La Roumanie s’estime prête pour la présidence de l’UE

Teodor Melescanu, ministre roumain des Affaires étrangères. [EPA-EFE/ROBERT GHEMENT]

Malgré les inquiétudes des observateurs, la Roumanie assure être prête à diriger le Conseil, alors qu’elle entame sa première présidence.

Lors d’une conférence de presse de lancement à Bucarest le jeudi 10 janvier, le ministre des Affaires étrangères, Teodor Meleșcanu, a réaffirmé que la Roumanie était prête pour sa première présidence. Il assure que le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, partage ce point de vue, malgré les récents commentaires de ce dernier qui affirment le contraire.

Jean-Claude Juncker a déclaré dans une récente interview aux médias allemands que le gouvernement de Bucarest « n’avait pas bien compris ce que signifie présider les pays de l’UE ».

Teodor Meleșcanu a déclaré aux journalistes qu’il n’était pas au courant de ces commentaires, mais a ajouté que dans toutes ses discussions avec le président de la Commission, la conclusion était que la Roumanie était « bien préparée ».

Jean-Claude Juncker a en effet reconnu dans son interview que la Roumanie était techniquement à la hauteur de la tâche, mais ses préoccupations portaient davantage sur la situation politique dans le pays d’Europe de l’Est.

« Un front uni est nécessaire au niveau national pour promouvoir l’unité de l’Europe pendant la présidence du Conseil », a déclaré le Luxembourgeois au Welt am Sonntag, faisant allusion à l’agitation politique croissante en Roumanie, qui a rejoint l’UE en 2007, mais reste sous un régime de surveillance par Bruxelles.

Il existe un fossé politique évident à Bucarest, en particulier entre l’actuelle Première ministre, Viorica Dăncilă, et le chef de l’État, le président Klaus Iohannis, qui a également mis en doute la préparation de son propre pays.

La Roumanie fait toujours l’objet d’un examen annuel de sa situation en matière d’État de droit par la Commission et la dernière édition concluait que Bucarest avait effectivement fait marche arrière sur ses efforts.

Klaus Iohannis a déclaré en novembre, après la publication du dernier rapport, que celui-ci montrait que « la Roumanie a remonté le temps, avant son adhésion à l’UE ».

Justice et corruption : la Roumanie en marche arrière

La Commission européenne reproche à la Roumanie de faire marche arrière sur des valeurs comme la liberté de presse. Bucarest menace à demi-mot de saisir la Cour de justice.

Le gouvernement actuel a engagé un certain nombre de réformes judiciaires, dont l’une vise à accorder l’amnistie aux hommes politiques accusés de corruption, déclenchant parfois des manifestations de milliers de personnes, descendues dans les rues des villes roumaines.

Le chef de file du parti social-démocrate, Liviu Dragnea, est actuellement interdit d’exercer la fonction de Premier ministre en raison d’une condamnation prononcée en juin de l’année dernière.

En décembre, ce dernier a déposé une plainte devant la Cour de justice de l’UE au sujet d’un rapport de l’Office européen de lutte antifraude, l’OLAF, qui affirme que 20 millions d’euros de fonds européens ont été détournés.

Lorsqu’on lui a demandé si c’était une sage décision dès le début de la présidence roumaine, Teodor Meleșcanu a répondu que chaque citoyen était innocent jusqu’à ce que sa culpabilité soit prouvée et a nié avoir parlé de l’affaire avec le responsable du parti.

Liviu Dragnea n’assistera pas à la cérémonie d’ouverture de la présidence et serait en vacances, alors que Klaus Iohannis n’a confirmé sa présence aux festivités qu’à la dernière minute.

À qui la responsabilité ?

Le président et la Première ministre ont également été impliqués dans un autre différend au cours de la première semaine de la présidence roumaine. Viorica Dăncilă a déclaré que la participation aux réunions du Conseil de l’UE faisait partie de son travail et non de celui du président.

Le ministre des Affaires étrangères l’a toutefois contredite en expliquant que deux arrêts de la Cour constitutionnelle signifiaient que cela fait effectivement partie des devoirs de Klaus Iohannis. En effet, ce dernier a représenté la Roumanie aux sommets de l’UE. La plupart des autres pays, à l’exception de la France, de la Lituanie et de Chypre, sont représentés par les Premiers ministres.

Viorica Dăncilă a déclaré que la situation de la Roumanie était « atypique », désignant la cérémonie de passation de la présidence avec l’Autriche, où c’est le Premier ministre autrichien, Sebastian Kurz, qui a effectué la cérémonie, plutôt que le président Alexander Van der Bellen.

Points plus précis de l’ordre du jour

La présidence roumaine a été lancée sous le slogan « La cohésion, une valeur européenne commune ».

À la question de savoir si la présidence soutiendrait une proposition visant à lier le financement de l’UE à l’adhésion à l’état de droit, Teodor Meleșcanu a déclaré qu’il s’agissait « d’une idée flottant dans l’air » et a ajouté qu’il faudrait davantage d’« éléments concrets » sur ce que cela implique.

Ses commentaires sont plus modérés que sa première réaction en février 2018, lorsqu’il déclarait qu’un tel lien « constituerait une violation flagrante des principes fondamentaux de l’UE ». La Bulgarie et la Pologne ont également fait part de leurs préoccupations concernant le mécanisme proposé.

L’idée, lancée pour la première fois au début de 2018, pourrait signifier que les pays soumis à la procédure d’État de droit, actuellement la Pologne et la Hongrie, et à l’avenir peut-être la Roumanie ou Malte, verraient leurs paiements européens gelés.

La présidence roumaine ne compte pas s'intéresser à l'état de droit

Très discuté lors des dernières réunions du Conseil de l’UE, le respect de l’état de droit, n’était pas au programme de la dernière rencontre des ministres des Affaires européennes, sous l’égide de la présidence roumaine. Varsovie respire.

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