avant l’intervention d’Emily O’Reilly sur l’affaire Selmayr, les eurodéputés avaient dénoncé une promotion « digne d’un coup d’État », mais n’avaient pas réclamé à la Commission de revenir sur sa décision.

Le Parlement renonce à réclamer la tête de Selmayr

Le Parlement a massivement soutenu une résolution qualifiant la nomination de Martin Selmayr de « coup de force qui s’est joué des limites de la législation ». Sans pour autant demander son départ.

Lorsque le rapport de la Médiatrice a été publié, la Commission a déclaré qu’elle ne partageait pas son analyse. L’argument de l’exécutif à cette époque était de dire que l’institution avait fait preuve d’une « transparence sans précédent » pour répondre aux inquiétudes liées à la nomination de Martin Selmayr.

Pour répondre aux questions des journalistes, la Commission n’a cessé de citer un communiqué de presse d’avril de Günther Oettinger, commissaire européen en charge du budget et des ressources humaines. Il était l’interlocuteur principal des eurodéputés pendant l’affaire.

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