Puigdemont interpelle vivement l’UE

Carles Puigdemont entouré des 200 maires catalans s'étant déplacés à Bruxelles pour le soutenir. [@EPA-EFE/STEPHANIE LECOCQ]

L’ancien président catalan, Carles Puigdemont, s’en est pris à l’Union européenne le 7 novembre, soutenu par environ 200 maires indépendantistes venus à Bruxelles. Un article d’Euroefe.

En liberté conditionnelle, mais sans restriction d’activité en Belgique, Carles Puigdemont a taxé le gouvernement de Mariano Rajoy de « fasciste » et l’a accusé d’avoir commis « un coup d’État » avec l’application de l’article 155 pour rétablir l’ordre constitutionnel et statutaire.

Carles Puigdemont et quatre de ses conseillers, sur qui pèsent un mandat d’arrêt européen et qui se trouvent tous dans la même situation juridique en dehors de l’Espagne, ont réapparu publiquement, l’air serein, et ont remercié d’un sourire et de quelques applaudissements les manifestants qui clamaient « président », « liberté », et « vive la république de Catalogne ».

Puigdemont reste libre en Belgique malgré un mandat d'arrêt européen

Visés par un mandat d’arrêt européen émis par l’Espagne, le président catalan destitué Carles Puigdemont et quatre de ses anciens ministres sont finalement ressortis libres du bureau d’un juge d’instruction belge au terme d’une longue journée d’audition.

Conformément aux réquisitions du parquet de Bruxelles, les cinq Catalans réfugiés en Belgique depuis une semaine ont été laissés en …

« Vous n’imaginez pas à quel point votre chaleur et votre soutien nous ont manqués », a déclaré Carles Puigdemont, entouré de ces anciens conseillers Clara Ponsatí, Lluis Puig, Meritxell Serret et Toni Comín.

Premier grand meeting de campagne

Carles Puigdemont, qui s’est exprimé en français presque tout au long de son intervention, a surtout interpellé l’Europe durant ce qui pourrait s’apparenter à son premier meeting de campagne pour les élections anticipées du 21 décembre.

L’ancien président déchu de la Catalogne a réclamé à l’UE une « réaction face aux abus de la démocratie en Espagne » et a dénoncé « la maltraitance de la part des autorités espagnoles ».

« Monsieur [le président de la Commission européenne, Jean-Claude] Juncker, Monsieur [le président du Parlement européen, Antonio] Tajani, c’est ça l’Europe que vous voulez ? Une Europe avec un gouvernement en prison ? C’est cette Europe que vous proposez », s’est-il insurgé.

« Ceux qui ont défendu les urnes le 1er octobre dernier se sont plus battus pour les valeurs européennes que la police qui frappait ceux qui essayaient seulement d’aller voter », a déclaré Carles Puigdemont entre deux salves d’applaudissements.

Il a ainsi appelé le gouvernement espagnol et l’Union européenne à reconnaître le résultat des élections du 21 décembre prochain en Catalogne, surtout si l’indépendantisme en ressort vainqueur.

Élections du 21 décembre

« Accepterez-vous le résultat des urnes cette fois-ci ? », demande Carles Puigdemont dans un tweet, en s’adressant à Mariano Rajoy et à l’UE.

Le représentant de l’association catalane des municipalités, le maire de Premià de Mar, Miquel Buch, a remercié au nom de tous les autres maires présents Carles Puigdemont et ses conseillers d’« avoir satisfait les aspirations du peuple pour la démocratie ».

Durant le rassemblement, qui s’est terminé avec l’hymne catalan « Els Segadors » (les moissonneurs), Carles Puigdemont a rappelé l’exécution de l’ancien président Lluís Companys, dont il parle comme un autre chapitre « d’une histoire de fascisme à l’impunité totale » de l’Espagne contre la Catalogne.

Origine des fonds pour financer le voyage à Bruxelles

L’Objectif de l’événement avec les maires était de « donner la vision des municipalités sur la situation en Catalogne », indique l’association catalane des municipalités et l’association des villes pour l’indépendance, organisatrices du rassemblement.

Trois eurodéputés indépendantistes membres des partis de la gauche républicaine catalane (ERC) et du parti démocrate européen catalan (PDeCAT) ont également participé à l’organisation et ont pris en charge les frais de l’évènement et le voyage des maires jusqu’à Bruxelles.

Une douzaine d’autres membres du Parlement européen se sont joints au rassemblement, comme Izaskun Bilbao du Parti national basque (PNV), Josu Juaristi (Bildu), Helga Stevens (N-VA), Bruno Gollnisch, du Front national ainsi que des membres du parti xénophobe flamand Vlams Belang.

L’événement devait d’abord avoir lieu au Parlement européen, mais le groupe des libéraux européen auquel appartiennent PDeCAT et Ciudadanos ayant annulé la réservation, il a finalement eu lieu au palais des Beaux-Arts de Bruxelles, à 200 mètres de la Grand-Place.

Carles Puigdemont et ses quatre ex-conseillers comparaitront devant un juge de première instance le 17 novembre prochain à Bruxelles, qui décidera de les remettre à la justice espagnole. Une décision qui peut toutefois faire l’objet d’un recours dans deux autres instances et peut prendre jusqu’à 60 jours.

L’adresse actuelle du président déchu de la Catalogne et des ex-conseillers en Belgique reste inconnue, mais a dû être dévoilée au juge d’instruction.

Puigdemont reste en Belgique pour des raisons de «sécurité»

Le président catalan déchu, Carles Puigdemont, ne rentrera pas en Espagne tant qu’il n’aura pas reçu des assurances quant à un procès juste, mais ne demandera pas l’asile politique en Belgique.

Déclaration d’indépendance annulée

La Cour constitutionnelle espagnole a annulé le 8 novembre la déclaration unilatérale d’indépendance de la Catalogne adoptée le 27 octobre par le parlement régional, a annoncé une porte-parole.

« La déclaration d’indépendance du 27 octobre a été déclarée nulle et inconstitutionnelle », a-t-elle déclaré à l’issue de la séance où les magistrats de la Cour ont rendu cet arrêt.

Par ailleurs, Mariano Rajoy a demandé le 7 novembre à la Cour des comptes d’enquêter sur les coûts du référendum illégal du 1er octobre dernier en Catalogne et le cas échéant, Carles Puigdemont et tous ses conseillers devront verser des indemnisations.

« Tout cela va se terminer devant les tribunaux internationaux, nous irons jusqu’au bout et l’État espagnol sera couvert de honte », a assuré le Catalan lors d’une interview radio.

À cela, la vice-présidente du gouvernement espagnol, Soraya Sáenz de Santamaría a répondu que l’exécutif n’avait pas le temps de répondre à toutes les répliques de Carles Puigdemont, « qui vit dans l’improvisation constante ».

Une enquête officielle du Centre d’études sociologiques effectuée entre le 2 et le 11 octobre a révélé que la situation en Catalogne était le second problème qui préoccupait le plus les Espagnols, après le chômage.

La Catalogne contribue largement au rayonnement de l’Espagne

La province catalane compte pour un cinquième de l’image de l’Espagne à l’étranger, selon l’indice Elcano. L’Espagne est le 12ième pays au monde en termes d’influence internationale. Un article de notre partenaire Euroefe.

Pas de front uni pour les indépendantistes le 21 décembre

Le Parti démocrate (PDeCAT) du président destitué de Catalogne, Carles Puigdemont, et la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) ont échoué mardi soir à constituer un front uni pour les élections régionales anticipées du 21 décembre.

Leur incapacité à s’entendre risque de compliquer leur campagne électorale et de réduire leurs chances de retrouver une majorité dans le futur parlement régional.

« Il a été impossible de former une liste commune et nous devrons par conséquent créer un front commun à partir de différentes candidatures », a annoncé Sergi Sabria, député ERC, dans un communiqué, à l’expiration du délai légal fixé pour la constitution de coalitions électorales.

Aux précédentes élections, en 2015, le PDeCAT, l’ERC et d’autres formations catalanes avaient réussi à se présenter sous le front commun du Junts pel si (Ensemble pour le oui). Ils avaient obtenu 62 des 135 sièges du Parlement de Catalogne, et le soutien des dix élus de la CUP (Candidature d’unité populaire, extrême gauche) permettait aux indépendantistes d’avoir la majorité absolue, fixée à 68 sièges.

Même si le parti de Puigdemont et la formation du vice-président de l’exécutif, Oriol Junqueras, conservent la capacité de s’allier après le scrutin, leur incapacité à se mettre d’accord avant le vote pourrait en outre provoquer une lutte interne pour le pouvoir.

Dans la journée, Puigdemont avait lancé depuis Bruxelles un nouvel appel à la constitution d’un front uni. « L’idéal serait une vaste liste régionale de partis […] PDeCAT, CUP, Podemos, ERC… en faveur de la liberté et de la démocratie », a-t-il déclaré au micro de Radio Catalunya.

« L’État espagnol commet une répression brutale […] Si nous n’affrontons pas la répression ensemble, l’État espagnol risque de remporter ce combat », a-t-il ajouté.